Politique

Le gouvernement Carney est critiqué pour un manque de transparence sur l’Iran

Mis à jour le 

Publié le 

Alors premier ministre, Justin Trudeau visite les troupes canadiennes sur la base aérienne d'Ali Al-Salem, au Koweït, le 10 février 2020. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick Alors premier ministre, Justin Trudeau visite les troupes canadiennes sur la base aérienne d'Ali Al-Salem, au Koweït, le 10 février 2020. (Sean Kilpatrick/La Presse canadienne)

OTTAWA — Le gouvernement de Mark Carney est pris à partie par les conservateurs et les bloquistes pour un manque de transparence à l'égard du conflit en Iran.

Le porte-parole conservateur en matière de défense, James Bezan, trouve «vraiment honteux» que le gouvernement fédéral n'ait pas informé le public que la base aérienne au Koweït, où les Forces armées canadiennes ont un camp, a été touchée par une attaque de missiles iraniens le 1er mars.

Le journal «La Presse» a rapporté jeudi que le camp canadien de la base aérienne Ali Al-Salem semblait avoir été endommagé par l'attaque, d'après une analyse d'images satellites, mais qu'aucun militaire canadien n'avait été blessé.

Le Canada dispose d'un centre de soutien opérationnel sur cette base aérienne, qui accueille également l'armée de l'air américaine.

M. Bezan estime que le gouvernement fédéral a été «beaucoup trop discret» au sujet de la guerre, alors que les alliés tiennent des points presse quotidiens.

«Il s'agit d'un gouvernement qui ne veut pas communiquer, qui n'est pas transparent et qui ne partage pas avec les Canadiens l'impact exact de cette guerre sur le Canada», a déclaré M. Bezan aux journalistes jeudi.

Le gouvernement libéral a convoqué lundi soir dernier un débat d'orientation au Parlement sur la guerre en Iran, mais n'a pas mentionné l'attaque.

À la période des questions jeudi après-midi aux Communes, la députée bloquiste Christine Normandin a demandé des réponses au gouvernement.

«Ça faisait huit jours que la base militaire d'Ali Al-Salem avait été attaquée par des missiles iraniens. Huit jours, et ils n'ont pas jugé bon de le mentionner aux parlementaires, a déclaré la députée bloquiste. Est-ce qu'il y en a d'autres des attaques comme ça que le gouvernement essaie de nous cacher?»

La réponse est venue de la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand. «Comme j'ai dit, tous les membres des Forces armées canadiennes présents dans la région sont sains et saufs et ont été localisés.»

Plus tôt jeudi, devant les journalistes à Terrebonne, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a exprimé son indignation à l'égard de l'absence de transparence du gouvernement Carney sur la guerre en Iran.

«Les gens doivent prendre la mesure, là. (...) Quand le premier ministre a pris position dans le conflit en Iran, il savait que sur une base au Koweït, il y avait des installations où il y aurait pu avoir des soldats canadiens qui avaient été touchés par un ou des missiles. Et à aucun moment, il n'a jugé pertinent d'informer la population, les médias ou le Parlement», a déploré M. Blanchet.

Lundi soir, lors du débat d'une «chaude actualité», «personne au gouvernement, et surtout pas le premier ministre qui en était absent, ne jugeait pertinent d'informer le Parlement», a décrié le chef bloquiste, alors qu'«on l'a su quand c'est arrivé pour une base britannique».

Sécurité opérationnelle

Le ministère de la Défense nationale a mis une semaine à répondre à une question posée le 6 mars par La Presse Canadienne au sujet de la frappe aérienne en question. Il a déclaré qu'il ne divulguait pas ce type d'informations par principe.

«Nous avons pris connaissance des informations faisant état de frappes dans les environs de la base aérienne d'Ali Al-Salem. Pour des raisons de sécurité opérationnelle, nous ne discutons pas des évaluations des dommages ou des impacts sur les installations militaires», a déclaré jeudi dans un courriel la porte-parole du ministère, la lieutenante Pamela Hogan.

«Compte tenu des événements survenus depuis le 27 février, les efforts se sont concentrés sur la protection des membres des Forces armées canadiennes, notamment en relocalisant certains d'entre eux dans la région, en les maintenant sur place si la protection des forces est appropriée et, le cas échéant, en redéployant certains d'entre eux au Canada.»

Mme Hogan a ajouté que tous les militaires canadiens présents dans la région sont «actuellement en sécurité et ont été localisés».

Jeudi, à Yellowknife, des journalistes ont demandé au premier ministre Mark Carney s'il pouvait confirmer les frappes et expliquer pourquoi les Canadiens n'avaient pas été informés plus tôt.

M. Carney a répondu que les membres des Forces canadiennes déployés dans la région étaient «tous sains et saufs».

«Le Canada ne s'engage pas dans les actions offensives dans la région. Nous allons informer lorsqu'il y a des nouvelles. C'est ma responsabilité et celle du ministre de la Défense», a-t-il affirmé.

Le ministre de la Défense, David McGuinty, et la cheffe d'état-major de la Défense, la générale Jennie Carignan, ont participé à une réunion du Cabinet jeudi matin sur la colline du Parlement. Aucun d'eux n'a répondu aux questions des journalistes installés dans le couloir à l'extérieur de la salle de réunion.

La ministre Anita Anand a déclaré aux journalistes qu'elle ne disposait d'aucune information concernant une attaque contre la base aérienne du Koweït et qu'elle ne pouvait pas confirmer les informations publiées par le journal.

«Mais j'ai parlé avec le ministre McGuinty ce matin (jeudi), et il m'a confirmé que tous les soldats étaient sains et saufs», a déclaré Mme Anand lors d'une conférence de presse, au cours de laquelle elle a fait le point sur l'aide humanitaire dans la région.

Mme Anand a également indiqué qu'elle se rendrait à l'étranger la semaine prochaine pour poursuivre les efforts diplomatiques visant à apaiser la situation au Moyen-Orient.

Le Canada compte environ 200 militaires au Moyen-Orient, répartis dans 6 lieux différents.

Kyle Duggan, La Presse Canadienne

Kyle Duggan

Kyle Duggan

Journaliste