Le Canada fera tout son possible pour faciliter la mise en œuvre de l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, y compris en intervenant comme médiateur tiers pour superviser l’utilisation des fonds destinés à mettre fin au conflit déclenché par Washington aux côtés d’Israël.
«Le Canada est bien sûr disposé à apporter son aide, si cela s’avère nécessaire», a déclaré mercredi le premier ministre Mark Carney aux journalistes, à la clôture du sommet du G7 en France.
M. Carney a également réitéré ses éloges à l’égard de l’accord préliminaire.
«Il pourrait changer la donne», a-t-il affirmé.
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a été l’un des principaux sujets abordés lors du sommet du G7 organisé par le président français Emmanuel Macron dans la pittoresque station thermale d’Évian-les-Bains, dans les Alpes françaises.
Pendant le sommet, M. Carney n’a pas eu d’entretien bilatéral officiel avec le président américain Donald Trump, mais il a indiqué avoir eu au moins des discussions informelles avec lui, abordant des sujets plus légers, comme le récent 80e anniversaire de M. Trump, et des sujets plus sérieux, comme l’Iran, l’Ukraine, l’intelligence artificielle et le commerce.
Interrogé sur l’absence de rencontre bilatérale, M. Carney a répondu qu’il ne faut pas en tirer de conclusion, puisque M. Trump avait prévu seulement deux rencontres formelles en tête à tête.
«Ce n’est pas grand-chose, il n’y a pas de signe là», a-t-il dit.
«J’ai eu plusieurs conversations avec le président Trump hier et le jour avant. Probablement sept ou huit conversations avec lui», a ajouté M. Carney lors de son point de presse, mercredi matin.
Potentiel game changer
Lors d’une entrevue accordée mardi à CNN, Mark Carney a révélé avoir pris connaissance de l’accord préliminaire. Il a soutenu que celui-ci dépassait ses attentes et qu’il avait le potentiel de marquer un tournant décisif — d’être un game changer, selon ses propres mots.
Il a ajouté que le Canada ferait tout son possible pour faciliter la mise en œuvre de cet accord.
«Le simple fait qu’il existe, et que tant de pays aient participé à son élaboration et y soient impliqués, a des retombées positives», a-t-il dit.
L’accord évoque également la possibilité pour l’Iran de recevoir au moins 300 milliards $ US pour sa reconstruction après le conflit, des fonds qui pourraient être conditionnés au respect de certaines exigences par l’Iran. M. Carney a précisé que le Canada ne propose pas de contribution financière, mais qu’il peut jouer un rôle.
«Ce dont on a besoin pour la mise en œuvre de ce type d’accord, c’est de personnes, de tiers, pour aider à leur application, a-t-il conclu. Les modérateurs supervisent les opérations, notamment lorsque des fonds sont liés à des conditions, comme c’est le cas pour cet accord, et que leur gestion est conditionnée à leur respect. Il arrive parfois que des pays tiers s’en chargent. Le Canada est bien entendu disposé à apporter son aide si nécessaire.»
Négociations commerciales
Le G7 s’est conclu mercredi par des accords visant les pratiques économiques chinoises, sans toutefois nommer Pékin. Dans leurs déclarations, les dirigeants ont demandé de mettre fin aux subventions excessives et à l’utilisation de l’accès aux minéraux critiques comme moyen de coercition.
Le sommet a été reporté d’un jour après l’annonce par Donald Trump que la Maison-Blanche accueillerait un combat de l’UFC le 14 juin, le Jour du Drapeau aux États-Unis, qui était aussi le jour de son 80e anniversaire.
«C’est moi le patron», a lancé Donald Trump à ses homologues du G7 avant de prendre place à la session consacrée à la croissance économique.
Le sommet du G7 a eu lieu alors que les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis restent tendues, sans qu’une décision claire soit encore prise quant à la prolongation de l’accord commercial Canada-États-Unis-Mexique, ou ACEUM.
Le ministre canadien du Commerce, Dominic LeBlanc, a rencontré le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, en marge du sommet de mardi.
