Que veut réellement le président américain Donald Trump du Canada ?
Si Trump affirme que les États-Unis n’ont pas besoin des produits canadiens, il a également exprimé à plusieurs reprises son désir de faire du Canada un État «chéri». Avant de quitter ses fonctions, l’ancien premier ministre Justin Trudeau a suggéré que l’administration Trump était en réalité intéressée par les richesses naturelles du Canada. Trump et les responsables américains font également pression sur Ottawa sur toute une série de questions telles que la gestion de l’offre laitière, la sécurité des frontières, le trafic de drogue et les dépenses de défense.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Les négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada sont quant à elles au point mort. Interrogé en début de semaine sur le renouvellement de l’Accord de commerce entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (CUSMA) qu’il avait défendu lors de son premier mandat, Trump a affirmé que cela «ne le concernait pas».
«Il n’y a aucun avantage réel à cela», a-t-il dit aux journalistes. «Le Canada adorerait cela. Le Canada le veut, il en a besoin, car nous n’avons pas besoin des produits canadiens.»
Asa McKercher, titulaire d’une chaire de recherche sur les relations canado-américaines à l’Université St. Francis Xavier en Nouvelle-Écosse, qualifie les récentes déclarations de Trump de tactique de négociation.
«Je pense qu’il souhaite obtenir une position dans laquelle les États-Unis tirent beaucoup de bénéfices du Canada sans avoir à faire beaucoup de concessions en retour», a-t-il expliqué. «Je pense que les États-Unis ont besoin des ressources naturelles canadiennes, qu’ils ont évidemment besoin que les Canadiens assoiffés boivent leur alcool et qu’ils ont besoin que les Canadiens frileux visitent leurs plages et autres sites touristiques.»
Aaron Ettinger, professeur agrégé de sciences politiques à l’Université Carleton, affirme que l’intérêt de Trump pour le Canada va au-delà d’une question particulière.
«La politique étrangère de Trump consiste à affirmer sa domination sur tous ceux qu’il peut et à subordonner tous les autres intérêts aux siens, qu’il considère comme synonymes des intérêts nationaux américains», a-il dit à CTVNews.ca. «Rien de ce que le Canada peut faire sur un dossier particulier ne satisfera Trump.»
Ressources naturelles et minéraux essentiels du Canada
S’adressant à des chefs d’entreprise et à des dirigeants commerciaux lors d’une réunion à huis clos en février 2025, Trudeau aurait déclaré que les menaces de Trump concernant le 51e État étaient «bien réelles», motivées en partie par l’abondance de minéraux essentiels et de ressources naturelles au Canada.
«Je pense que non seulement l’administration Trump sait combien de minéraux essentiels nous possédons, mais que c’est peut-être même la raison pour laquelle elle continue de parler de nous absorber et de faire de nous le 51e État», aurait soutenu Trudeau lors de cet événement. «Ils sont très conscients de nos ressources, de ce que nous possédons, et ils souhaitent vivement pouvoir en tirer profit.»
Il pourrait s’agir notamment des importants gisements de pétrole, de gaz naturel, de bois, d’or, de cuivre, de potasse, d’uranium, de nickel, de minerai de fer et autres du Canada. Au début de la semaine, Trump a minimisé l’importance de ces importations pour l’économie américaine.
«Nous disposons de beaucoup de matières premières», a rapporté Trump aux journalistes.
Dépenses de défense et contrôle des frontières
Lorsque les États-Unis ont annoncé l’année dernière qu’ils imposaient des droits de douane au Canada, l’une des principales justifications était de renforcer la sécurité aux frontières afin de mettre fin à l’immigration clandestine et au trafic de drogues telles que le fentanyl.
Les responsables canadiens n’ont pas tardé à souligner que moins de 1 % des entrées illégales aux États-Unis provenaient du Canada, tandis que seulement 0,2 % des saisies de fentanyl à la frontière américaine étaient effectuées à la frontière canadienne. Dans le même temps, le Canada a annoncé un nouveau plan de 1,3 milliard de dollars pour renforcer la sécurité frontalière, ainsi que la nomination d’un «tsar du fentanyl» chargé de superviser les efforts visant à mettre fin au trafic de drogue vers les États-Unis.
«Les Canadiens n’ont pas pris au sérieux la lutte contre le trafic de drogue», a affirmé à l’époque le vice-président américain JD Vance. «Ce n’est pas une excuse de dire que la plupart des drogues proviennent du Mexique.»
