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Les conservateurs demandent un allègement fiscal pour des employés licenciés de GM

«Ces hommes et ces femmes ont travaillé fort, ont respecté les règles et ont bâti des choses dont ce pays dépend.»

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Le chef conservateur Pierre Poilievre se lève pendant la période de questions au Parlement à Ottawa, le jeudi 5 février 2026. Le chef conservateur Pierre Poilievre se lève pendant la période de questions au Parlement à Ottawa, le jeudi 5 février 2026. (PATRICK DOYLE)

OTTAWA — Le gouvernement libéral fédéral rejette la demande de l'opposition conservatrice de réduire les impôts sur les indemnités de départ versées aux employés de General Motors (GM) mis à pied à Ingersoll, en Ontario.

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, a transmis lundi une lettre au ministre des Finances, François-Philippe Champagne, demandant une exemption des retenues d’impôt qui amputent ces indemnités.

Le bureau du ministre a rejeté cette demande sans équivoque lundi, soutenant qu'une telle mesure entraverait la capacité du gouvernement à réagir lorsque des problèmes surviennent et accusant les conservateurs de se livrer au jeu de la politique partisane.

Dans la lettre, les conservateurs soutiennent que l’imposition d’une part importante des indemnités forfaitaires versées par GM pourrait priver les employés sans emploi de «dizaines de milliers de dollars», aggravant ainsi leur situation.

Les conservateurs fédéraux affirment qu’attendre la fin de la période des impôts pour récupérer ces fonds n’est pas une solution raisonnable pour les travailleurs qui ont récemment perdu leur salaire normal et qui ont encore besoin d’argent pour payer leur hypothèque et faire leurs courses.

«Ces hommes et ces femmes ont travaillé fort, ont respecté les règles et ont bâti des choses dont ce pays dépend. Le moins que votre gouvernement puisse faire est d'arrêter de leur prendre leur argent au pire moment possible», peut-on lire dans la lettre.

Mais le porte-parole du ministre des Finances, John Fragos, a fait valoir qu'en vertu d'une politique gouvernementale de longue date, tous les revenus gagnés, y compris les indemnités de départ, sont imposables.

«Le gouvernement ne peut pas unilatéralement retrancher certaines taxes sur le revenu sans adopter et appliquer cette mesure à l’ensemble de la population», a écrit M. Fragos dans une longue réponse par courriel à La Presse Canadienne.

«Ce que les conservateurs proposent nous priverait en fait d'un outil fiscal essentiel, limiterait notre capacité à répondre à des crises comme celle que nous traversons actuellement et compromettrait notre avantage industriel. Ce n'est pas seulement une mauvaise politique, c'est une faute professionnelle politique.»

M. Fragos a déclaré par la suite que le gouvernement rejetait uniquement cette proposition «très pointue» de M. Poilievre, mais que les allégements fiscaux et autres mesures de soutien aux travailleurs licenciés ou touchés par les droits de douane américains restaient à l'étude. Il n'a toutefois divulgué aucune de ces mesures.

GM a annoncé l'automne dernier la fermeture de l'usine d'assemblage CAMI, mettant 1200 personnes au chômage. Les employés se sont vu offrir une indemnité unique équivalente à environ six mois de salaire.

La lettre est cosignée par le porte-parole conservateur en matière de travail, Kyle Seeback, et le député local Arpan Khanna.

M. Khanna a indiqué dans une entrevue que son bureau avait reçu une avalanche d'appels de travailleurs automobiles inquiets qui signalaient que les impôts allaient absorber plus de la moitié de leurs indemnités de licenciement.

«Beaucoup d'entre eux ont contacté mon bureau pour signaler une retenue d'impôt massive sur leurs chèques. Nous avons vu des fiches de paie de personnes qui étaient censées toucher 60 000 $ bruts, mais qui ne touchent plus que 24 000 $ après la retenue d'impôt», a rapporté M. Khanna.

