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Ottawa accorde un délai de 15 jours au propriétaire de Stelco

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L'usine de production d'acier de Stelco à Hamilton, en Ontario, le lundi 10 février 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Nick Iwanyshyn L'usine de production d'acier de Stelco à Hamilton, en Ontario, le lundi 10 février 2025. Crédit image | LA PRESSE CANADIENNE (Nick Iwanyshyn)

Ottawa a accordé au propriétaire américain de Stelco un délai de 15 jours pour remédier aux violations présumées des engagements pris lors de l’acquisition de l’aciériste ontarien il y a 2 ans, sous peine de faire l’objet de poursuites judiciaires.

Dans une lettre de 11 pages publiée jeudi, la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a accusé Cleveland-Cliffs de ne pas avoir respecté 6 engagements contraignants, notamment des garanties en matière d’emploi.

Mme Joly a déclaré que l’entreprise devait répondre à ces allégations de violation, prouver qu’elle n’avait pas manqué à ses engagements ou expliquer pourquoi elle ne les avait pas respectés.

Si l’entreprise ne se conforme pas à ces exigences, elle a ajouté que le gouvernement fédéral pourrait saisir une cour supérieure pour obtenir des mesures correctives, notamment une ordonnance obligeant Cleveland-Cliffs à céder le contrôle de Stelco.

Parmi les autres mesures possibles figurent la demande d’une ordonnance judiciaire obligeant l’entreprise à honorer ses engagements ou l’imposition d’amendes pouvant atteindre 10 000 $ par jour de non-respect.

S’adressant aux journalistes jeudi, Mme Joly a affirmé que le gouvernement fédéral avait déjà des informations sur des acquérants potentiels des activités de Stelco si Cleveland-Cliffs devait être contrainte à vendre.

«Une cession forcée est assurément sur la table et nous savons déjà qu’il y a des acheteurs potentiels qui souhaitent acquérir les actifs canadiens de Stelco», a-t-elle soutenu.

Ron Wells, président de la section locale 1005 du syndicat des Métallos, qui représente les salariés de l’usine Stelco d’Hamilton, a qualifié la lettre de Mme Joly de convaincante.

«Elle a bien su expliquer notre position, a déclaré M. Wells. Nous soutenons cette lettre… nous aimerions simplement que le processus soit plus rapide, car, malheureusement, nos adhérents se retrouvent à la rue.»

En faveur des droits de douane

Par ailleurs, Mme Joly a accusé Cleveland-Cliffs d’avoir plaidé en faveur des droits de douane américains sur l’acier canadien malgré son engagement à soutenir l’industrie sidérurgique canadienne, puis d’avoir utilisé ces mêmes droits de douane pour justifier des licenciements.

Le sidérurgiste américain «a plaidé en faveur et s’est même attribué le mérite des tarifs américains qui ont provoqué de nouvelles conditions de marché», a-t-elle déclaré.

La lettre cite le témoignage écrit de Lourenco Goncalves, chef de la direction de Cleveland-Cliffs, devant le Steel Caucus du Congrès américain en janvier, dans lequel il se prononçait contre l’accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada et s’opposait à l’industrie manufacturière canadienne.

«Depuis que nous avons racheté Stelco en 2024 — avant le retour au pouvoir du président Trump —, nous avons empêché Stelco de vendre de l’acier sur le marché américain», a déclaré M. Goncalves.

«Je me réjouis qu’il y ait de fortes chances que l’USMCA (ou Accord Canada-États-Unis-Mexique) ne survive pas à la révision de 2026, avait-il ajouté à ce moment. Nous avons besoin d’une industrie manufacturière aux États-Unis. Pas au Canada ; pas au Mexique.»

Cleveland-Cliffs a annoncé le 28 septembre son intention de licencier jusqu’à 500 salariés des usines Hamilton Works et Lake Erie Works de Stelco, en Ontario, invoquant les droits de douane américains et les conditions de marché difficiles.

L’entreprise a fait valoir que le marché canadien de l’acier galvanisé est trop restreint pour soutenir deux producteurs nationaux, Stelco et ArcelorMittal Dofasco, parallèlement aux importations d’acier.

Elle a appelé Ottawa à renforcer les restrictions à l’importation afin de protéger la production canadienne.

M. Wells a accusé Cleveland-Cliffs d’utiliser ses salariés comme moyen de pression pour contraindre le gouvernement fédéral à renforcer les restrictions à l’importation d’acier.

«Ils ont adopté cette approche extrême pour tenter de faire pression sur Ottawa et d’utiliser nos adhérents comme des pions afin de faire chanter le gouvernement pour qu’il ajuste les importations», a-t-il fait valoir.

La lettre dévoile les engagements précis en matière d’emploi pris par Cleveland-Cliffs, notamment le maintien d’une moyenne annuelle d’au moins 1766 travailleurs syndiqués équivalents temps plein et de 603 salariés équivalents temps plein.

Dans une déclaration sur le réseau X, Mme Joly a dit demeurer prête à s’asseoir avec Cleveland-Cliffs pour en arriver à une solution.

«Mais soyons clairs: la compagnie doit protéger les emplois au Canada, défendre notre industrie de l’acier et veiller à ce que les engagements pris envers le Canada soient respectés», a-t-elle déclaré.

Mme Joly a ajouté: «Soyons clairs: aucun cas de force majeure ni aucun changement dans les conditions du marché ne peut libérer Cleveland-Cliffs de ses engagements.»

Par ailleurs, la lettre révèle également que les inquiétudes concernant le respect par Cleveland-Cliffs de ses engagements sont antérieures à la récente annonce de licenciements.

La lettre indique que Cleveland-Cliffs a admis en novembre 2025 avoir manqué à deux autres engagements liés au maintien des programmes de stages en alternance et d’emplois d’été pour les étudiants, ainsi qu’au soutien de la communauté par le moyen de dons caritatifs.

L’usine Lake Erie Works de Stelco produit de l’acier laminé à chaud utilisé dans la construction et l’industrie manufacturière, tandis que l’usine Hamilton Works transforme l’acier en produits laminés à froid et galvanisés, notamment de l’acier zingué résistant à la rouille utilisé dans le secteur automobile, l’électroménager et la construction.

Brett Bundale, La Presse Canadienne