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Le premier ministre Mark Carney en Inde pour le début de sa visite en Asie

MM. Carney et Modi cherchent tous deux à réduire la dépendance commerciale de leur pays envers les États-Unis.

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Le premier ministre Mark Carney arrive en Inde Mark Carney est arrivé en Inde vendredi où il poursuivra ses efforts pour rétablir les relations diplomatiques avec le gouvernement indien.

Le premier ministre Mark Carney est arrivé en Inde, vendredi, où il poursuivra les efforts déployés par son gouvernement pour rétablir les relations diplomatiques avec le gouvernement du premier ministre Narendra Modi.

MM. Carney et Modi cherchent tous deux à réduire la dépendance commerciale de leur pays envers les États-Unis sous la présidence de Donald Trump.

«Il y a clairement une sorte d’accélérateur Trump à l’œuvre ici, car les deux parties agissent plus rapidement que par le passé pour conclure des accords», a expliqué la vice-présidente de la Fondation Asie-Pacifique du Canada, Vina Nadjibulla.

Depuis son entrée en poste comme premier ministre, M. Carney parcourt le monde dans le but de renforcer les relations du Canada avec d’autres pays.

Son discours au Forum économique mondial, en Suisse, le mois dernier, dans lequel il a exhorté les puissances moyennes à travailler ensemble pour contrer la coercition des grandes puissances, a fait les manchettes partout dans le monde.

M. Modi, pour sa part, a récemment signé l’un des accords commerciaux les plus importants de l’histoire. Le pacte conclu entre l’Inde et l’Union européenne concerne environ deux milliards de personnes.

«La logique qui motive le premier ministre Carney motive également le premier ministre Modi», a souligné Sushant Singh, qui est maître de conférences en études sud-asiatiques à l’Université Yale.

Rupture, puis rapprochement

M. Carney passera deux jours à Mumbai avant de s’envoler pour New Delhi le 1er mars, où il rencontrera M. Modi. Son périple de 10 jours en Asie le mènera ensuite en Australie et au Japon.

MM. Carney et Modi tentent de rétablir des relations diplomatiques qui ont été brusquement interrompues ces dernières années.

Depuis des décennies, les relations entre le Canada et l’Inde sont tendues en raison des activités des séparatistes sikhs au Canada, qui réclament la création d’un pays indépendant, appelé Khalistan, à partir de la région indienne du Pendjab.

L’Inde accuse depuis longtemps le Canada de ne pas en faire assez pour apaiser le mouvement séparatiste. Le Canada, de son côté, soutient qu’il défend la liberté d’expression, tout en condamnant toute violence.

Ces tensions ont assombri la première visite en Inde de l’ancien premier ministre Justin Trudeau en 2018.

Elles ont atteint leur paroxysme en septembre 2023, lorsque M. Trudeau a révélé que les forces de l’ordre enquêtaient sur des «allégations crédibles» selon lesquelles des agents du gouvernement indien auraient été impliqués dans le meurtre, en juin 2023, de Hardeep Singh Nijjar, un citoyen canadien et militant sikh.

Peu après, l’Inde a contraint Ottawa à rapatrier la plupart de ses diplomates.

Le conflit s’est intensifié en octobre 2024, lorsque la GRC a accusé New Delhi d’être impliquée dans un réseau de violence lié à des homicides et à des actes d’extorsion au Canada.

Ottawa a expulsé le haut-commissaire indien et cinq autres diplomates, affirmant que l’Inde avait refusé de lever l’immunité diplomatique et consulaire de ses diplomates afin de permettre à la GRC de les interroger. L’Inde a nié ces accusations et a riposté en expulsant des diplomates canadiens.

La situation s’est détendue lorsque M. Carney a invité M. Modi au Sommet du G7 en Alberta, en juin 2025, où les deux hommes ont convenu de renommer des hauts-commissaires.

Les deux hommes se sont revus au Sommet du G20 en novembre, où ils ont convenu de lancer des négociations commerciales officielles portant sur un large éventail de sujets, notamment l’agriculture et l’agroalimentaire, le commerce numérique, la mobilité et le développement durable.

Inquiétudes chez les militants sikhs

Certains sikhs canadiens demandent au gouvernement d’adopter une position plus ferme à l’égard de l’Inde.

Le militant sikh Moninder Singh, qui a reçu dimanche un avertissement de la police de Vancouver concernant une menace crédible contre sa vie, soupçonne cette menace d’être liée au gouvernement indien.

Un responsable gouvernemental qui s’est adressé aux journalistes mercredi avant le départ de M. Carney a minimisé les inquiétudes selon lesquelles des agents du gouvernement indien mènent toujours de telles activités au Canada.

Il a soutenu que M. Carney n’aurait pas effectué ce voyage si le Canada pensait que ces activités se poursuivaient.

Cependant, le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, n’était pas tout à fait d’accord avec cette déclaration lorsqu’il a été interrogé à plusieurs reprises jeudi. M. Anandasangaree a plutôt reconnu qu’il restait des questions en suspens concernant la sécurité des Canadiens, qui étaient en cours de résolution avec l’Inde.

Longue préparation

L’envoyé de l’Inde à Ottawa, le haut-commissaire Dinesh Patnaik, a noté en entrevue qu’il y avait eu de multiples visites et interactions entre les parlementaires, les ministres, les hauts fonctionnaires et les diplomates indiens et canadiens en prévision de la visite de M. Carney.

«Cela renforce ce qui existe déjà. Il y a tellement de bonnes choses qui se passent», a-t-il souligné à propos de la visite de M. Carney.

Selon Sushant Singh, bien que le Canada et l’Inde pourraient annoncer une sorte d’accord sur l’énergie à la suite de la visite, toute annonce ne donnerait probablement que les grandes lignes, les détails devant être réglés ultérieurement.

S’attendre à des résultats concrets de ce voyage «serait peut-être trop ambitieux», à son avis.

«Je pense que nous devrions plutôt espérer une sorte d’orientation, de feuille de route et de volonté», a analysé M. Singh.

Le Canada a du retard à rattraper, a renchéri Mme Nadjibulla, soulignant que, pendant la crise diplomatique des deux dernières années, l’Inde a signé des accords de partenariat économique stratégique avec les autres pays du G7.

«Nous devons maintenant rattraper le temps perdu et vraiment proposer un programme qui nous permettra d’établir un partenariat sur 20 ans», a-t-elle fait valoir.

Mais M. Singh a averti que, si M. Trump a rapproché les deux pays, les choses pourraient changer une fois que le président républicain ne sera plus au pouvoir.

«Une fois que ce dirigeant ne sera plus là ou que les choses auront changé, cette relation pourrait à nouveau se détériorer», a-t-il prévenu.

Anja Karadeglija

Anja Karadeglija

Journaliste