Pour la première fois depuis 1990, le Canada consacre environ 2 % de son PIB à la défense nationale — un engagement clé envers l’OTAN qu’Ottawa n’avait pas réussi à respecter auparavant.
Selon les estimations publiées par l’OTAN, le gouvernement du premier ministre Mark Carney a respecté son engagement de dépenses envers l’alliance pour 2025 en déboursant un peu plus de 63 milliards $.
Ces dernières années, le Canada a subi des pressions au sein de l’alliance – notamment de la part des États-Unis – pour augmenter considérablement ses dépenses militaires.
«Depuis dix mois, le nouveau gouvernement canadien travaille à un rythme et à une échelle sans précédent», a déclaré M. Carney lors d’une conférence de presse à Halifax jeudi.
Il a ajouté que cette promesse avait été tenue «avec cinq ans d’avance sur le calendrier initial».
Lors de la course à la direction du Parti libéral, M. Carney avait fait campagne en faveur d’une date butoir plus précoce pour atteindre l’objectif de l’OTAN — 2030, soit deux ans avant la date butoir fixée par le gouvernement de Justin Trudeau.
M. Carney a annoncé de manière inattendue l’été dernier que son gouvernement atteindrait cet objectif immédiatement, devançant ainsi le calendrier de plusieurs années.
«Mieux vaut tard que jamais», a estimé l’ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, Ivo Daalder.
«Super. Juste deux ans de retard», a-t-il déclaré à La Presse Canadienne.
«Le Canada a beaucoup de retard à rattraper après des décennies de sous-investissement dans la défense. Mais il est bon de voir un gouvernement à Ottawa prendre au sérieux ses obligations en matière de défense et vis-à-vis de l’OTAN.»
Victoire pour l’OTAN
Jeudi, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a affirmé que tous les membres de l’alliance avaient atteint l’objectif de dépenses pour la première fois — et ce, grâce aux déclarations du président américain Donald Trump sur les «profiteurs» au sein de l’alliance.
«Je ne pense pas que sans l’administration américaine actuelle, l’ensemble de l’OTAN aurait atteint les 2 % à la fin de 2025, a déclaré M. Rutte aux journalistes lors d’une conférence de presse à Bruxelles jeudi. De grandes économies comme l’Espagne, l’Italie, la Belgique et le Canada étaient loin d’atteindre les 2 %.»
M. Rutte a soutenu que, pendant trop longtemps, l’Europe et le Canada avaient «trop compté sur la puissance militaire américaine».
Le ministre de la Défense, David McGuinty, a salué cette avancée comme le début d’une nouvelle ère pour la défense canadienne. Il a expliqué que le gouvernement avait atteint son objectif en s’attaquant aux projets un par un «de manière systématique, en marquant des petits points chaque matin — sans chercher à frapper de grands coups».
«La rapidité avec laquelle nous avons agi était un peu inhabituelle», a confié M. McGuinty à La Presse Canadienne, ajoutant que tout avait commencé par la première augmentation salariale significative accordée aux militaires depuis 1997.
«Le plan pour mettre cela en œuvre a été réalisé en quelque 101 jours. Je suis à Ottawa depuis longtemps — c’est la plus grande rapidité que je n’aie jamais vue.»
Le député conservateur Pierre Paul-Hus s’est montré sceptique face à cette annonce, affirmant qu’il s’agit «d’une illusion, de comptabilité créative». Il a soutenu qu’une partie importante de ces dépenses viennent d’enveloppes qui relevaient avant d’autres ministères, comme la garde côtière et les pensions pour les anciens combattants.
Il a également souligné l’augmentation des «dépenses en entité bureaucratiques».
«Pendant ce temps-là, on n’a rien de concret pour les opérations terrestres, aériennes et navales», a-t-il soutenu.
Mission impossible
Il n’y a pas si longtemps, les politiciens fédéraux parlaient de l’objectif des 2 % comme s’il était presque hors de portée.
L’ancien ministre de la Défense Bill Blair a déclaré qu’il n’aurait pas été en mesure de dépenser tout cet argent en un an — même si le ministère des Finances le lui avait accordé.
«Très franchement, si le ministère des Finances était venu me voir en me disant que je pouvais atteindre les 2 % cette année, voici 14 milliards $, il n’y avait aucun moyen de dépenser réellement cette somme», a raconté M. Blair après une cérémonie de passation de commandement militaire en 2024.
Lors d’un autre événement cette année-là, M. Blair a déclaré qu’il était «vraiment difficile» de convaincre ses collègues du Cabinet et les Canadiens que ce niveau de dépenses «magique» était un «objectif valable» à une époque où l’accessibilité financière et le logement dominaient la liste des priorités politiques.
En juillet 2024, M. Trudeau dit que l’objectif de l’alliance relevait d’un «calcul mathématique grossier» qui ne rend pas automatiquement plus en sécurité.
Lors du sommet de l’OTAN de 2014 au Pays de Galles, Ottawa s’est engagé auprès de ses alliés à porter ses dépenses de défense à 2% en une décennie, alors qu’il se trouvait à la traîne de l’alliance de 32 membres.
Mais après des années marquées par de maigres progrès vers cet objectif, le Canada a subi des pressions constantes de la part de personnalités politiques américaines pour qu’il augmente rapidement ses dépenses de défense.
En 2023, un document du Pentagone divulgué au Washington Post a révélé que M. Trudeau avait dit à des responsables américains que le Canada ne respecterait «jamais» l’engagement de 2%.
Le président Trump a averti à plusieurs reprises les pays de l’OTAN de ne pas s’attendre à ce que les États-Unis viennent à leur secours s’ils ne payaient pas leur part en matière de défense.
Le premier budget fédéral de M. Carney prévoyait près de 82 milliards $ de dépenses de défense pour les années à venir, et a ajouté 9 milliards $ supplémentaires aux tableaux budgétaires l’été dernier pour atteindre l’objectif des 2 %.
Atteindre le seuil de 2 % n’est que la première étape d’un long parcours en pente raide pour réarmer l’armée canadienne — et pour maintenir chaque année des niveaux de dépenses militaires aussi élevés.
M. Carney s’est en outre engagé à atteindre un objectif encore plus ambitieux de 5 % d’ici 2035.
Version corrigée. Une erreur s’était glissée dans le nom de famille de l’ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, Ivo Daalder.

