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Le Pentagone a remis au Canada un document sur les priorités en matière de défense

Parmi les points de friction figure également le retard pris par le Canada dans sa décision concernant l’acquisition d’avions de combat F-35.

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ARCHIVES - Vue du Pentagone depuis le hublot d'un avion, le 27 août 2023, à Washington. Photo AP/Carolyn Kaster, archives ARCHIVES - Vue du Pentagone depuis le hublot d'un avion, le 27 août 2023, à Washington. Photo AP (Carolyn Kaster)

Le Pentagone a remis à Ottawa un document classifié exposant les priorités en matière de défense collective nord-américaine avec le Canada, mais le gouvernement fédéral n’a pas apporté de réponse crédible, selon un haut responsable américain de la défense.

Ce n’est là qu’un des nombreux points de friction qui creusent un fossé dans la coopération nord-américaine en matière de défense, selon de hauts responsables du Pentagone.

Parmi ces points de friction figure également le retard pris par le Canada dans sa décision concernant l’acquisition d’avions de combat F-35.

Un responsable de l’administration du président américain Donald Trump a breffé cette semaine un petit groupe de journalistes, principalement canadiens, à titre d’information générale afin de s’exprimer plus franchement sur les relations entre le Canada et les États-Unis.

Ce responsable a mentionné que la réponse d’Ottawa à ce document classifié était que le Canada s’efforcerait de s’aligner sur la position des États-Unis en matière de défense, mais les responsables de l’administration Trump attendaient un plan plus concret.

Le bureau du ministre de la Défense, David McGuinty, n’a pas répondu aux questions visant à savoir s’il avait reçu le document classifié, qui expose les attentes de l’administration Trump en matière de défense, ou si Ottawa avait répondu.

Alice Hansen, directrice des communications de M. McGuinty, a affirmé que le Canada a réalisé des investissements historiques dans la défense continentale, la sécurité de l’Arctique et la préparation militaire.

Le Canada a dépensé 63,4 milliards $ pour la défense nationale en 2025, respectant pour la première fois son engagement envers l’OTAN de consacrer 2 % du produit intérieur brut à la défense.

La cheffe d’État-major de la Défense dresse un portrait peu optimiste de la situation mondiale Le Canada est menacé et le monde pourrait basculer vers des conflits à grande échelle. Pour une rare fois, la cheffe d’État-major de la Défense Jennie Carignan a pris la parole à Montréal pour dresser un portrait peu optimiste de la situation mondiale.

Dans un courriel, Mme Hansen a dressé une liste des investissements en matière de défense et a précisé que le Canada dépenserait plus de 82 milliards $ sur cinq ans pour renforcer les capacités des Forces armées canadiennes.

Les membres de l’OTAN se sont réunis l’année dernière à La Haye et ont convenu de consacrer l’équivalent de 5 % du PIB à la défense d’ici 2035.

Mme Hansen a ajouté que le Canada continuait d’accélérer sa progression vers le nouvel objectif de l’OTAN de 3,5 % pour la défense de base et qu’il optimisait 1,5 % supplémentaire du PIB consacré aux dépenses de défense et aux investissements liés à la sécurité.

Pas de plan crédible

Les responsables du Pentagone ont déclaré que le Canada n’avait pas présenté de plan crédible sur la manière dont il comptait respecter ses nouveaux engagements en matière de dépenses de défense.

Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la Défense chargé de la politique, a annoncé lundi que son département suspendait les travaux du Comité mixte permanent sur la défense «afin de réévaluer en quoi ce forum contribue à la défense commune de l’Amérique du Nord».

Créé en 1940, ce comité est un forum consultatif dédié à la coopération bilatérale en matière de défense entre les États-Unis et le Canada.

Les responsables du Pentagone ont affirmé que les États-Unis avaient fait part au Canada de leurs attentes concernant les exigences de défense collective dans le cadre du NORAD, les questions de sécurité dans l’Arctique et l’OTAN.

On ignore toutefois comment ils envisagent le rôle du Canada dans les projets du «Dôme d’or» de l’administration Trump ni quelle place cela a occupée dans les discussions.

Interrogés sur les dépenses de défense du Canada, les responsables du Pentagone ont mentionné que le Canada disposait peut-être d’une liste d’investissements, mais que celle-ci ne montrait pas comment le pays contribuerait à la défense de l’Amérique du Nord et qu’elle n’était pas nécessairement suffisante.

Un manque de communication

Jamie Tronnes, du Center for North American Prosperity and Security, un projet de l’Institut Macdonald-Laurier, a indiqué que la révélation concernant ce document classifié était «un excellent exemple de la façon dont le Canada et les États-Unis continuent de ne pas communiquer».

«Une liste de souhaits classifiée est considérée par le Canada comme une demande, mais elle est perçue par le Pentagone comme un ordre», a expliqué Mme Tronnes dans un courriel adressé vendredi à La Presse Canadienne.

Elle a ajouté que les priorités communes en matière de défense devaient être définies par le biais de discussions et d’évaluations communes.

«Les Canadiens respectent leurs engagements envers l’OTAN, mais il est vrai que le Canada doit faire davantage en matière de dépenses pour se doter de capacités de défense significatives qui contribuent à la létalité, à la dissuasion et aux priorités de défense communes du continent», a souligné Mme Tronnes.

La décision du Pentagone de suspendre le Comité mixte permanent de défense et de critiquer les dépenses de défense du Canada ne survient pas sans raison.

Selon des experts, elle est probablement liée à l’achat d’avions de chasse F-35 et à la révision prochaine de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) sur le commerce.

Le gouvernement libéral n’a pas encore pris de décision concernant sa commande d’avions de chasse F-35 auprès de Lockheed Martin. Cette question fait l’objet d’un examen politique depuis plus d’un an.

Des responsables du Pentagone ont critiqué jeudi l’examen de ce projet, qualifiant l’approche du Canada de dilatoire.

L’administration Trump n’est pas la première à interpeller Ottawa sur ses investissements en matière de défense.

Le Canada fait depuis longtemps l’objet de critiques concernant le retard de ses dépenses de défense, mais, avec le retour du président américain Donald Trump à la Maison-Blanche l’année dernière, cette question a été directement liée à des enjeux commerciaux plus larges.

Le premier ministre Mark Carney a réalisé des investissements historiques dans la défense, atteignant pour la première fois l’ancien objectif de l’OTAN, alors que M. Trump ébranlait les relations bilatérales avec son programme de droits de douane massifs et ses menaces d’annexion.

M. Carney a également essuyé des critiques au Canada concernant le manque de transparence autour des dépenses de défense à venir.

L’ancien contrôleur fédéral des dépenses, Kevin Page, a appelé vendredi le premier ministre à présenter une feuille de route budgétaire pour respecter les nouveaux engagements de dépenses de l’OTAN.

M. Page, qui a été le premier directeur parlementaire du budget du Canada et dirige aujourd’hui l’Institut d’études fiscales et de démocratie de l’Université d’Ottawa, a avancé qu’Ottawa n’avait pas fait preuve de transparence budgétaire dans ses calculs.

Il a ajouté que le Canada devait bientôt montrer comment il comptait augmenter de manière significative ses dépenses de défense d’ici 2035.

— Avec des informations de Kyle Duggan à Ottawa

Kelly Geraldine Malone

Kelly Geraldine Malone

Journaliste