Politique

Le gouvernement reste discret sur le sort des Canadiens détenus en Irak

Publié le 

Le ministre irakien des Affaires étrangères, Fuad Hussein, s'exprime lors d'une conférence de presse commune avec son homologue iranien, Abbas Araghchi, à Téhéran, en Iran, le dimanche 18 janvier 2026. (AP Photo/Vahid Salemi) Le ministre irakien des Affaires étrangères, Fuad Hussein, s'exprime lors d'une conférence de presse commune avec son homologue iranien, Abbas Araghchi, à Téhéran, en Iran, le dimanche 18 janvier 2026. AP Photo (Vahid Salemi)

Affaires mondiales Canada a refusé de préciser si la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a abordé la question du rapatriement des Canadiens emprisonnés en Irak lors de son récent entretien avec son homologue irakien.

Dans une réponse transmise par courriel aux questions de La Presse Canadienne, la porte-parole du ministère, Aditee Kissoon, a indiqué que le gouvernement fédéral continue d’évaluer l’évolution de la situation concernant les citoyens canadiens détenus en Irak.

Mme Kissoon a précisé qu’aucune autre information ne peut être divulguée pour des raisons de confidentialité et de sécurité opérationnelle.

Des ressortissants étrangers ont été détenus pendant des années dans des centres de détention en Syrie par les forces kurdes qui ont repris le contrôle de cette région, déchirée par les conflits, aux mains du groupe militant connu sous le nom de Daech (le groupe armé État islamique en Irak et au Levant).

Des prisonniers originaires de divers pays, dont le Canada, ont été transférés en Irak au début de cette année.

Mme Anand a eu une conversation téléphonique le 31 juillet avec le ministre irakien des Affaires étrangères, Fuad Hussein, et les comptes rendus respectifs de cet entretien, publiés par chaque pays, ne font aucune mention de détenus canadiens.

Le compte rendu canadien indique que les deux ministres ont «exprimé leurs préoccupations quant aux attaques de l’Iran contre l’Irak, réitéré la solidarité du Canada envers le peuple irakien et échangé sur les défis en matière de sécurité auxquels la région est confrontée.»

Le compte rendu irakien de cet appel souligne que Mme Anand «a réaffirmé l’engagement de son gouvernement à renforcer les relations avec l’Irak et à élargir les horizons de la coopération bilatérale dans divers domaines».

Ces dernières années, certaines femmes et certains enfants canadiens ont été rapatriés de Syrie avec l’aide de responsables canadiens et la coopération des autorités kurdes. Ottawa a refusé d’aider au rapatriement des hommes canadiens.

L’Associated Press a rapporté que parmi les milliers de détenus adultes de sexe masculin transférés de Syrie vers l’Irak figuraient des ressortissants étrangers originaires d’Europe, d’Australie, des États-Unis et du Canada.

Nicholas Pope, avocat établi à Ottawa, pense qu’au moins cinq hommes canadiens sont détenus en Irak.

M. Pope a mentionné lors d’une entrevue qu’un certain nombre de ces hommes avaient récemment été autorisés à téléphoner à des membres de leur famille.

Il a précisé avoir parlé directement à l’un de ses clients détenus en juin.

M. Pope a indiqué qu’un message commun se dégageait de ces appels.

«Les responsables de la prison sur place, ainsi que tous les fonctionnaires à qui ils s’adressent, leur disent: “Nous voulons que vous partiez, nous voulons que le Canada vous reprenne, et c’est à contrecœur que nous vous soumettons actuellement à la procédure judiciaire, uniquement parce que le Canada ne fait rien”», a-t-il avancé.

«Ce qui est vraiment frustrant, c’est que nous ne cessons de le répéter au Canada. Nous leur envoyons sans relâche des lettres pour leur dire que l’Irak veut que ces hommes s’en aillent», a-t-il ajouté.

Les noms des Canadiens détenus ne sont pas rendus publics, à l’exception de celui de Jack Letts, dont les parents ont mené une campagne publique pour exhorter Ottawa à contribuer à obtenir sa libération et son retour au Canada.

De mauvaises conditions

Amnistie internationale a mis en garde contre de graves violations des droits humains et les mauvaises conditions qui règnent au sein du système judiciaire irakien, notamment des prisons surpeuplées et insalubres, des procès inéquitables et des exécutions de masse.

M. Pope a souligné que les Canadiens détenus courent de graves risques au sein du système judiciaire irakien.

«Il est bien établi que les procédures judiciaires irakiennes ne sont pas vraiment équitables et ne respectent pas les mêmes garanties procédurales que celles dont nous disposons au Canada», a-t-il affirmé.

«Il existe de nombreux préjugés à l’encontre des personnes soupçonnées d’avoir été impliquées auprès de Daech, et le risque de violations des droits de l’homme est énorme: on peut recourir à la torture pour extorquer des aveux, et ces hommes risquent la peine de mort», a-t-il précisé.

L’ambassade d’Irak à Ottawa n’a pas immédiatement répondu à une demande de La Presse Canadienne visant à obtenir des informations sur la situation des Canadiens détenus.

Matthew Behrens, coordinateur de l’organisation «Stop Canadian Involvement in Torture», a déclaré dans un récent communiqué qu’Ottawa détenait en réalité les clés des cellules où sont incarcérés ces Canadiens.

«En refusant d’ouvrir les portes de ces prisons, nous restons profondément complices de leur détention arbitraire qui dure depuis une décennie», a soutenu M. Behrens.

— Avec des informations de Dylan Robertson et de l’Associated Press

Jim Bronskill

Jim Bronskill

Journaliste