L’Assemblée des Premières Nations (APN) a exhorté le gouvernement fédéral à fournir un soutien immédiat à une Première Nation du nord de l’Ontario ravagée par un feu de forêt.
La province a également demandé l’aide d’Ottawa pour évacuer les communautés menacées par des incendies impossibles à maîtriser.
Un feu de forêt à propagation rapide a détruit des maisons et des bâtiments sur le territoire de la Première Nation de Namaygoosisagagun, aussi connue sous le nom de Première Nation de Collins, à plus de 200 kilomètres au nord de Thunder Bay.
Des dizaines d’autres incendies de forêt menaçaient d’autres communautés, forçant des évacuations massives et plongeant une grande partie de la province dans un épais nuage de fumée toxique.
Lors de son assemblée générale annuelle, jeudi, l’APN a déclaré qu’elle demandait une enquête indépendante sur l’évacuation de la Première Nation de Collins, la communauté ayant été laissée à son propre sort. Elle a exhorté Ottawa à s’engager à reconstruire la communauté.
Parallèlement, l’Ontario a demandé au gouvernement fédéral de se tenir prêt à évacuer les communautés par voie aérienne, la situation des incendies de forêt devenant de plus en plus instable.
La ministre ontarienne de la Protection civile et de l’Intervention en cas d’urgence, Jill Dunlop, a indiqué dans une lettre adressée à la ministre fédérale de la Gestion des urgences, Eleanor Olszewski, que 15 localités du nord ont déjà entamé des évacuations ou envisagent de le faire.
Mme Dunlop a affirmé qu’il est probable que des évacuations simultanées doivent être effectuées par voie aérienne, plusieurs communautés du nord étant inaccessibles par la route, et que l’Ontario pourrait ne pas disposer de ressources suffisantes pour répondre à ce besoin.
L’Ontario demande donc au gouvernement fédéral de veiller à ce que des avions et des équipages puissent être déployés dans un délai de 24 heures ou moins au cas où la province ait besoin d’aide.
Mme Olszewski a écrit sur les médias sociaux que la demande de l’Ontario était «de nature préventive» et qu’elle était en contact étroit avec Mme Dunlop afin de garantir la mobilisation rapide des ressources fédérales.
Elle a souligné que quatre hélicoptères de lutte contre les feux de forêt, financés par le gouvernement fédéral, ont été envoyés en Ontario et que Services aux Autochtones Canada apporte son aide aux communautés des Premières Nations touchées.
Le premier ministre Mark Carney a affirmé que son gouvernement est en contact étroit avec ses homologues de l’Ontario et des autres provinces touchées par les feux de forêt.
«Nous serons prêts et nous fournirons une aide supplémentaire au besoin, car les Canadiens se soutiennent toujours les uns les autres», a déclaré M. Carney lors d’une conférence de presse sur un autre sujet, à London, en Ontario.
Admissibilité aux aides incertaine
Melvin Hardy, chef régional de la Nation Anishinabek, a lu à haute voix, lors de l’assemblée de l’APN, un message de la cheffe de la Première Nation de Collins, Helen Paavola. Ce message indiquait que sa communauté avait été détruite et que ses résidents avaient évacué les lieux «sans avertissement d’aucun ministère ni aucune aide extérieure».
«Mes membres héroïques ont évacué par leurs propres moyens et ont courageusement mis nos aînés et les plus vulnérables à l’abri. Ils sentaient les flammes sur leur dos, a lu M. Hardy. De petites embarcations de 3,5 à 4 mètres étaient tout ce qu’ils avaient pour échapper à l’enfer de feu.»
Linda Debassige, cheffe du Grand Conseil de la Nation Anishinabek, a déclaré que la Première Nation de Collins avait été réduite en cendres, plus de 30 maisons, une école et des centres communautaires ayant été ravagés par les flammes.
«si cette communauté avait attendu la réponse officielle, nous serions en train de récupérer les corps d’enfants, d’aînés, ainsi que d’hommes et de femmes de cette communauté», a soulevé Mme Debassige.
