Politique

Le vrai travail «commence maintenant» pour les sous-marins, selon TKMS

Une partie de la prochaine phase des négociations avec TKMS consistera à définir précisément les retombées industrielles promises au Canada.

Mis à jour le 

Publié le 

Ottawa choisit une entreprise allemande pour construire sa nouvelle flotte de sous-marins Le gouvernement Carney a choisi une entreprise allemande pour construire la nouvelle flotte de sous-marins du pays. L’analyse d’Alain Rayes.

Le chef de la direction de l’entreprise allemande du secteur de la défense, désignée cette semaine comme soumissionnaire privilégié dans le cadre de l’appel d’offres pour la construction de la prochaine flotte de sous-marins du Canada, a affirmé que les négociations visant à officialiser le contrat allaient avancer rapidement.

La société allemande TKMS a pris un bref moment pour célébrer cette annonce lundi, mais son chef de la direction, Oliver Burkhard, a déclaré que le véritable travail allait maintenant commencer.

Le premier ministre Mark Carney a indiqué que la nouvelle Agence de l’investissement pour la défense mènerait les négociations avec le constructeur de sous-marins, tandis que les deux parties mettraient au point les détails concernant le coût final, les calendriers de livraison et les retombées industrielles.

Lorsqu’il a annoncé lundi à Halifax la prochaine étape du plus grand projet d’acquisition militaire jamais entrepris par le pays, M. Carney a précisé que les discussions pourraient durer entre six et dix-huit mois.

M. Burkhard a, quant à lui, exprimé l’espoir que les choses puissent avancer plus vite.

«Beaucoup de points ont déjà été négociés entre l’Allemagne, la Norvège et nous, en tant qu’acteur dans le secteur. Je pense donc que le Canada peut, pour le dire simplement, “copier-coller” une grande partie de ces éléments», a-t-il déclaré mardi lors d’une entrevue à Ottawa.

La concurrence entre TKMS et ses partenaires — les gouvernements allemand et norvégien — et la société sud-coréenne Hanwha Oceans a été intense et s’est déroulée de manière inhabituelle au grand jour par le biais de parrainages et de campagnes publicitaires au Canada.

Ottawa a sélectionné les deux soumissionnaires en 2025, fixant des délais exceptionnellement serrés qui ont fait avancer le processus à «la vitesse de la lumière», selon M. Burkhard.

Il a ajouté que l’approche adoptée par les gouvernements allemand et norvégien était également sans précédent du fait d’intégrer un autre gouvernement «dans un partenariat où tout le monde est sur un pied d’égalité». Il a attribué cette nouvelle approche en matière de politique industrielle à l’évolution des réalités géopolitiques.

«Les responsables politiques allemands sont généralement assez réticents en matière de défense, a-t-il indiqué. Mais cela a changé avec le déclenchement de la guerre en Ukraine.»

Le Canada prévoit d’acquérir une flotte pouvant compter jusqu’à 12 sous-marins — une augmentation considérable par rapport aux quatre dont il dispose actuellement. Ses sous-marins de classe Victoria ont été construits à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Ils devraient être retirés du service d’ici 2035.

Une flotte plus importante

Le vice-amiral à la retraite Mark Norman a expliqué qu’en raison du roulement des sous-marins entre maintenance, formation et déploiement, une flotte de 12 unités permettrait au Canada de disposer de 3 ou 4 sous-marins en service actif à tout moment — ce qui, selon lui, est essentiel pour le pays doté du plus long littoral au monde.

«Pour parler franchement, nous avons fait preuve de négligence pendant des décennies en matière de protection de nos propres approches», a-t-il déclaré lundi lors d’une entrevue.

M. Norman et d’autres analystes ont indiqué que la compétition avait été extrêmement serrée.

«Il n’y avait pas de choix évident ici», a-t-il affirmé.

Paul T. Mitchell, professeur d’études de défense au Collège des Forces canadiennes, a noté que les Coréens «avaient mis le paquet sur cet appel d’offres» et a dit s’attendre à ce qu’ils soient déçus par la décision de lundi.

M. Carney a lui aussi semblé vouloir atténuer le choc en saluant l’offre de Hanwha et en soulignant qu’il prévoyait de rencontrer le président sud-coréen Lee Jae Myung en marge du sommet de l’OTAN en Turquie cette semaine. Cette rencontre a eu lieu mardi, peu après l’arrivée de M. Carney en Turquie. Il s’est également entretenu par téléphone avec M. Lee au sujet de cette décision durant la fin de semaine.

Le premier ministre a vanté les capacités de furtivité et les performances en Arctique du sous-marin TKMS 212CD, et a mis l’accent sur le fait qu’il pouvait opérer aux côtés d’alliés de l’OTAN.

Dans un communiqué adressé aux médias coréens, Hanwha Oceans a déclaré qu’elle était «incapable de surmonter l’obstacle que représente l’alliance de l’OTAN».

Vina Nadjibulla, vice-présidente chargée de la recherche et de la stratégie à la Fondation Asie-Pacifique du Canada, a indiqué que l’entreprise sud-coréenne a cet objectif de percée dans ces marchés depuis plusieurs années.

Mais elle a ajouté que la campagne lancée par Hanwha et le gouvernement sud-coréen dans le cadre de l’appel d’offres avait également trouvé un écho en dehors du Canada.

«Cela a permis de présenter Hanwha, ainsi que la Corée du Sud, comme un partenaire stratégique et de défense majeur pour le Canada. Beaucoup plus de Canadiens connaissent désormais la Corée du Sud», a-t-elle souligné.

Mme Nadjibulla a affirmé que le Canada devrait tirer parti de la dynamique créée par ce processus, notant que la Corée du Sud disposait d’une industrie de la défense solide.

«Je vois cela comme une opportunité de continuer à approfondir ce partenariat, notamment dans le secteur de la défense», a-t-elle déclaré.

Sarah Ritchie

Sarah Ritchie

Journaliste