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Mark Carney qualifie les liens avec les États-Unis de «faiblesses»

«Nos forces traditionnelles qui reposaient sur des liens étroits avec l’Amérique sont maintenant des faiblesses. Nous devons agir.»

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PM Mark Carney addresses the nation «Dans un discours adressé directement à la nation, le Premier ministre Mark Carney a présenté les relations de longue date entre le Canada et les États-Unis comme une «faiblesse» qu'il faut corriger de toute urgence dans le contexte de la présidence Trump. (Capture d'écran - Cabinet du premier ministre du Canada)

Les États-Unis se comportant davantage comme un adversaire économique que comme un allié sous la présidence de Donald Trump, le Premier ministre Mark Carney a déclaré que la force traditionnelle du Canada, fondée sur nos liens avec les États-Unis, était devenue une «faiblesse» qu’il fallait corriger.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Dans un discours préenregistré diffusé dimanche matin, M. Carney a indiqué qu’il avait l’intention de s’exprimer «directement et régulièrement» sur son projet pour le Canada et a promis de «ne jamais enjoliver nos défis».

Selon une source, le message principal était qu’en cette période de bouleversements, il souhaitait disposer d’un espace où s’adresser directement aux Canadiens, et ce de manière approfondie.

Le monde, a-t-il déclaré, est devenu plus «dangereux et divisé», et le Canada doit réévaluer ses relations internationales les plus cruciales et opérer un changement de stratégie nationale.

«Ces hausses de tarifs, c’est du jamais vu depuis la Grande Dépression», a indiqué M. Carney dans ce discours de près de 10 minutes enregistré dans une maison à Ottawa.

«Nos forces traditionnelles qui reposaient sur des liens étroits avec l’Amérique sont maintenant des faiblesses. Nous devons agir.»

—  Mark Carney, premier ministre du Canada

Les travailleurs des secteurs de l’automobile, de la sidérurgie et du bois d’œuvre sont «sous attaque» en raison des droits de douane américains, a-t-il soutenu, et les entreprises freinent leurs investissements à cause de «l’incertitude».

«Les États-Unis ont tout changé et nous devons répondre», a indiqué M. Carney, avant de passer en revue le bilan et les réalisations de son gouvernement libéral, et d’évoquer le plan «Canada fort» qu’il avait annoncé lors de la campagne électorale de 2025 ; un plan destiné à mettre le pays à l’abri de Trump.

La nouvelle réalité

Sans nommer les conservateurs de l’opposition, M. Carney semblait y faire allusion lorsqu’il a dit que «certains croient qu’il n’est pas nécessaire» ce plan – que les Canadiens devraient «attendre que ça passe» dans l’espoir que les relations avec les États-Unis reviennent à ce qu’elles étaient au «bon vieux temps».

Il a souligné que les jeunes Canadiens n’ont jamais connu ces «bons vieux jours» – leur vie entière ayant été marquée par les chocs et les crises des guerres mondiales, des turbulences financières et de la COVID-19.

Il a admis que ses projets, qui comprennent la création de nouveaux corridors commerciaux et énergétiques, le doublement de la capacité en énergie propre et la création d’«une économie canadienne unique à partir de 13», sont ambitieux. «Mais en temps de crise, la fortune sourit aux audacieux», a-t-il indiqué.

Le premier ministre a ensuite montré une petite statue du major-général Sir Isaac Brock, l’officier de l’armée britannique surnommé le «héros du Haut-Canada» pour son rôle pendant la guerre de 1812. Il a précisé que cette statue, un cadeau de l’humoriste Mike Myers, lui rappelait «que lorsque nous sommes unis en tant que Canadiens, nous pouvons tout surmonter».

«Avant même que le Canada n’existe, il avait déjà pris forme dans l’imagination de Brock», a dit Carney. «Faisant face à la menace américaine, Brock a bâti des ponts et a inspiré ce qui deviendrait éventuellement le Canada.»

