La nouvelle ambassadrice française au Canada, Hélène Farnaud-Defromont, soutient que la France a «beaucoup de choses» à offrir alors que le gouvernement Carney entend diversifier davantage ses partenariats au point de développer une alliance avec l’Union européenne (UE), initiative qui, croit-elle, doit rapidement se concrétiser et être définie.
«On n’a pas le temps de passer des années à discuter sur la virgule et le point», a dit celle qui est arrivée en poste il y a près d’un mois.
Elle a relevé, au cours d’une entrevue accordée dans ses bureaux de l’ambassade, que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié le rôle que pourrait jouer le Canada de «membre associé» de l’UE, alors que le premier ministre canadien, Mark Carney, a préféré le terme «alliance».
«Tout ça, à la fin, (...) c’est la même volonté. Ce sont des mots différents, mais il faut quand même qu’on construise cela. C’est très nouveau et il faut qu’on le fasse assez vite», a ajouté l’ambassadrice, notant que le sommet Canada-UE qui se tiendra à Montréal à la fin octobre pourrait marquer un jalon important.
Elle a fait un lien entre ce sentiment d’urgence et un bouleversement profond de l’ordre international où le multilatéralisme devient, à ses yeux, d’autant plus nécessaire.
«Nous voulons, nous, France, Français, vraiment nous présenter comme des partenaires sincères, fiables, solides, au cœur de ces incertitudes internationales», a insisté Mme Farnaud-Defromont.
Dans un premier temps, le partenariat se définira au fil d’initiatives plus spécifiques, croit-elle. «C’est par les projets, je pense, que ce rapprochement va vraiment devenir une réalité, par des projets concrets qui correspondent à ce que souhaite le Canada et à ce que souhaitent les pays européens, et, en particulier, la France.»
L’ambassadrice a cité en exemple plusieurs domaines «stratégiques» où elle entrevoit un rapprochement possible avec les Français: «le domaine de l’aéronautique, le domaine du spatial, de la défense et de la sécurité, de l’énergie, du quantique, de l’intelligence artificielle».
Le Canada et la France ont déjà différentes ententes de collaboration, notamment au chapitre de la recherche en science et en nouvelles technologies. L’accord de libre-échange avec l’Europe, connu par son acronyme AECG ou CETA, en anglais, est en vigueur depuis une décennie, même s’il n’a pas été ratifié par 10 pays européens, dont la France.
L’idée véhiculée est d’approfondir les liens préexistants tout en ratissant plus large. Plusieurs des secteurs clés vus comme étant des voies de rapprochement sont bien ancrés au Québec, qui souhaite depuis longtemps tirer son épingle du jeu. Il reste à voir comment le nouveau gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon placera ses pions.
«La France et le Québec ont une relation spéciale, directe, privilégiée, qui, indépendamment des élections internes au Québec sur lesquelles la France n’a absolument pas à se prononcer, continuera, se poursuivra», a dit l’ambassadrice.
«C’est vraiment une tendance très longue de la relation avec le Québec et c’est une relation qui reste évidemment très respectueuse de la relation franco-canadienne», a-t-elle poursuivi.
La France, dans le contexte du rapprochement souhaité du Canada avec l’UE, compte aussi répondre présente aux ambitions de M. Carney de réduire la dépendance du Canada envers les États-Unis.
Quant à la réponse à la guerre tarifaire au moyen de mesures de rétorsion économiques, elle s’organise surtout au niveau des instances européennes pour la France et non à l’échelle bilatérale, comme c’est le cas pour la relation canado-américaine.
Il n’en reste pas moins que l’ambassadrice soutient que la posture adoptée par le gouvernement canadien face à la Maison-Blanche est saluée en France.
«Je dirais que l’attitude qui est à la fois très calme et très déterminée des autorités canadiennes face à des demandes qui sont quand même extrêmement radicales de la partie états-unienne, c’est vraiment une attitude qui force l’admiration en Europe et en France en particulier», a-t-elle résumé.
Les négociations formelles entre l’administration de Donald Trump et le gouvernement Carney visant à trouver un accord pour aplanir les droits de douane sont toujours sur la glace.