Le Canada a récemment accepté de réduire son droit de douane de 100 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine à 6,1 %, avec un plafond d’importation annuel de 49 000 véhicules — soit environ 3 % du marché canadien. En contrepartie, la Chine a suspendu ses droits de douane punitifs sur les produits agricoles canadiens.
Donald Trump avait auparavant critiqué l’accord, menaçant d’imposer de nouveaux droits de douane et affirmant que le Canada ne serait pas autorisé à devenir un «point de transit» pour les véhicules chinois entrant aux États-Unis.
Mais mardi, on a entendu Mark Carney informer Donald Trump du plan canadien.
«C’est bien, j’aime ça», a répondu le président.
M. Carney a ensuite indiqué aux journalistes qu’ils avaient eu une conversation de suivi sur le sujet.
«Nous ne sommes intéressés par les investissements chinois au Canada que s’ils contribuent concrètement à la production canadienne, a-t-il affirmé. Nous ne sommes pas intéressés par des kits assemblés au Canada. Nous ne ferons que ce qui est dans l’intérêt des consommateurs et des travailleurs canadiens.»
Fen Osler Hampson, professeur de relations internationales à l’Université Carleton, a indiqué qu’un premier ministre qui échange fréquemment des textos et des conversations avec le président ne devrait pas avoir à exposer sa position sur les véhicules électriques chinois en aparté lors d’un déjeuner de travail, sans qu’aucune rencontre officielle entre les deux dirigeants ne soit prévue.
«Le décalage entre cette proximité affichée et un discours capté par un micro ouvert est révélateur», a-t-il affirmé.
Nouvel accord général sur la sécurité de l’information
Au cours du sommet, M. Carney a rencontré les dirigeants de l’Ukraine, des Émirats arabes unis, de l’Inde, de l’Italie, de la Corée du Sud et de l’Allemagne.
À l’issue de sa rencontre avec le chancelier allemand Friedrich Merz, le cabinet du premier ministre a annoncé, dans un communiqué, la conclusion des négociations portant sur un nouvel accord général en matière de sécurité de l’information. Il a précisé que cet accord ouvrirait de nouvelles perspectives en matière de marchés publics de défense pour les entreprises canadiennes.
Lors de sa rencontre avec M. Modi, M. Carney a déclaré que les deux pays souhaitent conclure leur accord commercial d’ici le sommet du G20, plus tard cette année.
Le Canada a également annoncé mardi de nouvelles sanctions contre la Russie et des négociations en vue de l’achat d’avions militaires à l’Italie.
Au cours du sommet, les dirigeants du G7 ont publié neuf déclarations communes s’engageant, entre autres, à réformer l’accès au financement pour les pays en développement, à renforcer la collaboration en matière de recherche sur le cancer et à lutter contre Ebola.
Les déclarations publiées mercredi visaient les pays affichant d’importants excédents commerciaux et des politiques non marchandes qui entraînent une surproduction de biens, provoquant des «retombées néfastes (…) et une dépendance économique croissante».
Ces déclarations ont été largement perçues comme une critique de la surcapacité industrielle de la Chine. D’autres pays développés ont imputé cette surcapacité aux subventions chinoises qui, en faisant baisser artificiellement les coûts, rendent la production de certains biens en Occident impossible.
Les dirigeants se sont également engagés à «réduire notre dépendance à l’égard d’un fournisseur unique extérieur au G7 et aux pays partenaires» pour certains éléments de terres rares — une autre allusion à la Chine — à moins de 60 % d’ici 2030, et de moitié lorsque cela sera possible.
Dans d’autres déclarations, les dirigeants se sont engagés à lutter contre le trafic de migrants et le trafic de drogue.
Dans une déclaration sur les enjeux géopolitiques, les dirigeants ont affirmé leur soutien indéfectible à l’Ukraine et à l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran.
Le document indique que les dirigeants reconnaissent «l’avancée et l’opportunité» au Moyen-Orient, qu’ils appuient la mise en œuvre de l’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran et qu’ils sont prêts à y contribuer.
Il précise également qu’ils se sont engagés à accélérer la diversification des voies d’approvisionnement énergétique afin de réduire la vulnérabilité mondiale au détroit d’Ormuz et d’accroître les réserves d’énergie.