Mme Debassige a précisé que la Première Nation de Collins recevait de la nourriture, un abri et d’autres formes de soutien de la part de la Nation Anishinabek, mais qu’elle n’avait pas accès à l’aide provinciale et fédérale.
On ignore si la Première Nation de Collins, reconnue comme Première Nation par les communautés de la Nation Anishinabek, mais non par le gouvernement fédéral, est admissible aux mêmes formes d’aide.
Interrogée jeudi sur un éventuel financement du gouvernement fédéral à la Première Nation de Matawa, la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, est restée évasive, expliquant que la communauté se trouve dans une brèche politique en raison de l’absence de statut.
Le Conseil des chefs de Matawa, représentant neuf Premières Nations du Nord, a déclaré l’état d’urgence jeudi.
Les incendies ont entraîné des ordres d’évacuation de plusieurs autres communautés, dont Armstrong, la Première Nation de Lac La Croix, la Première Nation de Whitesand, la Première Nation de Gull Bay et la Première Nation de Lac des Mille Lacs.
Le chef de la Première Nation de Whitesand, Lawrence Wanakamik, a rapporté que sa communauté avait été évacuée en raison de l’enfumage et que ses résidents étaient accueillis à Thunder Bay. Il a critiqué le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario pour sa lenteur à réagir face à l’incendie qui menaçait la communauté de Whitesand.
Lors d’une conférence de presse dans un hôtel de Thunder Bay, un responsable des interventions d’urgence de Whitesand a indiqué que la Première Nation avait ordonné l’évacuation après que la province eut affirmé qu’il n’y avait aucune menace pour la communauté.
«Cette décision faisait suite à des demandes répétées adressées au ministère des Richesses naturelles de l’Ontario pour qu’il donne un ordre d’évacuation obligatoire, a souligné Devon Wanakamik. Whitesand a exprimé de vives inquiétudes, mais on lui a assuré à plusieurs reprises qu’il n’y avait aucune menace immédiate et que la fumée provenait d’incendies plus éloignés.»
Pour certains, il est trop tard
Bruce Hyer n’a pas fermé l’œil depuis qu’il a perdu le Wabakimi Lodge, le chalet touristique qu’il possède près d’Armstrong, dans l’incendie. Le chalet a été réduit en cendres et en débris, tout comme d’autres chalets situés sur le lac Mattice, juste au sud de Whitesand.
Il a raconté que son personnel n’avait eu qu’une heure, dans une course contre la montre, pour emballer leurs affaires et évacuer à 3 heures du matin mardi. «Tout s’est passé si vite», a raconté cet homme de 79 ans lors d’une entrevue.
Ils ont réussi à s’échapper à temps, mais le chalet qu’il avait construit avec sa femme en 1998 a été entièrement détruit. Il a expliqué avoir appelé un hélicoptère mercredi pour secourir des canoéistes qui se trouvaient à proximité et qui avaient lancé un appel à l’aide, expliquant qu’ils avaient du mal à respirer à cause de la fumée âcre.
M. Hyer a confié qu’il rêvait de vivre dans un chalet en bois rond canadien depuis l’âge de cinq ans: «Maintenant, il ne reste plus que des flammes.»
Les résidents des cantons de Hutchison, Ramsay Wright, Trottier et Weaver font également l’objet d’avis d’évacuation. Les autorités les avertissent de se tenir prêts à partir rapidement.
Les responsables des feux de forêt de l’Ontario ont indiqué que 136 incendies sont actifs dans le nord-ouest de la province, dont 63 non maîtrisés. Quarante-quatre autres incendies font rage dans le nord-est.
Plusieurs feux au nord de Thunder Bay ont fusionné pour former un plus grand incendie qui couvre environ 3500 kilomètres carrés. La province a indiqué que 483 incendies se sont déclarés en Ontario depuis le début de l’année, contre 351 à la même période l’an dernier.
– Avec des informations d’Alessia Passafiume à Ottawa et d’Allison Jones à Toronto
