Alors que le premier ministre Mark Carney et son gouvernement cherchent à resserrer les liens avec ce qu’ils appellent des pays «partageant les mêmes idées» et des valeurs communes, une région revient sans cesse dans les discussions: l’Arctique.
Jeudi, à Strasbourg, en France, M. Carney a évoqué la possibilité que le Canada se rapproche de l’Union européenne, soulignant une fois de plus que l’Arctique est un domaine clé d’intérêt commun.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Le Canada et l’Europe ne sont pas liés par la géographie, même si on partage une frontière de 3000 kilomètres dans l’Arctique. On est liés par une affinité — volontaire, choisie et renouvelée, et d’autant plus forte qu’elle l’est», a dit le premier ministre.
À près de 6000 kilomètres de là, à bord du brise-glace vieillissant de la Garde côtière canadienne, le Des Groseilliers, près de Cambridge Bay, au Nunavut — où CTV News est en reportage exclusif cette semaine —, les membres de l’équipage sont bien conscients que l’intérêt international pour l’Arctique ne cesse de croître. Alliés et rivaux s’adaptent à un paysage mondial en pleine mutation qui pourrait redessiner la politique dans le Nord canadien.
«C’est un point chaud géopolitique», a confié le surintendant adjoint Jeremy MacDonald de la Garde côtière canadienne.
C’est la deuxième année que la Garde côtière mène l’opération Arctic Ghost – sa contribution au renforcement de la présence du Canada dans ses eaux nordiques. Les membres de l’équipage affirment qu’ils surveillent de près comment l’évolution de la dynamique géopolitique pourrait affecter la région.
«On a constaté dans le monde entier un intérêt très intense pour l’Arctique de la part de nos amis, de nos alliés et de nos adversaires potentiels», a expliqué le surintendant adjoint Jeremy MacDonald. «C’est très important qu’on montre qu’on met l’accent sur la surveillance, l’activité et la participation.»
L’opération Arctic Ghost fait suite à l’opération Nanook, qui s’est terminée la semaine dernière. Cet exercice militaire annuel a été lancé en 2007 par l’ancien premier ministre Stephen Harper, qui avait fait de la souveraineté dans l’Arctique un thème central de son gouvernement.
M. Carney a lui aussi fait du Nord une priorité et utilise de plus en plus l’Arctique comme point de connexion avec les pays d’Europe du Nord, comme le Danemark, la Norvège et la Suède, alors qu’il cherche à resserrer les liens avec l’Europe.

Le premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre sera à Ottawa les 20 et 21 septembre, où les dirigeants devraient «discuter des efforts visant à renforcer la sécurité et la résilience dans l’Arctique et l’Atlantique Nord», selon un communiqué de presse.
«Notre mise à jour de la politique de défense Notre Nord, fort et libre affirme catégoriquement que la sécurité dans l’Arctique est la priorité la plus urgente en matière de défense», a soutenu le major-général à la retraite Scott Clancy, ancien commandant adjoint du NORAD.
«On constate que les acquisitions et les dépenses sont parfaitement alignées non seulement sur les capacités de première ligne, comme les sous-marins et les avions, mais aussi sur les infrastructures, notamment les bases d’opérations avancées et les systèmes de communication. Tout ça montre une base solide à plusieurs niveaux et un véritable engagement envers la sécurité de l’Arctique», a-t-il ajouté.
Un changement qui s’imposait depuis longtemps
D’autres experts ayant une grande expérience de la région voient aussi un changement important dans l’approche du Canada, un changement qui, selon eux, s’imposait depuis longtemps.
«Ce qu’on fait maintenant, c’est d’impliquer de plus en plus nos alliés européens», a rapporté Robert Huebert, professeur de sciences politiques à l’Université de Calgary. «Les Européens ont toujours considéré que les voies navigables du Nord étaient des voies navigables ouvertes. Ils n’ont jamais explicitement déclaré que le passage du Nord-Ouest était un détroit international, comme les Américains l’ont fait par le passé.»
Mais M. Huebert estime que la relation a commencé à évoluer en 2017. «On a reconnu la nécessité de renforcer la coopération avec nos alliés de l’OTAN, surtout les alliés européens de l’OTAN dans la région de l’Arctique», a-t-il dit.
Maintenant, M. Carney semble pousser cette approche encore plus loin, l’Arctique servant de pilier central de son argumentation, selon le professeur.
De retour à bord du Des Groseilliers, dans la partie sud du passage du Nord-Ouest, M. MacDonald et d’autres officiers disent qu’ils se préparent à un avenir où la Garde côtière devra en faire davantage dans les eaux arctiques canadiennes.

Avec des milliards de dollars de nouveaux investissements et de nouveaux brise-glaces prévus, ils affirment que l’organisation est prête.
«Je dirais que la plupart des Canadiens ne se rendent pas compte de l’ampleur des opérations de la Garde côtière dans le Nord», a mentionné le surintendant adjoint Jeremy MacDonald. «On a généralement entre sept et neuf brise-glaces qui opèrent ici chaque année. C’est très difficile de naviguer sur les voies navigables de l’Arctique canadien sans croiser un navire de la Garde côtière à un moment ou à un autre de la saison.»


