Le pont international Gordie Howe a été inauguré officiellement lundi, sur fond de controverse concernant les modalités financières du projet, suite à une objection de dernière minute du président américain Donald Trump – une manœuvre que l’ancien ambassadeur du Canada à l’ONU a qualifiée de «chantage».
Bob Rae a affirmé lors d’une entrevue lundi avec BNN Bloomberg que l’administration Trump utilise le pont comme moyen de pression à un moment où son ouverture revêt une importance économique majeure pour le Canada.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Le fait que les États-Unis décident maintenant de montrer leur force parce qu’ils savent que nous avons besoin de cette entente et qu’ils en profitent pour modifier les modalités de l’entente à la toute dernière seconde montre bien comment les États-Unis mènent leurs affaires en ce moment», a-t-il dit.
Le pont, qui relie Windsor, en Ontario, à Détroit, au Michigan, devrait rapporter des milliards de dollars à l’économie canadienne grâce aux économies de temps et d’argent réalisées dans le transport de marchandises entre le Canada et les États-Unis.
Premier accord signé en 2012
La construction du pont a débuté en 2018, après le début du premier mandat de Trump, et jusqu’à ce que le président américain exprime ses préoccupations à ce sujet plus tôt cette année, le projet devait respecter les modalités financières prévues dans un accord initial signé en 2012.
Cet accord stipulait que, puisque le Canada avançait les 6,4 milliards de dollars nécessaires aux coûts de construction du pont, Ottawa percevrait la totalité des recettes de péage jusqu’à ce qu’il ait récupéré la totalité de son investissement, après quoi celles-ci seraient partagées entre le Canada et l’État du Michigan.
Après que Trump et d’autres responsables américains eurent exprimé leurs préoccupations au sujet de l’entente initiale, un nouvel accord a été conclu en principe entre les deux pays la semaine dernière, selon lequel le Canada partagerait 50 % des recettes nettes liées au pont et au passage frontalier avec les États-Unis pendant les quinze premières années.
Mais les détails entourant le nouvel accord proposé restent flous, selon M. Rae.
«Il semblerait qu’il y ait un différend entre (le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick) et (le premier ministre Mark Carney)», a-t-il dit. «D’après les documents rendus publics, il existe une divergence d’interprétation quant à la signification de l’expression “bénéfice net”; nous attendrons donc tous de voir comment cela va se régler, mais je ne peux imaginer que les États-Unis signent un accord dont les effets ne seraient pas différents de ceux de l’accord qu’ils avaient déjà signé.»
Guerre commerciale en cours
Bob Rae a souligné que la controverse autour du pont survient dans le contexte d’une guerre commerciale en cours entre Washington et Ottawa, qui a accru l’incertitude et la volatilité des perspectives économiques du Canada.
«Nous pouvons tous espérer que 2028 apportera un gouvernement différent, mais le fait est qu’à l’heure actuelle, nous avons affaire à un gouvernement qui maîtrise l’art du chantage, et c’est ainsi que ce président mène ses affaires», a-t-il avancé.
M. Rae a ajouté qu’à l’avenir, les relations économiques et commerciales du Canada avec les États-Unis continueront d’être tendues si des ententes déjà signées peuvent être modifiées à la dernière minute.
«À quoi ça sert d’avoir une entente avec un pays qui ne tient pas sa parole?» a-t-il demandé.
Avec des informations de Stephanie Ha pour de CTV News et de la Presse canadienne