Il a poursuivi en faisant référence à l’histoire, affirmant que c’était un Canada «ambitieux» et «déterminé» qui avait construit de grands projets tels que la Voie maritime du Saint-Laurent, la Tour CN et la Route transcanadienne après la Seconde Guerre mondiale. Il a souligné que son gouvernement procédait lui aussi à d’importants changements structurels afin de «nous rendre plus forts chez nous et moins dépendants des États-Unis».

Il a conclu son message par une déclaration visant à insuffler la confiance, en évoquant une pratique appelée «orientation prospective» qu’il avait mise au point pendant la crise financière alors qu’il était gouverneur de la Banque du Canada – une pratique qui consistait à utiliser «une force écrasante contre nos problèmes jusqu’à ce qu’ils soient résolus».

«Notre histoire commune regorge d’exemples de lignes de conduite. Nous surmonterons cette épreuve grâce à ce que nous avons toujours été», a-t-il exprimé. «C’est notre pays. C’est notre avenir. C’est nous qui avons les moyens de créer un Canada fort. Et ça fonctionne et on ne fait que commencer.»

L’opposition réagit

Dans un message publié sur X, le chef conservateur Pierre Poilievre a déclaré que le premier ministre créait une illusion pour détourner «l’attention sur ses multiples échecs».

«Avec les libéraux de Mark Carney, le Canada a la pire inflation alimentaire ainsi que l’endettement des ménages et les coûts de logement les plus élevés de tous les pays du G7», a-t-il écrit.

Il a également a affirmé que Carney était responsable d’un déficit qui a doublé depuis que l’ancien premier ministre Justin Trudeau a quitté ses fonctions, ainsi que de la création de ruptures avec les États-Unis.

«En ce qui concerne les États-Unis, le discours de Mark Carney propose une rupture avec notre principal partenaire commercial. Un partenaire qui achète les deux tiers de nos marchandises. Cette rupture n’est pas un plan», a écrit Poilievre.

Toujours sur X, la vice-présidente du Parti conservateur, Melissa Lantsman, a publié une vidéo critiquant l’inaction de Carney, suggérant qu’il se contentait de prendre des poses plutôt que de créer des opportunités.

«Les Canadiens n’ont pas besoin de la Ligne de conduite, ils vivent dans le monde réel», a déclaré Lantsman. «Une famille qui remplit son panier à Saskatoon n’a pas besoin de la philosophie économique de Mark Carney. Elle a besoin que le montant de la facture à la caisse cesse d’augmenter.»

Mme Lantsman a également affirmé que le pays avait perdu 1 000 milliards de dollars d’investissements nets au cours de la dernière décennie sous le gouvernement libéral.

«Il parle de croissance alors que son parti a passé des années à chasser les gens qui construisent réellement des choses», a-t-elle dit. «Il parle d’audace après une année passée à ne presque rien faire, malgré les pouvoirs extraordinaires que lui a conférés le Parlement.»

De son côté, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet dit que Mark Carney «ne peut pas simplement énumérer des problèmes: il doit offrir des solutions qui marchent». 

Selon lui, si la diversification est souhaitable, elle sera néanmoins limitée et longue. «Ça suffit, la complaisance... Ceux qui répètent et avalent les bobards vont en payer le prix», a-t-il lancé.

M. Blanchet a proposé de négocier une entente commerciale qui mettra fin aux tarifs et de mettre en place des mesures de soutien aux entreprises et secteurs touchés par la guerre commerciale initiée par les États-Unis.

M. Carney et ses ministres ont répété à plusieurs reprises qu’ils entretiendraient toujours des liens étroits avec les États-Unis, et ils ont souvent évité de critiquer directement le président américain Donald Trump.

En février, le premier ministre a exprimé un soutien sans équivoque à la guerre contre l’Iran lancée par Trump aux côtés d’Israël, avant de regretter par la suite que Washington n’ait pas consulté les Nations unies au sujet d’un conflit susceptible de violer le droit international.

- Avec de l’information de Dylan Robertson pour La Presse Canadienne