Les députés sont divisés sur la question de savoir si, et comment, l’intelligence artificielle (IA) devrait être utilisée par les législateurs, à la suite d’un article indiquant que cette technologie sert à rédiger une part importante des interventions des députés à la Chambre des communes.
«The Economist» a rapporté cette semaine que jusqu’à 20 % des propos tenus à la Chambre des communes à la fin de 2025 avaient été signalés comme étant générés par l’IA.
La publication a analysé les commentaires, discours et questions des députés comportant plus de 100 mots, tels qu’ils ont été consignés dans le Hansard, et les a soumis à l’outil de détection d’IA Pangram.
Elle a comparé les résultats de différents pays, notamment ceux des assemblées législatives du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et des États-Unis, et a constaté que le Canada affichait le deuxième taux le plus élevé d’utilisation de l’IA.
Certains députés à Ottawa ont catégoriquement nié utiliser des outils d’IA pour rédiger leurs interventions au Parlement, tandis que d’autres ont estimé que cela pouvait être utile pour la recherche.
«Je pense que tout le monde utilise l’intelligence artificielle», a affirmé la députée conservatrice Sandra Cobena, qui a qualifié cet outil d’excellent pour la recherche, tout en précisant qu’il devait être utilisé avec prudence.
Elle a dit que le Parti conservateur n’avait pas de règles spécifiques concernant l’utilisation de l’IA pour la rédaction des discours ou des interventions des députés. «On attend de chacun qu’il l’utilise de manière responsable», a-t-elle toutefois précisé.
«Bien sûr que les parlementaires l’utilisent», a-t-elle ajouté.
Son collègue conservateur Luc Berthold a confirmé que son utilisation était très répandue et a indiqué qu’il s’en servait pour ses recherches.
«Si la phrase est vraiment bonne, je la reprendrai probablement», a-t-il déclaré.
Il a cependant ajouté que la technologie ne parvient généralement pas à rendre la manière dont il souhaite s’exprimer.
«Les Québécois, nous avons beaucoup d’émotions, et l’IA n’a aucune émotion», a-t-il souligné.
Le député libéral Greg Fergus a affirmé qu’il était «un homme analogique» et qu’il ne saurait pas comment utiliser cette technologie.
«Pour s’engager de manière créative, dans un lieu où nous sommes censés discuter de nos lois et représenter nos concitoyens, non, je ne pense pas que ce soit utile», a-t-il soutenu.
Le député libéral Anthony Housefather a déclaré qu’il préférerait que les députés n’utilisent pas de textes générés par l’IA, mais que cela ne lui posait pas de problème.
Son collègue libéral Ben Carr a également rapporté qu’il n’utilisait pas l’IA, car il souhaitait s’exprimer avec ses propres mots.
Il a expliqué que, même s’il estime que l’utilisation de l’IA pour générer un discours dans son intégralité serait «quelque peu problématique», il n’y a rien de mal à s’en servir pour mettre de l’ordre dans ses idées.
«Nous voulons que les élus représentent leurs communautés du mieux qu’ils peuvent. Et cela ne signifie pas qu’on ne puisse pas représenter sa communauté en s’aidant de l’intelligence artificielle pour structurer ses idées, ses opinions et ses points de vue», a-t-il fait valoir.
Le député conservateur Scott Reid a raconté avoir utilisé cet outil vendredi pour trouver rapidement des informations au milieu de la période de questions.
M. Reid a expliqué qu’un député libéral assis de l’autre côté de la Chambre «le chahutait si fort (qu’il arrivait) à peine à (s’)entendre penser» alors qu’il posait une question.
Il a précisé avoir consulté l’IA pour savoir quel article du Règlement — les règles qui régissent la Chambre des communes — aurait été enfreint par cette interruption, afin de pouvoir le signaler au greffier.
Le Parti vert a rapporté que ses députés étaient indépendants et que le règlement du parti n’autorisait ni la cheffe ni aucune autre personne au sein du parti, à dicter à un député la manière dont il doit s’acquitter de ses fonctions.
«(La cheffe) Elizabeth (May) est elle-même très préoccupée par l’intelligence artificielle et est fermement déterminée à éviter l’IA tant dans sa vie privée que dans son rôle de députée», a déclaré la porte-parole du parti, Bianca Crêtes.
Un porte-parole du Nouveau Parti démocratique a indiqué que le parti élaborait actuellement une politique relative à l’utilisation de l’IA dans les bureaux des députés et qu’il collaborait avec le syndicat représentant son personnel parlementaire.


