Politique

Selon un sondeur: les Canadiens sont favorables à un rapprochement avec l’UE, mais pas à une adhésion

«Les Canadiens ne veulent tout simplement pas troquer leur dépendance envers les États-Unis contre une dépendance envers une autre partie du monde.»

Publié le 

UE Can dap Les drapeaux du Canada et de l'Union européenne sont visibles avant le discours du premier ministre Mark Carney devant le Parlement européen à Strasbourg, en France, le jeudi 17 septembre 2026. (Justin Tang/La Presse Canadienne)

Les Canadiens pourraient bien se réjouir à l’idée de liens plus étroits avec l’Union européenne, mais selon le sondeur Nik Nanos, cette question pourrait bien devenir un véritable champ de mines politique pour le premier ministre Mark Carney.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Mercredi, l’UE a fait une ouverture historique envers le Canada, en invitant le pays à explorer la possibilité d’une adhésion à titre d’associé au sein du plus grand bloc commercial du monde.

Cette proposition n’impliquerait pas une adhésion à part entière. Le Canada pourrait plutôt devenir le premier membre associé de l’UE — un statut qui n’existe pas encore.

En lançant cette invitation, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné les valeurs communes entre le Canada et l’UE.

«On voit le monde de la même façon, de l’IA aux changements climatiques, de l’Arctique à la géopolitique», a-t-elle dit. «Et on a fait front commun sur l’Ukraine, la défense, les matières premières et les chaînes d’approvisionnement.»

Surtout, a-t-elle ajouté, l’Europe et le Canada partagent un engagement envers la démocratie.

Mark Carney a accueilli favorablement l’invitation jeudi, mais ses commentaires précédents mettaient l’accent sur la possibilité d’un partenariat unique et collaboratif. Il a aussi clairement indiqué que le Canada ne cherchait pas à devenir membre à part entière de l’UE.

Ça pourrait s’avérer politiquement prudent, vu que l’appui du public à des liens plus étroits avec l’Europe a ses limites.

Dans une entrevue accordée samedi à CTV News, M. Nanos a indiqué qu’un sondage mené par son cabinet plus tôt cet été avait révélé un large soutien en faveur d’une coopération économique accrue avec l’Europe.

«Le soutien au renforcement des liens économiques avec l’Union européenne est exceptionnellement fort, avec environ huit Canadiens sur dix», a affirmé M. Nanos. « Donc, dans l’ensemble, jeunes, vieux, peu importe d’où tu viens dans le pays, tu es ouvert à des liens économiques plus solides. »

Mais ce soutien tombe à environ cinq sur dix quand on évoque l’adhésion à l’UE comme une possibilité, a-t-il ajouté.

«Les Canadiens ne veulent tout simplement pas troquer leur dépendance envers les États-Unis contre une dépendance envers une autre partie du monde.»

—  Nik Nanos, président de Nanos Research

Ça peut aider à expliquer pourquoi le premier ministre a choisi ses mots avec soin quand il parle de l’UE.

«Je pense que ça explique pourquoi, chaque fois qu’il en parle, il utilise l’expression “tant que ça n’a pas d’incidence sur la souveraineté du Canada”», a estimé M. Nanos. «Parce que je pense que c’est la question clé que les Canadiens voudraient connaître : quels sont les détails de ce qui pourrait être discuté? Comment ça fonctionnerait, et qu’est-ce que ça pourrait signifier pour la souveraineté canadienne?»

Il y a aussi des défis pratiques dont le Canada devrait tenir compte, selon le degré d’engagement d’Ottawa dans une relation d’association avec l’UE.

L’un des plus importants serait l’adoption des normes européennes pour les exportations canadiennes, ce qui pourrait entraîner des coûts importants.

«Aligner véritablement les normes, les codes et les règlements sur ceux de l’UE, je pense que ça va plus loin que ce que la plupart des gouvernements canadiens et des Canadiens souhaitent», a expliqué Brett House, un économiste canadien qui enseigne à l’Université Columbia à New York.

La Norvège et la Suisse ne sont pas membres de l’UE, mais participent à la zone de libre-échange européenne. Pour faciliter cette relation, les deux pays ont dû harmoniser leur législation et leurs règlements avec les règles de l’UE sur plusieurs marchés.

C’est pourquoi M. House a affirmé que le débat sur la question de savoir si le Canada devrait devenir membre associé de l’UE est peut-être moins important que les discussions politiques qui pourraient découler de l’exploration de cette possibilité.

Ces discussions pourraient aussi encourager les pays à mieux tirer parti de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, qui est déjà en vigueur.

«Ce qui compte vraiment, c’est qu’on tire parti de cet accord commercial existant», a déclaré M. House.

«On permet aux entreprises canadiennes d’y participer concrètement. On s’assure qu’il couvre l’ensemble de l’Union européenne, et on fait en sorte que les Canadiens puissent facilement en profiter.»

—  Brett House, économiste

Mais le monde entier observe ce qui va se passer ensuite.

L’Australie, le Pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord font partie des territoires qui cherchent à renforcer leur coopération avec l’Union européenne. Ce qui ressortira des discussions du Canada pourrait donc servir d’exemple à d’autres qui envisagent de resserrer leurs liens.

Les responsables américains surveillent la situation de près eux aussi.

Le président américain a mis en garde l’UE contre le fait d’aller de l’avant avec sa proposition concernant le Canada, affirmant que cela pourrait être perçu comme un «acte hostile» par les États-Unis.