Le gouvernement fédéral a approuvé un projet de 4 milliards $ présenté par Enbridge visant à agrandir un gazoduc existant en Colombie-Britannique, une décision qui, selon un dirigeant, témoigne d’une plus grande «détermination» de la part d’Ottawa à renforcer le statut du Canada en tant qu’exportateur mondial d’énergie.
Le projet Sunrise permettrait d’ajouter une capacité de transport de 300 millions de pieds cubes par jour au réseau Westcoast d’Enbridge — d’une capacité de 3,6 milliards de pieds cubes par jour — qui relie les gisements de gaz du nord-est de la Colombie-Britannique et du nord-ouest de l’Alberta à la frontière canado-américaine. Le projet prévoit l’ajout de près de 140 kilomètres de nouveaux gazoducs grâce à la construction de 11 tronçons de doublement pipelinier parallèles à la conduite actuelle.
Le gaz qui circulerait dans la conduite agrandie n’est pas destiné à une destination particulière, mais «une partie de la capacité sera sans aucun doute acheminée vers l’étranger», précise vendredi aux journalistes Matthew Akman, qui dirige les activités de transport de gaz et de secteur intermédiaire d’Enbridge.
Le projet Sunrise n’a pas été examiné au regard de la législation fédérale adoptée l’année dernière visant à accélérer la mise en place de nouvelles infrastructures jugées d’intérêt national pour le Canada. Néanmoins, M. Akman apprécie le changement de ton sous le gouvernement libéral du premier ministre Mark Carney.
«Il y a davantage de détermination, d’intention et de hiérarchisation des priorités, ce dont nous avons besoin au Canada», affirme M. Akman.
«À l’avenir, cependant, je pense que nous devons tous travailler plus étroitement ensemble pour accélérer encore davantage le processus. Il existe des moyens de mener un processus de consultation et une évaluation environnementale tout aussi rigoureux, mais plus rapides.
«Cela fait déjà près de quatre ans que nous travaillons sur ce projet et nous n’avons toujours pas mis la première pelletée de terre.»
Tous les espaces qui seront bientôt construits dans le cadre du projet Sunrise ont déjà été réservés, ajoute M. Akman, précisant que l’entreprise étendait également ses infrastructures gazières dans le nord de la Colombie-Britannique.
Divergences politiques
Dans un communiqué de presse, le gouvernement fédéral indique que le projet garantira à la Colombie-Britannique un approvisionnement suffisant en gaz à mesure que les installations d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), où le gaz est refroidi pour être transformé en liquide, puis expédié à l’étranger à bord de méthaniers spécialisés, entreront en service. Enbridge détient une participation de 30 % dans le projet Woodfibre LNG en cours de construction à Squamish, en Colombie-Britannique, Pacific Energy détenant le reste.
«Ce projet nous permettra de chauffer davantage de foyers, d’entreprises, d’hôpitaux et d’écoles, tout en soutenant les industries de la Colombie-Britannique, notamment le secteur du GNL, en plus de créer des milliers d’emplois. Il prouve qu’en nous alliant avec l’industrie et les partenaires autochtones, nous pouvons renforcer la sécurité énergétique, favoriser la stabilité des prix et générer de nouvelles occasions de commerce international, tout en respectant des normes rigoureuses en matière d’environnement et de sécurité», souligne le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, dans le communiqué.
«Voilà ce que fait une superpuissance énergétique.»
Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, indique que cette expansion est une bonne nouvelle pour l’emploi dans sa province.
«En cette période d’incertitude et d’instabilité mondiale, c’est ainsi que nous créons la prospérité nécessaire pour financer les services publics qui améliorent notre bien-être à tous», explique-t-il dans un communiqué de presse.
Cependant, Alex Walker, directeur du programme d’analyse énergétique chez Environmental Defence Canada, qualifie l’approbation d’Ottawa de «décision climatique désastreuse, qui privilégie la croissance de l’industrie des combustibles fossiles au détriment des engagements climatiques du Canada».
Du côté des partis d’opposition à Ottawa, le Bloc québécois rétorque que le gouvernement libéral «prend le parti des gazières et pétrolières et agit comme le premier obstacle à la lutte aux changements climatiques».
«Les libéraux développent à toute vitesse le secteur pétrogazier en s’éloignant tout aussi rapidement de leurs objectifs climatiques déjà peu ambitieux. C’est maintenant le troisième pipeline en importance que les libéraux approuvent depuis 2015, un bilan pire que Stephen Harper», affirme le porte-parole du Bloc québécois en matière d’environnement et de changements climatiques, Patrick Bonin, dans une déclaration transmise par courriel.
La construction du pipeline devrait débuter cet été, la mise en service étant prévue pour fin 2028.
Partenariat avec les Premières Nations
L’année dernière, Enbridge a conclu un partenariat avec une alliance regroupant trois douzaines de Premières Nations de Colombie-Britannique pour une participation de 12,5 % dans le pipeline Westcoast existant. M. Akman précise que ces groupes ne sont pas tenus de prendre une participation dans l’extension du pipeline, mais qu’ils ont la possibilité de le faire.
M. Akman dit qu’il est possible d’augmenter encore la capacité des gazoducs — en partant de zéro ou en agrandissant les infrastructures existantes — si les conditions sont réunies.
L’une d’elles consiste à garantir un processus d’examen rapide, «car nous ne pouvons pas immobiliser des capitaux indéfiniment pour mener à bien ces projets».
Une autre consiste à s’assurer que les investissements canadiens puissent rivaliser avec les projets menés aux États-Unis, où Enbridge est fortement implantée et enregistre de meilleurs rendements.
«Nous sommes une grande entreprise avec des investisseurs partout dans le monde, rappelle M. Akman. Ainsi, si nous constatons des rendements compétitifs sur le capital en Colombie-Britannique, nous pourrions alors réaliser ce type d’investissements.»
