Politique

Les fonctionnaires reprennent le travail au bureau quatre jours par semaine

Les syndicats fédéraux se sont opposés aux directives du gouvernement concernant le retour au bureau et certains ont déposé des plaintes pour pratiques déloyales.

Mis à jour le 

Publié le 

Des employés de l’AFPC et leurs sympathisants manifestent devant le bureau du président du Conseil du Trésor à Ottawa, le vendredi 21 avril 2023. LA PRESSE CANADIENNE Des employés de l’AFPC et leurs sympathisants manifestent devant le bureau du président du Conseil du Trésor à Ottawa, le vendredi 21 avril 2023. LA PRESSE CANADIENNE (Sean Kilpatrick)

Des milliers de fonctionnaires fédéraux adoptent dès lundi un nouvel horaire de travail qui les amènera à se rendre au bureau quatre jours par semaine, même si le manque d’espace de travail retarde le retour au bureau pour certains ministères.

Le Conseil du Trésor a annoncé en février la modification des règles relatives au télétravail. Les cadres supérieurs sont retournés au bureau à temps plein en mai.

Jeffrey MacDonald, porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, a indiqué que la plupart des employés du ministère ne travailleraient sur place que trois jours par semaine jusqu’à ce que celui-ci dispose de suffisamment d’espace de bureau. 

Les cadres devront quant à eux travailler sur place quatre jours par semaine.

Mark Johnson, porte-parole de Santé Canada et de l’Agence de la santé publique du Canada, a mentionné que, si la plupart de leurs bureaux disposaient de suffisamment d’espace, certaines régions pourraient toutefois être confrontées à des «problèmes d’espace localisés».

«Dans un petit nombre de bureaux régionaux, la mise en œuvre sera échelonnée à partir du 6 juillet 2026, en raison de contraintes d’espace locales», a souligné M. Johnson.

Natalie Huneault, porte-parole d’Emploi et Développement social Canada, a indiqué que le ministère mettait en œuvre les nouvelles règles, mais que certains sites avaient encore besoin de plus d’espace pour accueillir les employés.

Jason Kung, porte-parole d’Affaires mondiales Canada, a souligné que le ministère menait un projet de rénovation pluriannuel qui avait une incidence sur la disponibilité des espaces de bureau. Ce projet comprend la rénovation de son siège social et d’autres bâtiments dans la région d’Ottawa.

M. Kung a précisé que, jusqu’à ce que suffisamment d’espaces de travail soient disponibles, tous les responsables et directeurs adjoints seront tenus de travailler sur place quatre jours par semaine, cette mesure étant mise en place progressivement entre le 6 juillet et le 15 septembre. 

Il a ajouté que tous les autres employés de la région de la capitale nationale, ainsi que certains employés des bureaux régionaux, continueront d’être tenus de travailler sur place trois jours par semaine.

«À mesure que les projets de rénovation avanceront et que de nouveaux espaces rénovés seront disponibles, la présence sur place augmentera conformément aux directives du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, afin de garantir que les employés disposent de l’espace nécessaire pour mener à bien leur travail de manière efficace», a fait savoir M. Kung.

La plupart des fonctionnaires avaient reçu l’ordre de travailler à distance lorsque la pandémie de COVID-19 a éclaté en mars 2020. Les employés fédéraux essentiels travaillent trois jours au bureau depuis septembre 2024, après que la norme est passée de deux à trois jours.

Des coûts importants pour le retour au bureau

Les syndicats fédéraux se sont opposés aux directives du gouvernement concernant le retour au bureau et certains ont déposé des plaintes pour pratiques déloyales en matière d’emploi.

Nathan Prier, président de l’Association canadienne des employés professionnels, a déclaré que le syndicat avait obtenu, grâce à une demande d’accès à l’information, des documents de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) estimant le coût des politiques de retour au bureau à 40 milliards $ au cours des dix prochaines années. 

«Si nous réduisons notre parc immobilier parce que davantage de fonctionnaires fédéraux peuvent travailler à domicile ou ont au moins la possibilité de le faire, nous pourrons commencer à réduire considérablement notre parc immobilier de bureaux, qui coûte des milliards de dollars par an», a déclaré M. Prier lundi lors d’un rassemblement devant le bureau du premier ministre et du Conseil privé.

