Le gouvernement Legault a défendu, mardi, l’investissement de 1,1 milliard $ dans le projet de Nemaska Lithium, un projet critiqué par la commissaire au développement durable et qui est actuellement suspendu par Rio Tinto.
Dans son rapport déposé la semaine dernière, la commissaire Janique Lambert note que le gouvernement est allé de l’avant dans cet investissement malgré un avis défavorable du ministère des Ressources naturelles.
La première ministre Christine Fréchette n’a pas voulu dire si elle était au courant de l’avis défavorable qui avait été émis, mais elle a défendu le financement de ce partenariat avec la multinationale.
«Tout projet économique (...), à plus forte raison dans le domaine des mines, (...) comporte un certain nombre de risques», a plaidé Mme Fréchette en mêlée de presse.
«On a évalué ces risques et on a fait la part des choses et on s’est engagé dans ce projet là avec maintenant un partenaire très costaud, Rio Tinto, qui a une expertise.»
En commission parlementaire mardi matin, le député libéral Frédéric Beauchemin a plaidé que cet investissement était disparu et radié, ce qu’a démenti le ministre des Finances, Eric Girard.
«Ça vient du gouvernement qui a dit six mois après tout le monde que son investissement dans Northvolt ne valait plus une ‘cenne’», a raillé M. Beauchemin, dans un échange parfois tendu avec M. Girard.
Le ministre des Finances a indiqué qu’il n’était pas au courant de l’avis défavorable du ministère des Ressources naturelles, mais qu’il s’est fondé sur une synthèse pour autoriser l’investissement, sur la base d’une recommandation favorable de son propre ministère.
«Clairement, il manque de l’information», a dénoncé M. Beauchemin, qui est porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances.
«Vous n’avez même pas le réflexe d’aller voir le ou la spécialiste dans votre entourage et poser la question: ‘toi, ministre des Ressources naturelles, qu’est-ce que tu en penses de ce projet?’ Ça ne vous tente même pas de le faire? Vous ne vous basez que sur votre silo à vous, vous n’allez pas voir à l’extérieur?»
«J’avais un dossier étoffé du ministère des Finances qui a l’ensemble des risques et inconvénients», a répondu M. Girard.
«On ne fait pas des investissements d’une telle taille sans faire une analyse rigoureuse et professionnelle et avoir des discussions importantes», a-t-il ajouté.
«Ce travail est toujours fait de façon minutieuse et professionnelle au ministère des Finances. C’est ce qui a été fait dans ce dossier.»
Il a reconnu que c’est un projet «extrêmement risqué», mais que «c’est le rôle du gouvernement de prendre des risques au départ».
M. Girard a fait valoir que le partenaire dans ce projet de 4 milliards $ au total était Rio Tinto, «un leader mondial dans la transformation des minéraux», et qu’il avait même parlé au président-directeur général de l’entreprise.
Dans son segment de questions, la députée Alejandra Zaga Mendez, de Québec solidaire, a fait une démonstration avec des grains de riz dans un bocal pour illustrer la fortune du grand patron de Couche-Tard, Alain Bouchard, et réclamer qu’on impose davantage les grandes fortunes.
Rappelons qu’en mars dernier, Rio Tinto a fait savoir qu’elle allait «ralentir la cadence de la construction en 2026» du projet Nemaska Lithium d’usine de conversion d’hydroxyde de lithium de Bécancour.
«Cette décision ne reflète aucunement une diminution de l’engagement de Rio Tinto ou du conseil d’administration de Nemaska Lithium envers le projet», a alors écrit l’entreprise.
«L’ingénierie pour l’installation de Bécancour a été complétée et la construction est maintenant avancée à plus de 70 %. Rio Tinto demeure pleinement engagé envers le projet de Bécancour et le Québec.»
