Politique

Diab se dit responsable après qu’un ancien des Gardiens de la révolution a eu un visa

Le gouvernement canadien a désigné le CGRI comme organisation terroriste en juin 2024 et a déclaré le régime iranien comme État soutenant le terrorisme en novembre 2022.

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Le premier ministre Mark Carney s'exprime lors d'un événement à Gatineau au Québec le mercredi 29 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Spencer Colby Le premier ministre Mark Carney s'exprime lors d'un événement à Gatineau au Québec le mercredi 29 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Spencer Colby)

La ministre de l’Immigration, Lena Diab, se dit responsable après qu’un ancien responsable du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a obtenu un visa pour se rendre au Canada.

Elle affirme cependant qu’elle n’était pas au courant de la décision prise par son ministère.

Le média en ligne Iran International a rapporté lundi que M. Taj avait obtenu un visa de résident temporaire lui permettant d’entrer au Canada, malgré ses liens avec le CGRI, qui figure sur la liste des organisations terroristes du Canada.

Devant le Comité permanent de la sécurité publique de la Chambre des communes jeudi, Mme Diab a déclaré que le permis de séjour de l’ancien responsable avait été annulé avant son arrivée au Canada.

«Nous souhaitons vivement connaître les circonstances de cette affaire afin d’éviter qu’elle ne se reproduise lors des matchs de la FIFA, a-t-elle assuré. Je suis absolument responsable, mais je n’ai pas participé au processus décisionnel.»

Le premier ministre Mark Carney a insisté jeudi matin sur le fait que son gouvernement s’efforçait d’empêcher les Iraniens associés au Corps des gardiens de la révolution islamique d’entrer au pays.

Interrogé jeudi sur le refus d’entrée au Canada, en début de semaine, du président de la Fédération iranienne de soccer, Mehdi Taj, M. Carney a indiqué qu’il ne pouvait pas commenter les cas individuels en raison de la législation sur la protection de la vie privée.

«Il existe de nombreux obstacles à l’entrée au pays et je pense que l’important est que ces obstacles soient efficaces, ce que nous continuons de constater, a déclaré M. Carney lors d’une conférence de presse à Oakville, en Ontario. Nous procédons constamment à des évaluations afin d’identifier les points à améliorer. Cependant, l’assurance fondamentale que nous offrons aux Canadiens est que les membres des Gardiens de la révolution se voient, à juste titre, interdire l’entrée au Canada et qu’ils n’y entreront pas.»

Michelle Rempel Garner, porte-parole conservatrice en matière d’immigration, a commenté jeudi qu’il était «ridicule» que le premier ministre ne divulgue aucune information sur la façon dont M. Taj a pu entrer au Canada avant d’être refoulé.

«Je regrette, mais le droit à la vie privée ou l’interdiction de commenter ne nous dispensent pas de répondre aux questions sur les circonstances de cet incident et sur les mesures que le gouvernement compte prendre, a-t-elle affirmé. C’est une réponse tout à fait absurde qui nous dédouane de toute responsabilité. Et cette situation a de graves conséquences pour de nombreuses personnes au Canada.»

Melissa Lantsman, cheffe adjointe du Parti conservateur, a ajouté que cette situation crée des tensions au sein de la diaspora iranienne au Canada, confrontée à des tentatives de répression de la part de Téhéran.

«Cela continuera de se produire tant que la communauté n’aura pas obtenu de réponses du gouvernement quant aux raisons, aux modalités, au calendrier et à la fréquence de ces incidents. Cette communauté est terrorisée. Nous avons vu des coups de feu tirés sur des commerces appartenant à des militants», a relaté Mme Lantsman.

Les députés conservateurs ont indiqué qu’ils souhaitaient une enquête sur la délivrance du permis à M. Taj.

«La réalité, c’est que le processus a échoué. Aujourd’hui, le premier ministre a déclaré: “Je suis désolé, je ne peux pas commenter. Je ne peux pas commenter des cas particuliers qui font la une des journaux”», a relevé Mme Rempel Garner.

Les conservateurs ont insisté sur la question à trois reprises durant la période de questions, interrogeant directement Mme Diab.

Le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a répondu au nom du gouvernement à chaque fois. Il a déclaré ne pouvoir commenter des cas particuliers et a rappelé que les membres du CGRI et les hauts responsables iraniens sont inadmissibles au Canada.

Des images de la période de questions montrent Mme Diab se lever en réponse à une question de Mme Rempel Garner avant de se rasseoir après que le président de la Chambre a donné la parole à M. Anandasangaree.

Son ministère est responsable de la délivrance des visas, tandis que les expulsions relèvent de la sécurité publique.

Le sénateur conservateur Leo Housakos a abordé l’affaire lors de la période de questions au Sénat, demandant à plusieurs reprises la façon dont M. Taj avait pu obtenir un visa pour venir au Canada.

Pierre Moreau, représentant du gouvernement au Sénat, a répondu que M. Housakos était parfaitement conscient qu’il ne pouvait pas parler de cas particuliers en raison des règles de confidentialité.

Tasnim, une agence de presse iranienne associée au Corps des gardiens de la révolution islamique, a rapporté que M. Taj et deux autres responsables iraniens s’étaient vu refuser l’entrée au Canada en raison du «comportement inapproprié des agents d’immigration» à l’aéroport Pearson de Toronto.

Le gouvernement canadien a désigné le CGRI comme organisation terroriste en juin 2024 et a déclaré le régime iranien comme État soutenant le terrorisme en novembre 2022.

M. Carney a assuré qu’aucun membre du CGRI n’était entré au Canada depuis cette désignation.

Selon les données de l’Agence des services frontaliers du Canada, une personne sur les trois qui avaient reçu un ordre d’expulsion pour liens avec le CGRI a été expulsée au 6 mars. L’enquête se poursuit.

David Baxter

David Baxter

Journaliste