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Michael Ma s'excuse après une confusion sur ses propos sur le travail forcé en Chine

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Le député libéral Michael Ma lors de la période de questions, à Ottawa, le 27 janvier 2026. Le député libéral Michael Ma lors de la période de questions, à Ottawa, le 27 janvier 2026. (Adrian Wyld)

Le député Michael Ma, qui a quitté les conservateurs pour rejoindre les libéraux, a présenté ses excuses après avoir semblé semer le doute sur les rapports faisant état de violations des droits de la personne en Chine.

M. Ma a déclaré regretter son erreur, tout en précisant qu’il faisait référence à la ville de Shenzhen, dans le sud de la Chine, et non à Xinjiang, où le gouvernement communiste est accusé de violations généralisées.

Le malentendu concernant le lieu dont parlait M. Ma a duré des heures et a monopolisé le reste de l’audience du comité parlementaire où il avait tenu ces propos, s’étendant jusqu’à la période de questions et le poursuivant sur la colline du Parlement.

Il a demandé jeudi à une experte, lors d’une réunion d’un comité parlementaire, si elle avait vu de ses propres yeux des cas de travail forcé.

«Avez-vous été témoin de travail forcé à Shenzhen? Avez-vous été témoin de travail forcé? Une réponse courte: avez-vous été témoin de travail forcé à Shenzhen, oui ou non?» a-t-il demandé à Margaret McCuaig-Johnston, chercheuse principale à l’Université d’Ottawa.

«Vous avez donc entendu cela par ouï-dire?» a-t-il ajouté.

Les propos de M. Ma ont été mal rapportés par les médias, notamment La Presse Canadienne, qui les ont interprétés comme faisant référence à la province occidentale du Xinjiang, qui avait été au cœur des débats lors de l’audience.

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Le malentendu a persisté pendant la période de questions, où le député conservateur Michael Chong a affirmé que M. Ma avait insinué qu’il n’y avait «pas de travail forcé pour les Ouïghours», en référence à ce groupe ethnique musulman du Xinjiang.

En réponse, le député Yasir Naqvi n’a mentionné ni les Ouïghours, ni le Xinjiang, ni Shenzhen, ni la Chine, mais a déclaré que le gouvernement considérait le travail forcé comme «inacceptable».

Michael Ma a été vu en train de s’éloigner des journalistes et n’a pas répondu aux questions concernant son point de vue sur la question.

Dans ses excuses, présentées plusieurs heures après ses propos initiaux, M. Ma a indiqué avoir «involontairement donné l’impression de minimiser la gravité du problème du travail forcé».

«Pour être clair, mes questions portaient sur la fabrication automobile à Shenzhen, en Chine, et non au Xinjiang», a précisé M. Ma dans un communiqué.

«Je regrette cette erreur et présente mes excuses à Mme McCuaig-Johnston et à mes collègues du comité», a-t-il assuré.

Il a affirmé condamner le travail forcé «sous toutes ses formes».

Des véhicules fabriqués à partir de travail forcé

Michael Ma, qui a changé de camp en décembre, a accompagné le premier ministre Mark Carney lors de son voyage à Pékin en janvier.

Le comité permanent de l’Industrie de la Chambre examine actuellement une décision prise par M. Carney lors de ce voyage visant à assouplir les restrictions canadiennes sur les véhicules électriques chinois et à autoriser la vente de certains de ces véhicules au Canada.

Margaret McCuaig-Johnston a déclaré jeudi au comité que les véhicules chinois sont fabriqués à partir de produits issus du travail forcé de la minorité ouïghoure.

L’affirmation de M. Ma selon laquelle les rapports sur le travail forcé relevaient du «ouï-dire» a suscité l’indignation des conservateurs au sein du comité, dont l’un a présenté des excuses en son nom.

M. Ma a alors exigé des excuses de la part du député qui les a présentées. Il a énoncé au comité avoir posé des «questions tout à fait légitimes» et n’avoir exprimé aucune opinion.

«Je n’ai ni soutenu ni nié ces pratiques — j’ai simplement demandé si elle en avait été témoin», a-t-il précisé.

