Au lendemain de l’acquisition d’une nouvelle députée transfuge au Parti libéral du Canada, des ministres et députés du gouvernement Carney ont lancé un message à l’unisson, jeudi, lors de leur congrès national: tout le monde est bienvenu, mais s’ils acceptent de défendre les valeurs libérales.
«J’accueille tout le monde», a affirmé en anglais la ministre de la Santé, Marjorie Michel, qui a parlé du Parti libéral comme d’une «grande tente».
Elle a argué ensuite en français que les idées de tout le monde évoluaient et qu’il était «normal» qu’il subsiste des désaccords entre certains libéraux.
Les libéraux ont accueilli cinq nouveaux députés dans leurs rangs au cours des derniers mois: quatre conservateurs et une néo-démocrate. La dernière venue, l’ex-conservatrice Marilyn Gladu, a joint le parti mercredi. La députée ontarienne avait exprimé des opinions par le passé qui entrent en contradiction avec les valeurs libérales, dont le droit à l’avortement.
«Je suppose que si Mme Gladu est venue au Parti libéral du Canada, elle savait exactement où est-ce qu’elle s’en venait, a souligné Mme Michel. Tout le monde peut changer d’avis.»
Le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Steven MacKinnon, a fait écho à ces propos, assurant que les valeurs libérales demeuraient intactes avec cette nouvelle prise.
«Le Parti libéral ne change pas. Le parti s’adapte, évolue, mais les valeurs fondamentales qui nous animent vont toujours demeurer les mêmes», a-t-il soutenu.
La principale intéressée, Marilyn Gladu, s’est adressée brièvement à ses nouveaux collègues en soirée pour vanter sa nouvelle équipe et le premier ministre Mark Carney.
Plus tôt dans la journée, Steven MacKinnon a d’ailleurs ouvert la porte à la possibilité que d’autres transfuges traversent la chambre.
«Au sein des groupes de l’opposition, il y a des gens qui lorgnent de notre côté parce qu’ils voient un agenda positif, un bilan, mais aussi des intentions fixées résolument sur l’édification d’un pays», a-t-il soutenu.
En marge du congrès, un autre de ces transfuges, l’ex-député conservateur Chris D’Entremont, s’est porté à la défense de sa nouvelle collègue libérale.
«Souvent les politiciens se mettent à une place et puis ils changent jamais. Ils restent là et le monde continue d’évoluer après eux», a-t-il expliqué.
«C’est bien qu’un politicien puisse changer son idée, changer ses valeurs.»
En marge d’une annonce à Contrecoeur, le premier ministre Mark Carney a assuré que Mme Gladu défendrait maintenant les valeurs du Parti libéral sur les enjeux sociaux, dont l’avortement.
«Le droit de l’avortement, c’est une politique du Parti libéral depuis longtemps, a-t-il expliqué. (Il n’y a) pas de malaise, parce qu’il y a un engagement d’appuyer, de soutenir cette politique-là.»
En quête d’une majorité
M. Carney a fait une apparition en fin de journée au congrès, où il a été accueilli en véritable vedette rock, signant des autographes et serrant des mains.
«Bonne journée de la majorité!», lui a lancé une militante, en anglais, à la fin de son parcours.
Avec l’arrivée de Mme Gladu, les libéraux sont à un cheveu d’une majorité avec 171 députés de leur côté de la chambre. Il leur en faut 172 pour atteindre ce cap, ce qui pourrait arriver aussi tôt que lundi prochain, alors que trois élections partielles auront lieu à Toronto et à Terrebonne. M. Carney est d’ailleurs allé faire campagne à Terrebonne, jeudi.
À l’ouverture de leur congrès national, les libéraux bombaient le torse avec leurs nouveaux députés, accueillis à bras ouverts parmi les membres sur le plancher.
Les libéraux se sont aussi targués d’avoir atteint une participation record pour leur congrès; quelque 4500 personnes sont attendues au Palais des congrès de Montréal. Il s’agit du premier congrès depuis l’élection de Mark Carney en tant que dirigeant d’un gouvernement libéral.
«Continuez de voir grand»
C’est le prédécesseur de M. Carney, Justin Trudeau, qui a donné le coup d’envoi au congrès avec un message vidéo. L’ex-premier ministre s’est dit impatient de voir ce que les libéraux accompliront sous la gouverne de M. Carney.
«Continuez de voir grand, a-t-il souligné. Ça prend de l’espoir et du travail acharné, mais nous sommes des libéraux, on va assurer.»
Les libéraux ont aussi eu la visite de leur ancienne ministre, Soraya Martinez Ferrada, qui est maintenant mairesse de Montréal.
Mme Ferrada a encouragé ses anciens collègues à renforcer le partenariat du gouvernement avec les villes et elle a fait la promotion de la métropole québécoise comme candidate pour accueillir la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience. Toronto et Vancouver font aussi partie des candidates.
«Montréal est la seule ville au pays où tout est déjà en place pour accueillir une banque de défense et de sécurité», a-t-elle plaidé.
Le premier ministre Mark Carney livrera un discours samedi après-midi, en clôture du congrès. Les membres seront de retour vendredi pour des tables rondes sur divers sujets, avec de nombreux ministres qui participeront.

