Le conseil municipal de Montréal a adopté une motion de solidarité avec le peuple palestinien lors d’une séance du conseil municipal qui s’est tenue lundi soir.
La motion, qui comportait plusieurs amendements par rapport à celle initialement présentée par le parti d’opposition, a été adoptée par 54 conseillers municipaux votant pour et 6 contre.
Projet Montréal, le parti municipal qui forme l’opposition officielle à la mairie, y exhortait Montréal à reconnaître et à dénoncer ce qu’il qualifie de régime d’apartheid en Palestine et de génocide qui y est perpétré, ainsi qu’à exprimer sa solidarité avec les Palestiniens et les autres victimes civiles du conflit.
Il appelait également la ville à suspendre ses liens institutionnels avec le gouvernement israélien actuel, ses structures et ses municipalités.
Quelques minutes avant que le conseil n’adopte la motion, le parti au pouvoir, Ensemble Montréal, a proposé ses amendements, qui ont été adoptés selon les lignes du parti.
Ces amendements mettent davantage l’accent sur la diversité et l’inclusion à Montréal et suppriment la plupart des allégations de génocide ainsi que les appels à rompre les liens avec Israël.
Une motion «édulcorée»
«On est extrêmement déçus par ces amendements. C’est très édulcoré, c’est typique. Mais on ne voulait pas retirer notre motion. On a laissé une trace, dans le fond. C’était important», a dit la conseillère d’Ahuntsic-Cartierville, Nathalie Goulet, qui a présenté la motion, à l’issue du conseil municipal, devant l’hôtel de ville.
Autour de Mme Goulet, une foule de manifestants l’acclamait, la remerciait ou l’embrassait à son passage. L’un d’entre eux a toutefois exprimé son mécontentement, demandant aux conseillers municipaux d’expliquer pourquoi ils avaient voté en faveur d’une motion supprimant la mention de «génocide».
Au cours du débat sur l’adoption de la motion, l’opposition a confronté la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, au sujet du rôle de la ville dans la dénonciation des conflits internationaux.
Mme Martinez Ferrada a fait valoir qu’il n’appartenait pas à Montréal de dénoncer ces conflits, renvoyant cette responsabilité au gouvernement fédéral et plaidant en faveur de l’unité au sein de la ville.
La cheffe intérimaire de Projet Montréal, Ericka Alneus, a fait valoir que les conflits internationaux avaient des répercussions sur la municipalité.
«Ils ont un impact très réel sur nos communautés, qu’on le veuille ou non», a-t-elle dit.
Mme Alneus a souligné l’importance de la motion, même amendée.
«Une chose est certaine: on a eu ce débat. Où personne n’a voulu l’avoir, Montréal a eu ce débat.»
S’adressant aux journalistes avant la séance, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a affirmé que Montréal n’avait que peu d’influence sur la politique étrangère. Elle a ajouté que la ville ne pouvait ignorer la montée de l’antisémitisme signalée, précisant qu’elle comprenait les inquiétudes de ceux qui ont de la famille au Moyen-Orient.
Elle a précisé que la ville était disposée à adopter des motions en faveur de la défense des droits internationaux.
Une question débattue
Montréal Anti-Apartheid, une campagne lancée lors des élections municipales de 2025, a appuyé la motion, même si elle ne répond pas à l’ensemble des revendications du groupe, a expliqué sa cofondatrice, Sepideh Anvar.
La campagne souhaite que Montréal puisse rompre, plutôt que de suspendre ses liens institutionnels avec Israël. Ses revendications plus larges incluent le désinvestissement des entités et entreprises israéliennes qui, selon elle, contribuent à l’apartheid et au génocide, le boycottage des représentants israéliens et un soutien accru aux réfugiés palestiniens.
Mme Anvar voit cette motion comme une première étape.
«Dans un contexte où nous parvenons à peine à obtenir ne serait-ce que des gestes symboliques de solidarité avec la Palestine, le fait que la Ville de Montréal, l’une des plus grandes villes d’Amérique du Nord, s’apprête à prendre une mesure concrète, à savoir suspendre ces relations, est sidérant», a-t-elle dit.
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), qui défend les intérêts des fédérations juives du Canada, appelle les conseillers municipaux de Montréal à rejeter la motion. L’organisation estime que cette proposition risque d’aggraver les divisions au sein de la ville et fait valoir que les dirigeants municipaux devraient donner la priorité aux préoccupations locales, telles que le logement, l’itinérance, les infrastructures et la sécurité publique.
La motion a reçu le soutien de plus de 700 artistes, organisations et acteurs culturels québécois, qui ont signé une déclaration exhortant les conseillers municipaux à voter en sa faveur.
La campagne a été organisée par le Club des artistes québécois contre l’apartheid, qui compte parmi ses partisans des professionnels du cinéma, de la télévision, du théâtre, de la musique, de la littérature et des arts visuels.
Emilie Manering, l’une des fondatrices du club et des responsables de la campagne, a dit que cette initiative vise en partie à témoigner de la solidarité de la communauté culturelle québécoise envers les Palestiniens.
«Les artistes sont aussi des citoyens. Nous sommes avant tout des citoyens », a déclaré Mme Manering.
Mmes Anvar et Manering ont contesté l’argument selon lequel les affaires internationales ne relèvent pas des responsabilités d’une administration municipale.
Mme Manering a déclaré que la motion ne détournerait pas l’attention des enjeux locaux, tandis que Mme Anvar a rappelé l’histoire de Montréal en matière d’opposition à l’apartheid en Afrique du Sud, notamment la décision prise en 1987 de refuser tout contrat aux entreprises tirant profit de ce régime.
Toutes deux espèrent que le vote de Montréal encouragera d’autres municipalités canadiennes à prendre des mesures similaires.
Le conseil a également examiné lundi une autre motion dénonçant les actes d’antisémitisme, notamment les incendies criminels perpétrés contre des synagogues. Cette motion sera désormais débattue par le conseil de l’agglomération de l’île de Montréal.
Le conseil de l’agglomération comprend plusieurs élus, dont Mme Martinez Ferrada et les maires des 14 villes faisant partie de l’agglomération de Montréal.