Le député conservateur Michael Guglielmin a déposé une motion au comité pour condamner le travail forcé en Chine.

«On ne sait pas vraiment si les propos de M. Ma contredisent la position du Parti libéral et celle du gouvernement, ou s’il prépare discrètement la nouvelle position du premier ministre sur le Parti communiste chinois et sa vision permissive de l’esclavage», a commenté M. Guglielmin.

Interrogé sur le fait de savoir si Ottawa ne croyait plus que Pékin recourait au travail forcé au Xinjiang, le cabinet du premier ministre a renvoyé les questions à la déclaration de M. Ma.

La séance a été presque entièrement consacrée aux débats sur les questions de M. Ma, et les députés de tous les partis ont déploré de devoir renvoyer les témoins pour débattre du comportement du comité.

Mme McCuaig-Johnston, ancienne haute fonctionnaire, a déclaré à La Presse Canadienne, lors d’une entrevue, qu’elle était «un peu déconcertée» par les questions de M. Ma, mais qu’elle se réjouissait que le problème soit davantage mis en lumière.

«J’ai regardé autour de moi, comme pour dire: “Il plaisante?” Parce qu’aucun Occidental ne peut aller en Chine et constater l’existence du travail forcé. On ne vous laisserait jamais approcher de là», a-t-elle affirmé.

Elle a ajouté que M. Ma semblait employer une tactique visant à minimiser le problème du travail forcé.

«Il essayait clairement de saper ma crédibilité, a-t-elle relevé. Je crois qu’il a échoué.»

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Margaret McCuaig-Johnston sous sanction chinoise

Mme McCuaig-Johnston a indiqué qu’après la réunion, elle avait offert à M. Ma son exemplaire du rapport de Human Rights Watch sur le travail forcé.

«Et il a répondu: “Je ne crois pas aux rapports, je ne crois qu’à ce que je vois de mes propres yeux”», a-t-elle rapporté. Elle a ajouté que M. Ma avait suggéré qu’ils se rendent tous deux en Chine pour constater l’existence du travail forcé au Xinjiang.

Lorsque La Presse Canadienne a sollicité un commentaire de son bureau concernant la conversation entre M. Ma et Mme McCuaig-Johnston, M. Ma n’a pas réagi.

Mme McCuaig-Johnston a toutefois indiqué être sous sanctions chinoises et ne pas vouloir se rendre dans le pays.

En 2022, les Nations Unies ont rapporté que la Chine avait commis de graves violations des droits de la personne au Xinjiang à l’encontre des Ouïghours et d’autres minorités musulmanes, violations qui «pourraient constituer des crimes internationaux, notamment des crimes contre l’humanité».

Un rapport publié la même année par Affaires mondiales Canada concluait que la Chine «utilise des programmes par ailleurs légitimes de requalification et de réinstallation des travailleurs sans emploi comme instruments d’une vaste campagne d’oppression, d’exploitation et d’endoctrinement de la population musulmane ouïghoure à la culture chinoise Han».

Pékin conteste fermement ces allégations, et affirme avoir lutté contre les menaces terroristes tout en offrant des opportunités économiques aux populations minoritaires.

Le Canada a maintes fois rejeté la version de Pékin. En juin 2021, une réponse gouvernementale à un rapport de comité dénonçait «la détention massive et arbitraire d’Ouïghours et d’autres musulmans turcophones dans des camps d’internement» au Xinjiang.

Le bureau de Mark Carney a déclaré lundi que des fonctionnaires avaient «transmis par erreur» un rapport au Parlement qui laissait entendre que M. Carney n’avait pas abordé la question des droits de la personne avec le président chinois Xi Jinping lors de sa visite à Pékin en janvier.

Le Bureau du Conseil privé, qui assiste le premier ministre, a écrit ce mois-ci que «les droits de la personne et l’ingérence étrangère n’ont pas été évoqués de manière proactive» par M. Carney lors de sa rencontre avec M. Xi. Son bureau a par la suite indiqué qu’un document corrigé avait été transmis au Parlement.

Avec des informations de Sarah Ritchie et Nono Shen à Vancouver

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste