Politique

Carney annonce que le conseil national de l’unité se penchera sur l’antisémitisme

Son allocution survient moins d’un mois après que la police de Toronto a été appelée pour une fusillade avec une arme factice visant trois membres de la communauté juive.

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PM Carney on combatting antisemitism and hate in Canada

Le nouveau Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion évaluera les causes de l’antisémitisme au Canada et améliorera la recherche et la collecte de données sur les incidents motivés par la haine, a déclaré lundi le premier ministre Mark Carney.

S’exprimant dans une synagogue de Toronto, M. Carney a dit que «l’antisémitisme a atteint des niveaux jamais vus depuis la fin de la guerre», citant notamment des incidents tels que des incendies criminels contre des synagogues et des tirs sur des écoles juives.

Il a indiqué que plus des deux tiers de tous les crimes haineux à motivation religieuse commis en 2025 visaient des Canadiens juifs, qui ne représentent qu’un pour cent de la population.

La lutte contre ce problème commence par reconnaître que, actuellement, le Canada «manque à ses obligations envers les Canadiens juifs», a-t-il énoncé.

Il a ensuite énuméré un certain nombre de missions confiées au nouveau Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion, dont la création a été annoncée en février.

Cela comprend l’étude de «la nature, l’ampleur et les facteurs de l’antisémitisme» au Canada, ainsi que l’amélioration de la recherche et de la collecte de données sur les incidents motivés par la haine.

M. Carney a souligné que la crise de l’antisémitisme au Canada est «spécifique, grave et exige une réponse ciblée». Il a ajouté que le gouvernement s’engage pleinement à apporter cette réponse.

«Nous avons aussi réaffirmé l’importance de la définition opérationnelle de l’antisémitisme, que l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste a formulée et que le Canada a adoptée en 2019 dans le cadre de la stratégie canadienne de lutte contre le racisme, a dit M. Carney en français lors de la conférence de presse. Et cette définition permet la critique légitime de tout gouvernement, tout en nommant la haine à l’encontre des personnes juives par son nom.»

«Ces mesures sont nécessaires et cependant, elles sont loin de suffire à elles seules», a-t-il ajouté.

Recrudescence des incidents

L’annonce de M. Carney intervient moins d’un mois après que la police de Toronto a répondu à un appel signalant que trois membres «visibles» de la communauté juive avaient été pris pour cible par des tirs provenant d’une arme à feu factice.

La flambée d’incidents antisémites fait suite à l’attaque menée en octobre 2023 par des militants du Hamas contre Israël, qui a poussé ce dernier à bombarder la bande de Gaza.

Israël a suscité une condamnation générale pour ses restrictions en matière d’aide humanitaire et la destruction des infrastructures à Gaza.

S’adressant aux journalistes plus tôt lundi, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, avait soutenu que Mark Carney devrait présenter «de sincères excuses» à la communauté juive.

«M. Carney devrait s’excuser au nom de son parti pour avoir causé ce phénomène», a-t-il suggéré.

M. Poilievre a fait valoir que le gouvernement libéral devrait plutôt renverser sa politique et «rétablir les valeurs canadiennes» en renforçant les frontières, en empêchant des «terroristes et des antisémites de venir au Canada», en mettant les criminels en prison et en expulsant certains individus présentant des menaces.

«Les politiques libérales ont divisé un groupe contre l’autre, leur politique d’immigration massive sans contrôle, qui permet à des terroristes, des criminels et des antisémites de venir au Canada, a contribué à la violence», a affirmé le chef conservateur.

M. Carney a annoncé lundi que le nouveau conseil serait présidé par le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, et compterait parmi ses membres le sénateur Marc Gold.

Le ministère de M. Miller a déclaré en février que le nouveau conseil chercherait à favoriser la cohésion sociale, à rallier les Canadiens autour d’une identité commune, à lutter contre le racisme et la haine sous toutes leurs formes, et à aider à orienter les efforts fédéraux.

M. Miller a expliqué aux journalistes que le conseil consultatif reconnaîtrait l’islamophobie et l’antisémitisme, mais qu’il se concentrerait sur l’unité nationale et «tenterait de rassembler les gens».

Projet de loi C-9

Le gouvernement avait alors annoncé qu’il allait supprimer les postes d’envoyés fédéraux chargés spécifiquement de lutter contre l’islamophobie et l’antisémitisme, pour les intégrer au sein du nouveau conseil consultatif, composé d’éminents universitaires, d’experts et de responsables communautaires.

En avril, un comité sénatorial chargé d’étudier l’antisémitisme a appelé M. Carney à rétablir le poste d’envoyé spécial contre l’antisémitisme.

Les libéraux ont présenté le projet de loi C-9, connu sous le nom de «projet de loi sur les crimes haineux», afin de lutter contre la forte augmentation des crimes haineux, en particulier ceux liés à l’antisémitisme et à l’islamophobie.

Le projet de loi a été adopté par la Chambre des communes en mars et est actuellement examiné par le comité sénatorial des droits de la personne.

M. Carney a précédemment dit que, bien que le projet de loi porte sur tous les types de haine, il avait été conçu en réponse directe à la flambée de l’antisémitisme.

Actuellement, le Code criminel contient des dispositions relatives à la propagande haineuse concernant l’apologie du génocide, l’incitation publique et la promotion délibérée de la haine, ainsi que la promotion délibérée de l’antisémitisme. Il reconnaît également comme infraction les méfaits motivés par des préjugés, des partis pris ou la haine.

Cependant, d’autres crimes haineux, tels que ceux impliquant un homicide ou des voies de fait, ne font pas l’objet d’infractions spécifiques dans le Code criminel. La haine est plutôt considérée comme un facteur aggravant lors de la détermination de la peine.

Parmi d’autres nouvelles dispositions, le projet de loi C-9 créerait une infraction spécifique de crime haineux pour les actes motivés par la haine.

Statistique Canada a rapporté en mars une augmentation de 169 % des crimes haineux signalés entre 2018 et 2024, passant de 1817 incidents signalés à 4882.

L’agence a fait état d’une sixième hausse annuelle consécutive en 2024, même si l’augmentation par rapport à 2023 n’était que de 1 %.

Les crimes haineux à caractère antisémite ont presque triplé, passant de 331 incidents signalés en 2018 à 920 en 2024. Les incidents à caractère islamophobe ont également presque triplé, passant de 84 crimes signalés à 229.

Le ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, a déclaré lundi à Toronto que «nous devons être honnêtes face à cette situation urgente et dangereuse».

«Partout au pays, les Canadiens juifs sont confrontés à un niveau d’antisémitisme inacceptable, effrayant et dangereux», a-t-il relevé.

La grande rabbine du Holy Blossom Temple, Yael Splansky, a déclaré que l’antisémitisme n’est pas un problème que les juifs peuvent résoudre à eux seuls.

«Tout comme les personnes de couleur ne peuvent pas mettre fin au racisme, tout comme les femmes ne peuvent pas mettre fin à la misogynie, les citoyens juifs ne peuvent pas débarrasser le pays de l’antisémitisme, a-t-elle souligné. Seul le gouvernement peut gouverner.»

«La stabilité du Canada est mise à l’épreuve en ce moment. Les valeurs canadiennes sont mises à l’épreuve en ce moment. À ce moment charnière de son histoire, le Canada doit tenir sa promesse de paix, d’ordre et de bonne gouvernance», a-t-elle fait valoir.

Noah Shack, PDG du Centre pour les affaires israéliennes et juives, a commenté que les événements au Moyen-Orient ont attisé la haine et la violence à l’encontre des Canadiens juifs, et qu’Ottawa doit faire davantage pour renforcer la sécurité de la communauté et lutter contre la haine.

«Le gouvernement et les forces de l’ordre doivent s’attaquer aux causes profondes de cette crise, notamment la radicalisation, la promotion du terrorisme et les entités terroristes opérant ici au Canada, a écrit M. Shack dans un communiqué de presse dimanche. Le premier ministre a l’occasion de donner le ton depuis la plus haute fonction pour affirmer clairement que rien ne peut justifier la haine, l’intimidation et la violence dont sont victimes les Canadiens juifs, et que tous les moyens dont dispose le gouvernement seront mis en œuvre pour y faire face.»

Catherine Morrison

Catherine Morrison

Journaliste