Il n’y a «aucun bénéfice» à consommer des boissons énergisantes, ont déclaré mardi plusieurs experts — et même l’association qui représente «Red Bull» et «Monster» — lors des consultations particulières sur le projet de loi 9.
«Vous êtes d’accord (...) qu’il n’existe aucun bénéfice?» a demandé la députée solidaire Alejandra Zaga Mendez à la représentante de l’Association canadienne des boissons, Carole Grenier.
«Aucun bénéfice au niveau de la santé et des saines habitudes de vie? Oui, je suis d’accord», a répondu celle-ci du bout des lèvres.
Mais, au lieu d’interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans, comme le propose le projet de loi, le gouvernement devrait privilégier les campagnes de sensibilisation, selon elle.
Et c’est aux jeunes de bien lire les étiquettes, a poursuivi Mme Grenier. «Il y a de l’information claire et visible, qui est encadrée, qui leur permettrait de faire des choix éclairés, de consommer ces produits de manière responsable», a-t-elle dit.
Mme Zaga Mendez a dit douter que les jeunes de 12-13 ans lisent les étiquettes pour s’informer de la teneur en caféine ou en sucre des boissons énergisantes.
Car ces breuvages sont éminemment désirables aux yeux des jeunes, a ajouté Marie-Claude Paquette, de l’Institut national de santé publique du Québec, qui déplore le «marketing intensif».
L’industrie promeut «ces produits-là comme étant de la potion magique, des substances qui vont amener les jeunes à être plus ce qu’ils veulent, dans une période où ils sont vulnérables dans leur développement d’identité», a-t-elle souligné.
«Dans le discours populaire, on accole souvent à tort des qualificatifs à connotation positive à ces boissons: boissons de performance, énergisantes, boissons de réhydratation, j’en passe», a continué son collègue Jean-Bernard Gamache.
«Or, soyons clairs. D’un point de vue de santé publique, il n’existe aucun bénéfice à consommer ces boissons», a-t-il insisté. Même que les effets indésirables sont nombreux: agitation, insomnie, irritabilité, maux de tête et l’augmentation du rythme cardiaque.
Bien que ce soit rare, la surconsommation de boissons énergisantes peut entraîner des palpitations sévères et même la mort, a témoigné le président de l’Association des cardiologues du Québec, Bernard Cantin.
«Oui, ça nous est arrivé d’avoir des décès dans ces contextes-là, tant chez les adolescents que chez les adultes, mais au moins, ce n’est pas un phénomène qui est très fréquent», a-t-il déclaré.
Le dépôt du projet de loi 9 fait d’ailleurs suite au décès tragique de Zachary Miron, qui, en 2024, est mort subitement à l’âge de 15 ans, la cannette de Red Bull qu’il avait bu ayant interagi avec son médicament pour le TDAH.
Les boissons énergisantes sont au mieux inutiles, au pire dangereuses, a résumé le président de l’Ordre des pharmaciens, Jean-François Desgagné, qui citait la Société canadienne de pédiatrie.
Il a offert mardi un appui «sans réserve» au projet de loi et rappelé que la bannière Familiprix a déjà retiré les boissons énergisantes de ses tablettes. Il demande à Québec d’interdire complètement la vente dans les commerces près des pharmacies.
L’Ordre a également demandé à ses membres «d’améliorer la qualité de l’information transmise aux patients, particulièrement aux jeunes qui se voient prescrire des psychostimulants».
Les consultations publiques sur le projet de loi 9 se sont tenues pendant trois heures et demie mardi à la demande du Parti conservateur du Québec, qui réclamait un minimum de débats.
La pièce législative, qui a été déposée in extremis vendredi par la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, pourrait être adoptée rapidement d’ici la fin de la session parlementaire prévue le 12 juin.
