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Le monde agricole québécois et ontarien demandent une révision du projet de TGV Alto

«Personne ne souhaite un autre Mirabel alors que tous ces milliards pourraient être utilisés à meilleur escient.»

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Martin Imbleau, président et chef de la direction d'Alto, lors d'une annonce sur les étapes à venir du projet de TGV à Gatineau, le vendredi 12 décembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick Martin Imbleau, président et chef de la direction d'Alto, lors d'une annonce sur les étapes à venir du projet de TGV à Gatineau, le vendredi 12 décembre 2025. Photo - LA PRESSE CANADIENNE (Sean Kilpatrick)

Le projet de TGV entre Québec et Toronto sera beaucoup plus coûteux et beaucoup moins rentable que ne le prétendent ses promoteurs et portera une atteinte irréparable aux terres de milliers de producteurs agricoles et acéricoles au Québec et en Ontario.

Fortes d’une étude réalisée par trois chercheurs universitaires des HEC, de l’Université Laval et de l’Université de Waterloo, l’Union des producteurs agricoles (UPA) et les Fédérations agricoles canadienne et ontarienne réclament d’Ottawa de réexaminer le projet de TGV Alto.

Les experts et plusieurs représentants du monde agricole – dont ceux des deux fédérations hors Québec – tenaient une conférence de presse lundi à Berthierville, dans Lanaudière, pour faire part de leurs inquiétudes face à ce mégaprojet.

«Les milieux agricole et forestier conviennent qu’une mobilité accrue entre Québec et Toronto est un objectif mobilisateur et souhaitable. Il appartient toutefois à l’État de retenir la solution la plus méritoire. Personne ne souhaite un autre Mirabel alors que tous ces milliards pourraient être utilisés à meilleur escient.»

—   Martin Caron, président général de l’UPA

L’étude des trois universitaires fait état d’une rentabilité de 48 milliards $ sur 40 ans, alors que les coûts du projet sont estimés par Alto entre 60 et 90 milliards $, une prévision irréaliste et sous-estimée selon ces experts, qui doutent de l’intérêt du secteur privé d’investir dans ces conditions. 

Jacques Roy, professeur au département de gestion des opérations et de la logistique à HEC, a souligné que le dernier tronçon du TGV français, entre Bordeaux et Toulouse, coûtera 112 millions $ du kilomètre, ce qui se traduirait par un coût de 112 milliards $ pour le projet canadien qui doit s’étendre sur 1000 kilomètres. Selon lui, des collègues ontariens arrivent plutôt à une facture de 140 milliards $. De plus, dit-il, certaines problématiques comme le fait d’accéder aux centres-villes de Montréal et Toronto impliquent des dépenses colossales qui n’ont pas encore été chiffrées.

Au-delà des questions financières et logistiques, le milieu agricole dénonce une perte permanente de superficies agricoles et forestières et la fragmentation de terres par le passage d’un équipement qui représente une muraille infranchissable. Bien qu’Alto promette l’aménagement de viaducs et de tunnels sous les voies, il n’en reste pas moins que de nombreux producteurs devront faire de longs détours pour accéder à une partie de leurs terres qui serait coupée en deux. 

L'UPA de la Mauricie s'oppose à l'implantation du TGV en zone agricole C’est maintenant au tour de l’UPA de la Mauricie de s’opposer à toute implantation du TGV porté par Alto en zone agricole. L’union dénonce aussi les modifications prévues au régime d’expropriation. Cette position a été prise la semaine dernière lors d’un conseil d’administration.

Ils invoquent également des enjeux de sécurité en raison des détours imposés aux véhicules d’urgence tels ceux des pompiers et des ambulanciers, de même que les autobus d’écoliers. Ils ajoutent qu’en plus de la perte de terres agricoles, la fracture causée par la voie ferrée portera atteinte à la biodiversité, aux écosystèmes et fermera les corridors fauniques.

L’UPA, qui a organisé l’événement, demande à voir les analyses qui ont mené au choix du TGV plutôt que d’un train à grande fréquence (TGF), beaucoup moins cher et dont l’impact est moins important puisqu’il peut circuler sur des emprises existantes. Le professeur Roy a par ailleurs souligné le fait que l’attrait d’un TGV qui peut relier Montréal et Toronto en trois heures pâlit comparativement aux nouveaux vols vers Toronto au départ de l’aéroport de Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal en une heure et demie.

De plus, les expériences étrangères montrent que le climat canadien poserait problème. Le TGV suédois, par exemple, ne peut rouler à 300 km/h, mais bien à 200 km/h. En Chine, un tronçon de TGV dans le nord du pays doit aussi ralentir sa vitesse à 200 km/h l’hiver.

L’UPA rappelle qu’à lui seul, le premier tronçon de 200 kilomètres entre Montréal et Ottawa, qui doit être mis en chantier dès 2029, touchera à lui seul environ 1700 propriétés, dont au moins 500 terres agricoles, selon Alto.

Pierre Saint-Arnaud

Pierre Saint-Arnaud

Journaliste