Le chef conservateur Pierre Poilievre a présenté jeudi sa vision des relations entre le Canada et les États-Unis, dénonçant directement les propos du président américain Donald Trump à l’égard du Canada, tout en insistant sur la nécessité d’entretenir des relations stables.
«La leçon à tirer en ce moment est simple: la voie vers la souveraineté consiste à se concentrer sans relâche sur ce qui est en notre pouvoir», a déclaré M. Poilievre dans un discours prononcé à l’Economic Club of Canada à Toronto.
M. Poilievre a appelé à la création d’un groupe de travail multipartite sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique alors que les deux pays entament une révision de l’accord.
Il s’est engagé à travailler avec le gouvernement libéral, tout en soulignant que l’opposition officielle a «le devoir constitutionnel et patriotique de scruter le gouvernement».
Le chef conservateur a trouvé jeudi un terrain d’entente avec les libéraux, du moins sur le plan rhétorique.
Le thème central de son discours était le contrôle. «Nous devons diviser le problème entre ce que nous contrôlons et ce que nous ne contrôlons pas», a-t-il affirmé.
Alors que M. Poilievre prononçait son discours jeudi après-midi, le ministre responsable du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, s’exprimait ailleurs à Toronto.
«Nous devons contrôler ce que nous pouvons contrôler» lorsqu’il s’agit de gérer les répercussions des droits de douane américains, a soutenu M. LeBlanc au Canadian Club.
Bien que M. Poilievre ait refusé de nommer les députés conservateurs qu’il sélectionnerait pour le groupe multipartite proposé, il a déclaré qu’ils agiraient «debout de bonne foi» et feraient passer le pays avant leur parti.
Dans son discours adressé au milieu des affaires de Toronto, il a présenté la voie à suivre par le Canada pour traverser l’incertitude économique liée à la guerre commerciale, soutenant qu’il fallait renforcer la résilience et la puissance du pays.
Il est revenu sur un message qu’il répétait souvent avant les élections d’avril dernier, à savoir que le gouvernement fédéral doit cesser de faire obstacle au développement des ressources et à la croissance.
«La réponse la plus efficace à l’incertitude n’est pas l’indignation, ce sont les résultats», a-t-il affirmé.
Opposition à Trump
M. Poilievre a mentionné Donald Trump à plusieurs reprises dans son discours, ce qui contraste nettement avec le discours qu’il a prononcé devant les délégués conservateurs lors du congrès du parti à Calgary le mois dernier, lors duquel il n’a pas du tout mentionné le président.
«Ce que le président Trump dit au sujet du Canada est faux», a déclaré M. Poilievre.
Le chef conservateur a été critiqué pour ne pas avoir souvent abordé la guerre commerciale et les menaces d’annexion du président américain Donald Trump lors de la campagne électorale du printemps dernier, même s’il était devenu évident que cela allait devenir l’enjeu principal du scrutin.
Il a répété à plusieurs reprises qu’il estimait que le premier ministre Mark Carney devait conclure un accord avec l’administration Trump afin de rétablir le libre-échange, même si le président a insisté sur le fait qu’il ne mettrait pas fin aux droits de douane.
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a déclaré mardi que si Ottawa souhaitait conclure un accord avec Washington, il faudrait que le Canada accepte des droits de douane plus élevés.
Jeudi, M. Poilievre a réaffirmé que l’objectif était un commerce sans droits de douane.
«En débloquant nos ressources et en libérant notre économie, nous pouvons devenir abordables et autonomes, et nous donner les moyens de lutter pour un commerce sans droits de douane avec les États-Unis.
Ce levier devrait inclure le fait de lier les achats canadiens d’équipement militaire américain au libre-échange et la création d’une réserve stratégique d’énergie et de minéraux, a-t-il avancé.
Dans son discours, M. Poilievre a suggéré que les Canadiens devraient «tirer parti de leur amitié avec le peuple américain» comme d’un atout dans le cadre de la révision de l’ACEUM.
Le Canada sur la scène mondiale
Il a également critiqué les efforts du gouvernement libéral pour améliorer les relations avec la Chine, ainsi que le discours très apprécié de M. Carney au Forum économique mondial de Davos en janvier.
«Nous ne devrions pas déclarer une rupture permanente avec notre plus grand client et notre plus proche voisin au profit d’un partenariat stratégique pour un nouvel ordre mondial avec Pékin, un régime que le premier ministre lui-même a qualifié il y a tout juste un an, de plus grande menace pour le Canada», a-t-il soutenu, paraphrasant certains des récents discours de M. Carney.
Le discours de M. Carney à Davos a clairement montré qu’il estime que les Américains ont modifié leurs relations avec les autres nations, y compris le Canada, de façon permanente.
«Nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition», a déclaré le premier ministre.
M. Carney s’est rendu en Chine le mois dernier pour rencontrer Xi Jinping — la première rencontre entre les dirigeants des deux nations depuis 2017 — et a conclu un accord visant à mettre fin aux droits de douane de rétorsion sur les produits agricoles canadiens en échange de la suppression des droits de douane sur certains véhicules électriques chinois.
M. Poilievre a proposé jeudi que le Canada négocie plutôt un accord automobile avec les États-Unis et accepte de «garder les véhicules chinois hors» du marché canadien en échange d’une production sans droits de douane en Amérique du Nord.
Concernant l’Inde, où M. Carney se rend cette semaine pour rencontrer le premier ministre indien, Narendra Modi, le chef conservateur a adopté un ton très différent.
M. Poilievre a déclaré qu’il soutenait un accord de libre-échange avec l’Inde, un pays que les responsables de la sécurité canadiens ont déjà accusé de mener une campagne d’extorsion et d’intimidation contre des citoyens canadiens.
Lors d’une discussion informelle avec l’ancienne députée Lisa Raitt après son discours, M. Poilievre a été interrogé sur les raisons pour lesquelles il n’était pas plus en colère contre les États-Unis, comme le sont tant de Canadiens.
«C’est d’ailleurs quelque chose que Mark Carney a dit, et je suis d’accord avec lui. Il a soutenu que nous ne pouvons pas contrôler ce que dit ou fait le président américain, mais que nous pouvons contrôler ce que nous faisons de ce côté-ci de la frontière», a-t-il répondu.
La différence, a-t-il continué, c’est que M. Carney ne fait rien pour changer les choses.

