Le ministre de la Défense, David McGuinty, a minimisé les propos du premier ministre Mark Carney, qui a indiqué mercredi à un média américain que son gouvernement avait étudié la possibilité d’une intervention militaire américaine sur le territoire canadien.
«C’est normal. Toutes les forces armées du monde consacrent du temps à analyser des scénarios de risque», a-t-il affirmé aux journalistes à Ottawa.
M. Carney a déclaré au New York Times qu’il ne souhaitait pas entrer dans les détails de cette étude, mais a fait comprendre qu’il aurait été irresponsable de ne pas se préparer à ce type de «risque à l’extrême», de pire scénario possible.
M. McGuinty a soutenu qu’il est normal qu’un pays procède ainsi, mais que le gouvernement ne donnerait aucun détail sur ce qu’implique une telle analyse.
Il a également refusé de commenter la manière dont les Canadiens devraient interpréter les propos de M. Carney.
«Ils devraient le considérer comme l’a décrit le premier ministre, c’est-à-dire un risque à l’extrême», a-t-il déclaré.
Il a ajouté que le Canada et les États-Unis entretenaient l’une des relations militaires les plus importantes au monde, ayant coopéré pendant des décennies pour assurer la sécurité de l’Amérique du Nord.
Le président américain Donald Trump a passé la majeure partie des deux dernières années à menacer à plusieurs reprises de faire du Canada le 51e État, bien qu’il ait insisté sur le fait qu’il y parviendrait par la «coercition économique», plutôt que par la force militaire.
En janvier, le Globe and Mail a rapporté que les Forces armées canadiennes avaient simulé une invasion militaire américaine hypothétique du Canada, qu’elles ont décrite comme un «cadre conceptuel et théorique» plutôt que comme un plan concret.
Cette nouvelle est sortie alors que M. Trump avait menacé à plusieurs reprises d’annexer le Groenland. Ces dernières semaines, le président américain a publié des images générées par intelligence artificielle montrant l’ensemble de l’Amérique du Nord recouverte du drapeau américain, y compris le Canada, le Mexique, le Groenland, l’Amérique centrale et une grande partie des Caraïbes.
En septembre, lors d’une conférence de presse à Victoria, un journaliste a demandé à l’amiral Samuel Paparo, chef du Commandement américain du Pacifique, s’il suivrait un jour un ordre de M. Trump d’envahir le Canada, ce à quoi il a rapidement répondu par la négative.
«Je trouve ce scénario absolument et totalement absurde. Je suis les ordres du commandant en chef, mais c’est une question inutilement émotionnelle», a-t-il répondu.
Le député conservateur Ellis Ross juge que les propos de M. Carney étaient irresponsables.
«Cela attise la peur et la division, et c’est tout à fait déplacé, compte tenu de ce que nous traversons actuellement, a-t-il déclaré. Les Canadiens sont confrontés à des problèmes d’accessibilité financière, de criminalité, de drogue, et alors, que faisons-nous? On fait en sorte que les Canadiens craignent une invasion américaine.»
Il a ajouté qu’il était «très irresponsable de la part du dirigeant d’un pays du premier monde de tenir de tels propos à l’égard d’un autre pays du premier monde».