«À un moment où les Canadiens ont du mal à mettre de la nourriture sur la table, à payer leur hypothèque et à subvenir aux besoins de leurs enfants, c'est un coup dur pour leur revenu mensuel.»

Lorsque M. Khanna a abordé le sujet lundi lors de la période de questions à la Chambre des communes, la ministre de l'Emploi, Patty Hajdu, a rétorqué que les conservateurs avaient voté contre le budget 2025 «dans lequel nous exposons le travail que nous avons accompli pour protéger les travailleurs précisément dans ce genre de situation».

«Grâce à la vision proactive du gouvernement visant à protéger les travailleurs dans ces situations, les travailleurs qui ont été licenciés peuvent désormais conserver leur dernier salaire, ils n'ont pas à attendre l'assurance-emploi et les travailleurs de longue date, comme beaucoup d'entre eux, recevront 20 semaines supplémentaires en plus des aides pour se réajuster», a soutenu Mme Hajdu.

Mark Gee, président de la section locale 88 d'Unifor à l'usine GM, a refusé de commenter lundi, affirmant que la section était toujours en train d'examiner la question.

Nombreux congédiements

GM a annoncé l’année dernière l’arrêt de la production de ses véhicules électriques BrightDrop à l’usine d’assemblage CAMI à Ingersoll, invoquant une demande du marché plus faible que prévu et un contexte réglementaire difficile aux États-Unis.

Plus d’un millier d’employés ont été licenciés.

L’usine d’assemblage de GM à Oshawa supprime par ailleurs son troisième quart de travail, entraînant le licenciement d’environ 500 employés. Cette mesure devrait toucher plus d’un millier de travailleurs dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Unifor accuse le président américain, Donald Trump, d'avoir bouleversé le secteur automobile ontarien et d'avoir porté atteinte à l'usine de GM à Ingersoll sur de multiples fronts. M. Trump a instauré des droits de douane de 25 % sur les composants automobiles non américains et des politiques qui ont perturbé l'industrie américaine des véhicules électriques.

Nouvelle stratégie

M. Carney a dévoilé jeudi dernier une nouvelle stratégie industrielle pour le secteur automobile, promettant de «stimuler l'investissement» et de définir une «voie souveraine» pour réduire les émissions des véhicules.

Cette stratégie supprimera l'obligation de vente de véhicules électriques en échange de normes d'émissions plus strictes. Elle rétablira aussi le programme de rabais à l'achat de véhicules électriques.

Les conservateurs ont rejeté la nouvelle stratégie automobile du premier ministre Carney, la jugeant inutile aux travailleurs du secteur, déjà durement touchés par les difficultés de leur industrie.

«On ne comprend pas pourquoi on subventionne l'achat d'autos fabriquées aux États-Unis, (...) alors que chez nous on a des pertes d'emplois sérieuses», a fait valoir le député conservateur Pierre Paul-Hus, faisant référence à la subvention fédérale pour les véhicules électriques.

Cette dernière couvre les voitures construites dans les pays avec lesquels le Canada dispose d'un traité de libre-échange, dont les États-Unis.

«Les Canadiens attendent toujours que votre gouvernement respecte sa promesse de conclure un accord commercial avec les États-Unis avant le 21 juillet (2025) et de présenter un plan clair pour protéger les emplois canadiens», peut-on lire dans la missive des conservateurs.

Le Canada entame cette année des négociations en vue du renouvellement de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, alors que l’accord de libre-échange fait l’objet d’un réexamen par les signataires.

M. Carney a soutenu jeudi dernier que son objectif demeurait la suppression de tous les droits de douane, mais que ce n’était manifestement pas l’objectif du président Trump. Selon le premier ministre, le Canada doit donc «se préparer à toutes les éventualités».

Kyle Duggan, La Presse Canadienne

Kyle Duggan

Kyle Duggan

Journaliste