La décision d’Ottawa d’étudier de près un nouveau programme multinational de chasseurs à réaction n’entraîne aucun coût, a confirmé le ministère de la Défense nationale.
Le Canada est récemment devenu le premier pays à obtenir le statut d’observateur au sein du Programme mondial de combat aérien, un programme de chasseur de sixième génération développé conjointement par l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni.
Si le ministère a précisé que ce statut d’observateur n’était assorti d’aucune condition, il a toutefois indiqué que cela aurait des implications en matière de ressources si le Canada décidait, à terme, de rejoindre le programme de développement de cet avion de nouvelle génération en tant que membre à part entière.
Le coût de cette adhésion reste incertain et dépendra des discussions futures avec les gouvernements participant au consortium chargé du développement de l’avion.
Ce n’est pas inhabituel. Au début des années 2000, Ottawa s’était engagé à verser des centaines de millions de dollars pour rejoindre le Programme de l’avion de combat interarmées, qui a abouti à la mise au point de l’avion de chasse F-35.
Évaluation du potentiel
Le ministère de la Défense nationale a indiqué que ce statut d’observateur permettra au gouvernement fédéral de mieux comprendre le programme et d’évaluer les «avantages opérationnels, industriels et économiques» potentiels qui pourraient découler d’une participation plus approfondie.
«En tant qu’observateur, l’intérêt du Canada pour le GCAP (Programme mondial de combat aérien) porte principalement sur l’évaluation du potentiel de collaboration industrielle à long terme et sur la participation au développement de technologies d’avenir», a expliqué Cheryl Forrest, porte-parole de la Défense nationale, dans un courriel.
«Le secteur canadien spécialisé de l’aérospatiale et de la défense est bien placé pour contribuer à ces capacités. Une implication précoce dans le GCAP pourrait offrir à l’industrie canadienne des occasions de façonner son développement, d’investir tôt dans la technologie et de s’assurer une participation significative tout au long de la durée du programme.
«Le Canada évalue ces occasions en tenant compte de ses besoins à long terme en matière de défense, de ses relations avec ses alliés et des avantages industriels potentiels.»
Le ministre de la Défense, David McGuinty, a déclaré jeudi aux journalistes à Calgary que le gouvernement fédéral avait «l’obligation d’anticiper la direction que prendra la situation», alors que la technologie militaire évolue à un rythme effréné.
«Je me trouvais au Royaume-Uni il y a deux semaines pour adhérer au GCAP en tant que pays observateur. Nous pensons que c’est une décision judicieuse, a-t-il expliqué. Nous estimons qu’il est important d’être présents lors de cette recherche de pointe.»
Le ministère a indiqué que, le Canada étant le premier pays à rejoindre le programme en tant qu’observateur, un «accord d’observateur» est en cours d’élaboration afin de définir les modalités de la participation canadienne.
Les F-35 toujours à l’étude
Le projet du Canada visant à acquérir une flotte complète de chasseurs furtifs F-35 fait toujours l’objet d’un examen politique par le gouvernement du premier ministre Mark Carney.
Cet examen a été lancé il y a plus d’un an en réponse à la guerre commerciale déclenchée par le président américain, Donald Trump.
Selon le rapport 2025 de la vérificatrice générale sur l’acquisition des F-35, la Défense nationale a dépensé environ 1 milliard $ entre 1997 et 2023 pour participer au Programme de l’avion de combat interarmées, qui regroupe huit pays, avant même d’avoir acheté le moindre de ces avions.
Chaque avion F-35 produit dans le cadre de ce programme mondial contient pour environ 3,6 millions $ de composants fabriqués au Canada, selon les documents d’information du gouvernement fédéral.
Une réponse récemment publiée par le gouvernement fédéral à un rapport du comité de l’industrie de la Chambre des communes indique que l’examen du programme F-35 porte également sur d’éventuels enjeux liés au contrôle souverain des drones qui voleraient aux côtés de ces appareils.
Le rapport du gouvernement indique, entre autres, que l’examen en cours du programme F-35 prend en compte les retombées économiques et industrielles pour le Canada, notamment celles liées aux systèmes sans pilote souverains.
Il y est également précisé que le Canada a désigné l’aérospatiale et les systèmes sans pilote comme des capacités souveraines et continue d’investir dans leur développement et leur production.
Le Canada s’est engagé financièrement à acquérir 16 F-35 sur les 88 avions furtifs prévus dans sa flotte.
Les entreprises aérospatiales ont récemment commencé à conclure des partenariats de coopération afin de se préparer à un scénario dans lequel le Canada choisirait d’acquérir une flotte mixte de chasseurs comprenant des Saab Gripen.
Le gouvernement Carney n’a donné aucune indication quant à l’issue de cet examen.