«Alors que nous sommes en plein milieu d’un examen exhaustif des dépenses, dans le cadre duquel le gouvernement a choisi d’économiser en supprimant des emplois et en réduisant les programmes et services destinés aux Canadiens, c’est un choix qu’il a fait et qui semble être un choix politique de la part de ce gouvernement pour éviter d’aborder la question de la réduction des coûts par une réduction du parc immobilier.»

Le syndicat affirme que l’ordre de retour au bureau constitue une «aide financière» accordée à quatre banques — la CIBC, la Banque Nationale, la BMO et la RBC — afin de protéger leur portefeuille d’immeubles de bureaux, estimé à environ 10 milliards $.

Une trentaine de membres de l’Association canadienne des employés professionnels se sont rassemblés sur la colline du Parlement lundi matin. 

Certains ont raconté pourquoi ils souhaitaient conserver des modalités de travail flexibles, plutôt que de se voir imposer des journées obligatoires au bureau. Une femme a expliqué que son mari suivait un traitement immunosuppresseur et que son médecin lui avait dit qu’une demande d’aménagement de son lieu de travail «ne valait pas la peine», car elle nécessiterait des notes récurrentes. 

Une autre fonctionnaire présente au rassemblement a soutenu que les gens perdaient d’une à trois heures en «travail non rémunéré» à faire la navette vers les bureaux pour participer à des réunions sur Zoom. Elle a ajouté qu’ils devraient être rémunérés pour ce temps ou bénéficier de davantage de congés. 

M. Prier a fait valoir que l’obligation de passer quatre jours au bureau était imposée sur la base d’une impression, et que des problèmes subsistaient quant à l’aménagement des locaux pour accueillir correctement les fonctionnaires. 

«Nous nous battons simplement pour récupérer des aménagements, comme des places attitrées lorsque nous devons nous rendre au bureau. Les gens sont entassés les uns sur les autres, ils restent assis pendant deux ou trois heures, selon la ville où ils vivent, à faire la navette vers les bureaux juste pour effectuer du travail virtuel, c’est-à-dire du télétravail depuis le bureau», a-t-il fait valoir.

Sean O’Reilly, président de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), a déclaré la semaine dernière dans un message publié sur le site web du syndicat que les membres se sentaient frustrés, déçus et en colère face à ces nouvelles règles.

«Dès le début, nous nous sommes opposés à un mandat universel de retour au bureau et avons plaidé en faveur d’une approche axée sur une présence justifiée par des besoins opérationnels», a affirmé M. O’Reilly, qui a ajouté que le syndicat avait déposé des griefs de principe, lancé une plainte pour pratique déloyale et porté l’affaire devant la Commission des relations de travail et de l’emploi dans le secteur public fédéral.

«L’IPFPC continuera à contester cette politique par toutes les voies juridiques, de négociation, publiques et politiques», a-t-il fait valoir.

Des députés opposés à l’idée

Certains députés se sont également opposés à cette nouvelle politique.

Le député Bruce Fanjoy représente la circonscription ontarienne de Carleton, qui compte plus de 10 000 fonctionnaires. 

Depuis l’annonce de la nouvelle politique en début d’année, M. Fanjoy milite en faveur d’un modèle hybride «flexible» combinant travail au bureau et travail à distance.

«Je pense que nous pouvons faire mieux qu’une politique de retour au bureau uniforme pour tous, a-t-il mentionné vendredi à La Presse Canadienne. Il faut veiller à ce que les services publics soient fournis de manière efficace et efficiente, et il n’y a aucune raison de compliquer la vie des personnes qui fournissent ces services.»

M. Fanjoy a reconnu que plusieurs ministères manquaient d’espace de bureau et estime que cela montre que cette politique était «difficile à mettre en œuvre dans la pratique».

Le député n’a pas vu de preuves que cette politique stimulerait la productivité et fait valoir que le travail hybride peut permettre au gouvernement de réduire ses coûts, ainsi que le trafic routier et la pollution.

«Je pense simplement que les avantages de la flexibilité l’emportent largement sur toute autre alternative, a-t-il avancé. Je n’ai pas peur de faire connaître ma position sur cette question.»

Avec des informations de David Baxter

Catherine Morrison

Catherine Morrison

Journaliste