Steven Guilbeault, député libéral sortant et ancien ministre, affirme qu’il n’est pas le seul membre du caucus à être mécontent du revirement de la politique environnementale des libéraux depuis les élections de l’année dernière.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Si vous regardez notre programme électoral lors des dernières élections — ce programme, ces engagements que nous avons pris envers les Canadiens —, le changement climatique y était mentionné 28 fois», a indiqué M. Guilbeault mercredi lors d’une entrevue à l’émission CTV Power Play avec Vassy Kapelos.
«Le mot “pipeline” n’y figurait pas une seule fois.»
— Steven Guilbeault, député sortant de Laurier-Sainte-Marie
«Je pense donc qu’à juste titre, certaines personnes, qu’il s’agisse de membres du caucus libéral ou de Canadiens en général, se demandent ce qui se passe», a-t-il ajouté.
M. Guilbeault a officiellement annoncé mercredi qu’il comptait démissionner de son siège à la Chambre des communes, après que CTV News eut rapporté la veille, en s’appuyant sur des sources, qu’il envisageait cette décision en raison de ses préoccupations concernant la politique climatique.
Quatre sources au sein du gouvernement fédéral ont souligné le désaccord de M. Guilbeault avec le démantèlement par les libéraux des politiques climatiques de l’ère Trudeau et avec la dernière version du protocole d’entente (PE) conclu avec l’Alberta, visant la construction d’un nouveau pipeline.
Interrogé par Mme Kapelos pour savoir si le protocole d’entente avait motivé sa décision de quitter la politique, l’ancien ministre a répondu: «Oui».
«Je n’étais pas opposé à l’idée de signer un protocole d’entente avec l’Alberta, mais nous ne devrions pas le faire au détriment de notre plan de lutte contre les changements climatiques», a-t-il précisé.
Cet écologiste convaincu a dit qu’il «n’était pas d’accord, avec tout le respect dû, avec l’approche adoptée par le gouvernement» en matière de politique climatique.
«Je pense que l’approche qu’il adopte repose sur l’idée que les marchés s’attaqueront en grande partie au problème des changements climatiques, et je ne suis pas d’accord avec cela», a-t-il souligné.
«Je pense que les marchés ont un rôle très important à jouer», a-t-il ajouté. «Mais nous avons besoin d’un ensemble de mesures pour pouvoir à la fois faire croître l’économie et réduire nos niveaux de pollution, et en ce moment, nous abandonnons un certain nombre de ces leviers.»
Interrogé par Vassy Kapelos pour savoir s’il pensait que d’autres députés suivraient son exemple et démissionneraient en raison de désaccords avec la politique climatique libérale, Guilbeault a répondu que c’était «une bonne question».
«Je peux vous dire que je ne suis pas le seul à être mal à l’aise avec ce qui se passe», a-t-il avancé. « À part ça, je ne sais pas trop ce que les gens feront. »
Dans une lettre publiée mercredi sur les réseaux sociaux, M. Guilbeault a indiqué qu’il resterait député jusqu’à la fin de l’été, moment où il démissionnera du siège qu’il occupe à la Chambre des communes depuis 2019.
L’ancien ministre a également écrit qu’il resterait membre du caucus libéral jusqu’à sa démission du Parlement.
S’adressant aux journalistes après la réunion du caucus libéral mercredi matin, M. Guilbeault a soutenu que le fait de rester député pendant l’été lui permettrait de mener à bien les projets sur lesquels il travaille dans sa circonscription.
«J’étais un bouc émissaire très pratique»
Le protocole d’entente récemment signé n’est pas la première fois que Guilbeault est en désaccord avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith.
Lorsque M. Guilbeault était ministre de l’Environnement et du Changement climatique sous l’ancien premier ministre Justin Trudeau, Mme Smith avait demandé son remplacement à ce poste, affirmant à l’époque qu’elle ne pouvait pas travailler avec lui.
Dans une entrevue accordée mercredi à BNN, Mme Smith a exprimé qu’elle était «heureuse» de voir M. Guilbeault démissionner.
«Je pense qu’il a probablement fait plus pour nuire à l’unité nationale que n’importe quel autre politicien, et je pense que le fait que nous puissions aplanir nos divergences et parvenir à une entente commune qui profite à la fois à l’Alberta et au Canada est la façon dont notre pays devrait fonctionner», a dit Mme Smith.
Interrogé sur la réaction de certains à sa démission — et sur le fait que beaucoup se réjouissent de cette nouvelle parce qu’ils le considéraient comme une figure clivante —, Guilbeault a insisté sur le fait que les désaccords entre Ottawa et les provinces de l’Ouest au sujet de la politique énergétique existaient bien avant son arrivée au gouvernement.
«Nous avons acheté un pipeline en 2018 dans l’espoir que cela aiderait à apaiser certaines de ces tensions», a précisé M. Guilbeault. «Cela n’a pas aidé du tout.»
«Je pense que j’étais un bouc émissaire très pratique pour certaines personnes, et je pense que, malheureusement, la question du changement climatique est désormais prise au piège dans cette guerre culturelle à laquelle nous assistons», a-t-il également ajouté.
Le Bureau du premier ministre a tenté de le convaincre de rester
S’adressant aux journalistes à Ottawa mercredi, le premier ministre Mark Carney a déclaré qu’il avait «toujours apprécié travailler» avec M. Guilbeault, soulignant leur collaboration étroite, notamment lorsque M. Carney était représentant spécial des Nations Unies pour l’action climatique et le financement.
Lorsqu’on lui a demandé si l’entente en valait la peine, malgré la décision de M. Guilbeault de partir, M. Carney a répondu : «Absolument.»
Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux à la suite de la réunion du caucus, Carney a remercié Guilbeault pour ses services.
«Les nombreuses contributions de Steven au sein de la société civile et de la fonction publique ont toujours été guidées par ses convictions et motivées par sa volonté de bâtir un avenir plus solide, plus diversifié et plus durable», a écrit le premier ministre.
S’adressant à Vassy Kapelos, Guilbeault a soutenu qu’il «connaissait Mark avant de connaître le premier ministre Carney».
La journaliste a demandé s’il y avait eu des efforts pour le convaincre de rester.
«Il y a eu des discussions avec son bureau», a affirmé M. Guilbeault. «Ils ont dit qu’ils souhaitaient me garder, mais en même temps, je ne pense pas qu’ils aient particulièrement apprécié le fait que j’exprime publiquement mon désaccord avec le gouvernement sur certaines de ces questions.»
Il a également dit que, bien qu’il respecte M. Carney et ses collègues, il était «tout simplement temps» pour lui de partir.
Les ministres du Cabinet ont également commenté la nouvelle mercredi. Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, lui a donné une tape amicale sur l’épaule alors qu’ils quittaient la réunion du caucus du Québec mercredi matin.
M. Champagne a par la suite qualifié M. Guilbeault d’«ami» et a dit qu’il l’applaudissait en tant que personne et pour son dévouement envers le Canada.
De plus, s’adressant aux journalistes à la suite d’une annonce en Colombie-Britannique mercredi, le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a remercié M. Guilbeault pour ses services et a indiqué qu’il tenait à saluer sa passion.
M. Hodgson a déclaré que le caucus libéral partageait l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. M. Guilbeault a toutefois souligné à Mme Kapelos qu’il ne croyait plus que le Canada serait en mesure d’atteindre cet objectif.
Avec des informations de Vassy Kapelos, Stephanie Ha et Rachel Hanes pour CTV News

