La création de la richesse et une économie prospère passent avant tout par un «réinvestissement massif dans les services publics», plaide la cheffe parlementaire de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal.
La porte-parole de la formation politique a fait vendredi un plaidoyer en faveur des services publics devant un parterre d’environ 200 personnes, réunissant notamment des gens d’affaires. Mme Ghazal était invitée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain afin de présenter sa vision économique à l’approche des élections québécoises d’octobre.
«Pour moi, pour Québec solidaire, la première étape d’une économie prospère — vous l’entendrez moins, ce n’est pas à la mode ce que je vais dire, mais je suis convaincue que c’est comme ça qu’on va y arriver — c’est de réinvestir massivement dans les services publics qui soutiennent la création de richesse», a déclaré l’élue solidaire dans son allocution.
«Pas de services publics, pas de richesse. Aussi simple que ça», a-t-elle ajouté.
Pour appuyer son point, Mme Ghazal a évoqué la mise sur pied du réseau public d’éducation qui a permis de sortir les Québécois «du nés pour un petit pain» et de former des entrepreneurs, donnant naissance au Québec inc. Elle a aussi cité le système de santé universel et la création des CPE qui «a permis à des générations de femmes d’intégrer pleinement le marché du travail et a profondément transformé notre économie».
«C’est ça, de la richesse collective. Mais encore faut-il prendre soin de ce qui fait notre force économique», a dit la porte-parole du parti souverainiste.
Mme Ghazal a reproché aux gouvernements des 30 dernières années d’appliquer «essentiellement les mêmes recettes économiques» en matière d’économie.
«Et aujourd’hui, on se retrouve avec les mêmes problèmes, a-t-elle déploré. (...) À Québec solidaire, on a l’intime conviction qu’on peut faire les choses autrement, et que, ce qu’ont vit aujourd’hui n’est pas une fatalité. Mais pour ça, il faut commencer à investir dans ce qui fait réellement la force économique du Québec: nos services publics, notre volonté d’accueil, nos énergies propres, notre capacité d’innovation et la qualité de vie qui nous distingue au Québec.»
«Préjugé défavorable» envers l’État
En discussion avec la présidente et cheffe de la direction de la CCMM, Isabelle Dessureault, la porte-parole de QS estime que les derniers gouvernements ont tenu «un discours avec un préjugé défavorable à l’État». Ils ont pris «les rênes de l’État pour le démanteler petit à petit, le donner en morceaux avec les partenaires publics-privés», a affirmé Mme Ghazal.
Un gouvernement solidaire travaillerait à remédier à la perte d’expertise au sein de l’appareil étatique, afin de redonner confiance aux Québécois dans la capacité de l’État à livrer des services de manière efficace, a promis la politicienne, en citant les constats des commissions Charbonneau et Gallant.
Questionnée à savoir qu’elle est «le plus grand risque économique du Québec pour les trois prochaines années», Mme Ghazal a répondu «le démantèlement de nos services publics, l’état de nos services publics».
Selon elle, «l’État doit devenir un levier stratégique» afin de renforcer la souveraineté économique du Québec.
«Et il peut le faire. (...) Ça veut dire utiliser nos achats publics, notre fiscalité, notre énergie et nos infrastructures pour soutenir les entreprises qui produisent ici et qui créent de la valeur ici», a dit la porte-parole solidaire. QS propose notamment une cible de 75 % d’achats québécois dans les contrats publics.
Mme Ghazal a dénoncé dans son allocution «l’instabilité des décisions politiques et économiques qui sont créées par le gouvernement lui-même», pointant les dossiers de l’immigration et en environnement.
«Quand les règles changent constamment, les entreprises hésitent à investir», a-t-elle fait valoir, plaidant notamment pour une planification de l’immigration «coordonnée, raisonnable, pragmatique et chiffrée».
Fille d’un commerçant
Dans son discours, Mme Ghazal a mis de l’avant qu’elle est la fille d’un commerçant. Son père a tenu un magasin sur la Plaza Saint-Hubert où son frère, ses soeurs et elle ont déjà travaillé.
«Je peux comprendre ce que ça fait pour un entrepreneur de vivre avec l’incertitude économique. J’ai été élevée là-dedans. Je connais l’inquiétude de l’entrepreneur qui se demande s’il va y arriver», a-t-elle témoigné.
En partageant cette partie de sa vie, Mme Ghazal souhaite déconstruire un certain préjugé à son égard.
«Je me rends compte que les gens ne la connaissent pas, puis souvent, ils vont avoir des préjugés sur qui est la personne à la tête d’un parti politique comme Québec solidaire. Ils ont une image ou des clichés. C’est juste pour montrer que cette réalité des entrepreneurs, je la connais», a-t-elle expliqué en entrevue avec La Presse Canadienne.
La conférence de Mme Ghazal s’inscrivait dans une série d’événements proposée par la CCMM avec les cinq chefs de partis représentés à l’Assemblée nationale, à quelques mois du début de la campagne électorale. Lundi, ce sera au tour de la première ministre Christine Fréchette d’être la conférencière invitée.