Trump et son administration ont également vivement critiqué le Canada pour son incapacité de longue date à atteindre l’objectif de dépenses de défense fixé par l’OTAN. Mais sous la direction du premier ministre Mark Carney, le Canada s’est engagé à augmenter ses dépenses de défense afin d’atteindre cet objectif de 2 % de son PIB d’ici la fin de l’exercice 2025-2026.
Le gouvernement Carney a également promis de continuer à augmenter les dépenses de défense afin d’atteindre le nouvel objectif de 5 % fixé par l’OTAN d’ici 2035.
Dans un discours prononcé devant les hauts responsables militaires américains fin septembre, Trump a réitéré son discours sur le 51e État lorsqu’il a évoqué le Canada et son plan de défense antimissile Golden Dome, d’un coût de plusieurs milliards de dollars.
«Le Canada m’a appelé il y a quelques semaines pour me dire qu’il voulait participer à ce projet, ce à quoi j’ai répondu: “Pourquoi ne pas simplement rejoindre notre pays? Vous deviendrez le 51e État et vous l’obtiendrez gratuitement”», a mentionné Trump.
Marchés des produits laitiers, de l’alcool et du numérique
S’adressant aux membres du Congrès américain lors d’une réunion à huis clos en décembre, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a présenté les principales concessions politiques que le Canada devrait faire s’il souhaitait maintenir l’accord commercial USMCA.
Il s’agit notamment d’ouvrir le marché laitier protégé du Canada à davantage de produits américains, de lever les interdictions provinciales sur la vente d’alcool américain et de réviser la loi canadienne sur la diffusion en ligne et la loi sur les actualités en ligne, deux lois distinctes qui obligent les entreprises étrangères de technologie et de diffusion en ligne à soutenir financièrement les actualités et les contenus médiatiques canadiens. Selon M. Greer, ces lois et politiques constituent une discrimination à l’égard des entreprises américaines et de leurs produits.
Dans une version écrite de sa déclaration liminaire, l’ambassadeur commercial de Trump a déclaré: «Je ne pense pas que l’on puisse dire que l’USMCA est un succès sans réserve.»
«Pour sa part, le Canada insiste pour maintenir sa loi sur la diffusion en ligne, une loi qui discrimine les entreprises technologiques et médiatiques américaines, ainsi qu’un certain nombre d’autres mesures qui restreignent le commerce des services numériques», a-t-il ajouté. «Le Canada maintient également des politiques qui restreignent de manière injuste l’accès au marché des produits laitiers américains.»
Dominer l’hémisphère
Selon M. Ettinger, les questions et les «irritants commerciaux» soulevés par les États-Unis sont «accessoires au besoin primordial de Trump de dominer le Canada».
«Regardez l’année écoulée: le Canada a augmenté son financement pour lutter contre le trafic de fentanyl, mais cela ne lui a pas valu d’allègement tarifaire. Le Canada s’est engagé à augmenter ses dépenses de défense, mais cela n’a pas mis fin aux menaces d’annexion», a expliqué M. Ettinger.
«L’appétit de Trump pour le Groenland ne peut que conduire les Canadiens à penser que nous sommes les prochains sur la liste. Rien de ce que nous avons vu au cours des cinq années de présidence de Trump ne devrait nous laisser croire que des concessions politiques à Trump rendront le Canada plus sûr», a-t-il poursuivi.
Michael Williams, professeur d’affaires publiques et internationales à l’Université d’Ottawa, affirme que la politique étrangère de Trump vise en fin de compte à consolider la position des États-Unis en tant que puissance dominante de l’hémisphère.
«Contrairement à la politique américaine qui considérait vos États continentaux les plus proches comme des amis et des alliés, la vision trumpienne considère la proximité géographique de ces États (Canada, Mexique, Groenland/Danemark) et leurs liens économiques et militaires étroits avec les États-Unis comme des signes de faiblesse et des sources d’influence à exploiter par les États-Unis pour construire le noyau continental de leur hégémonie hémisphérique», a soutenu M. Williams dans un courriel adressé à CTVNews.ca.
M. McKercher souligne la nouvelle stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump, qui vise à «restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental».
«La stratégie de sécurité nationale américaine évoque la volonté des États-Unis de contrôler les ressources naturelles et les richesses minérales de l’hémisphère à leur profit», a-t-il précisé. «Et cela inclut le Canada.»
Avec des informations de l’Associated Press
