Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a déclaré jeudi que le premier ministre Mark Carney «avait beaucoup d’explications à fournir» sur la manière dont le gouvernement avait failli à la vérification des antécédents d’une stagiaire canadienne au siège de l’OTAN en Belgique, qui a récemment été arrêtée pour espionnage.
Lors d’un point presse à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador, M. Poilievre s’est demandé pourquoi cette personne n’avait pas été «repérée» dès le départ lors du processus de vérification, «alors que d’autres pays et gouvernements ont pu disposer des renseignements nécessaires pour découvrir ces informations inquiétantes».
«Pourquoi est-ce que ce sont sans cesse des gouvernements étrangers qui nous informent des menaces pesant sur la sécurité nationale de notre pays?», a lancé le chef conservateur.
Interrogé mercredi par des journalistes au sujet de cette affaire, M. Carney a répondu que de telles situations exigeaient que le gouvernement «fasse le point et en tire les leçons».
Le premier ministre a déclaré qu’il n’était actuellement pas en mesure de s’exprimer en détail sur cette affaire.
«Écoutez, l’enquête est en cours, je ne peux donc pas m’étendre sur le sujet. La seule chose que j’ajouterais, sans trop en dire, c’est que des responsables canadiens sont impliqués depuis le début, a déclaré M. Carney à Toronto. Tirez-en vos propres conclusions.»
Le parquet belge a indiqué le 25 juillet qu’un juge d’instruction avait placé une ressortissante canadienne en détention provisoire pour espionnage et participation à une organisation criminelle.
Ces allégations n’ont pas encore été examinées par un tribunal.
Ni Ottawa ni l’OTAN ne souhaitent indiquer explicitement s’ils procèdent actuellement à une révision de leurs politiques de vérification à la lumière de cet incident.
Le Conseil du Trésor a refusé de répondre directement lorsqu’on lui a demandé si cette affaire avait donné lieu à une révision de la Politique fédérale sur la sécurité du gouvernement ou de la Directive sur la gestion de la sécurité.
Un porte-parole du Conseil du Trésor a dit par courriel que le ministère évaluait régulièrement les pratiques du gouvernement en matière de sécurité, mais qu’il ne ferait aucun commentaire sur une affaire faisant actuellement l’objet d’une enquête.
Dans une déclaration, le Quartier général supérieur des puissances alliées en Europe (SHAPE) de l’OTAN a indiqué que l’organisation n’avait rien à annoncer pour le moment et qu’elle ne divulguerait pas publiquement d’informations concernant ses procédures de sécurité.
La stagiaire en question travaillait au quartier général de l’OTAN, à Mons, en Belgique.
Les enquêteurs n’ont pas précisé pour quel pays la suspecte est accusée d’espionnage. Ils ont indiqué qu’il s’agissait d’une «ressortissante canadienne d’origine chinoise».
La suspecte a fait appel d’une décision la condamnant à rester en détention provisoire.
Au nom de Claire Z.
Une source fédérale non autorisée à s’exprimer officiellement a indiqué que les autorités canadiennes partaient du principe que la suspecte était Biwei Zhang — également connue sous le nom de Claire Zhang —, qui avait auparavant été employée par plusieurs organismes canadiens.
Une variante de ce nom a fait surface dans les médias peu après l’arrestation. La publication européenne Follow the Money et ses partenaires médiatiques Le Soir, Knack et La Lettre ont révélé que l’identité de la stagiaire était Claire Z.
La Presse Canadienne a tenté de contacter Mme Zhang par courriel pour obtenir ses commentaires, mais n’a pas reçu de réponse.
L’article précise qu’elle est arrivée à Mons en juillet 2025 pour commencer à travailler au sein du service informatique du SHAPE. Il indique également que les comptes de cette femme sur les réseaux sociaux montrent qu’elle avait auparavant effectué un stage de dix mois au centre de recherche de l’Agence spatiale européenne en Italie et travaillé à l’Organisation mondiale du commerce en Suisse, ainsi que pour divers organismes gouvernementaux canadiens.
Un responsable de l’OMC a confirmé que Claire Zhang avait travaillé comme stagiaire au sein de l’organisation pendant une courte période en 2023.
Un profil LinkedIn au nom de «Claire Z», correspondant à la description de la suspecte, indique que l’utilisatrice est titulaire d’un baccalauréat en économie appliquée de l’Université de York et d’une maîtrise en informatique et ingénierie des systèmes de l’Université d’Ottawa.
Le profil précise que l’utilisatrice a travaillé à l’Agence spatiale canadienne en tant qu’ingénieure en systèmes, à Statistique Canada en tant qu’économiste et au Conseil national de recherches du Canada en tant que scientifique de données.
Les trois organismes fédéraux ont répondu aux questions de La Presse Canadienne par des déclarations identiques.
«Nous prenons cette affaire très au sérieux, a déclaré Sandrine Masella, de l’Agence spatiale, dans un courriel. Toutefois, afin de respecter l’intégrité de l’enquête et les procédures de la Police fédérale belge, qui n’a pas révélé l’identité de la personne placée en détention, nous ne confirmerons pas pour l’instant de détails spécifiques concernant l’identité de cette personne.
«Nous continuerons à collaborer au niveau national et avec nos partenaires internationaux afin de protéger la sécurité nationale et de préserver l’intégrité du processus d’enquête.»
Selon les dossiers judiciaires, la Commission de la fonction publique du Canada a conclu en 2023 que Mme Zhang s’était rendue coupable de fraude dans le cadre d’un processus de nomination à un poste au sein de l’Agence des services frontaliers du Canada. La Cour fédérale a rejeté sa demande de contrôle judiciaire de cette décision l’année suivante.
Elle s’est excusée à ce sujet dans un mémoire déposé devant la Cour fédérale.
Le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a qualifié les accusations belges portées contre la suspecte canadienne de «très graves».
«En fin de compte, nous devons faire toute la lumière sur cette affaire et veiller à ce que ce genre d’incidents ne se reproduise plus à l’avenir», a-t-il déclaré.
Kyle Duggan et Jim Bronskill, La Presse Canadienne
