Alors que l’ambassadeur des États-Unis au Canada se levait pour s’adresser à une salle remplie, il tenait à la main un verre à shooter en plastique rempli d’alcool. «À l’amitié, au partenariat et à la réussite entre les États-Unis et le Canada», a dit Pete Hoekstra.
Il était alors moins de 10h, lundi matin. Selon lui, il s’agit d’une nouvelle tradition consistant à trinquer lors de forums comme celui-ci.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
On ne sait pas exactement de quelle boisson il s’agissait. Il l’a appelée «whisky» ou « whiskey» : les versions canadienne et américaine, respectivement.
Lors d’un événement précédent à Regina, M. Hoekstra et d’autres participants à la conférence avaient bu du bourbon, cette boisson alcoolisée américaine à base de maïs vieillie en fûts de chêne. Le bourbon est une boisson difficile à trouver au Canada en raison des boycotts généralisés liés à la guerre commerciale – l’une des nombreuses réponses aux droits de douane américains et aux menaces d’annexion.
«Cette relation est tellement cruciale que nous devons la développer, nous devons la stabiliser, et l’avenir sera très, très prometteur pour nous tous», a-t-il dit dans le cadre de son toast, clôturant une longue discussion informelle au Pacific Northwest Economic Forum à Edmonton.
Au cours de la conversation, il est revenu à plusieurs reprises sur le potentiel inexploité du partenariat canado-américain. L’espace, l’intelligence artificielle, l’énergie nucléaire : autant de secteurs émergents dans lesquels les deux pays pourraient s’associer, s’ils le souhaitaient, à l’avenir, selon lui.
Pour l’instant, les négociations sur l’accord de libre-échange fondamental entre les deux pays avancent péniblement. Le Canada se trouve dans une situation différente de celle du Mexique, qui fait également partie de cet accord trilatéral. Le Mexique et les États-Unis en sont à leur troisième cycle de discussions «approfondies», a indiqué M. Hoekstra, et ils sont en train de «surmonter les obstacles».
Les Trois Amigos négocient parce que les États-Unis ont, à eux seuls, choisi de ne pas renouveler l’accord. Le 1er juillet marquait la date limite à laquelle les responsables des trois pays devaient indiquer s’ils souhaitaient renouveler l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) pour une période de 16 ans. Les États-Unis ont choisi de ne pas le renouveler. Un processus de révision annuel a été mis en place pour la décennie à venir.
Le ministre canadien du Commerce avec les États-Unis, Dominic LeBlanc, a affirmé que le Canada avait l’intention de renouveler l’accord. Les responsables mexicains ont indiqué la même chose. Lundi, M. Hoekstra a déclaré que l’incertitude entourant les négociations entre le Canada et les États-Unis avait poussé les investissements vers le sud de la frontière.
«Pas une très bonne opinion»
«Si l’on veut parvenir à un accord et retrouver une certaine prévisibilité, une nouvelle perspective est indispensable», a souligné Pete Hoekstra à la salle.
«J’ai un problème. Et je pense que les Canadiens n’ont pas une très bonne opinion des États-Unis en ce moment», a-t-il poursuivi. «Cela rend plus difficile pour les responsables politiques de parvenir à un accord.»
Il a ajouté que les populations des deux côtés de la frontière devaient discuter beaucoup plus de «l’importance de cette relation commerciale pour la sécurité nationale, la sécurité économique et la sécurité personnelle».
Manque de confiance dans le commerce
Les sondages indiquent que les Canadiens ne considèrent pas les États-Unis comme un partenaire commercial fiable. Un sondage récent a révélé que seuls 35% des Canadiens estimaient que les États-Unis étaient un partenaire fiable, contre 83% lors d’un sondage similaire réalisé en 2022.
La semaine dernière, des Québécois de la ville frontalière de Coaticook ont fait état d’une «animosité» envers leurs voisins américains. Quelque 200 personnes de cette localité ont été licenciées d’une usine locale à la suite des droits de douane imposés par le président américain Donald Trump sur le secteur des produits du bois.
Les produits canadiens ne sont pas protégés de ces droits de douane, contrairement à la majeure partie des taxes imposées par Trump sur les automobiles. Ces derniers jours, le président a semé une nouvelle vague d’incertitude et de colère parmi les Canadiens en suggérant que le Canada devrait payer des droits de douane pour la propagation de la fumée des feux de forêt.
Lundi, alors que plus de 900 feux de forêt faisaient rage dans les communautés et les forêts canadiennes, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a riposté.
«Plutôt que de rester les bras croisés à se plaindre, pourquoi ne demandons-nous pas l’aide du président Trump? Qu’il envoie des avions bombardiers d’eau, qu’il envoie des pompiers spécialisés dans les feux de forêt. Mais bon, il y a des milliers d’incendies qui font rage aux États-Unis en ce moment même, et pourtant on n’entend jamais le Canada s’en plaindre», avait-il lancé lors d’une conférence de presse.
Avec des informations de Spencer Van Dyk pour CTV News
