OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a annoncé une aide humanitaire et au développement de 120 millions $ pour le Soudan.
Selon les Nations unies, plus de 40 000 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre civile au Soudan le 15 avril 2023, il y a trois ans.
«Le Soudan est une priorité pour nous, a déclaré Mme Anand lors d'une entrevue mercredi. Je suis profondément préoccupée par l'aggravation de la crise humanitaire.»
Les Nations unies estiment que 34 millions de personnes au Soudan — soit les deux tiers de la population — ont besoin d'une aide humanitaire. Plus de 13 millions de personnes ont été déplacées et l'ONU a fait état d'au moins 40 000 morts, bien que des organisations humanitaires affirment que le bilan réel est probablement bien plus élevé.
Le conflit a commencé sous la forme d'une lutte politique entre l'armée et les forces paramilitaires du pays, avant de dégénérer en un conflit ethnique brutal dans la région du Darfour. Le Soudan est désormais divisé entre un gouvernement soutenu par l'armée et reconnu internationalement, basé dans la capitale Khartoum, et une administration rivale contrôlée par les Forces de soutien rapide au Darfour, dans l'ouest du pays.
L'annonce du Canada comprend plus de 94 millions $ d'aide humanitaire, notamment sous forme d'aide alimentaire d'urgence et de soutien nutritionnel. Cette somme inclut une aide destinée aux Soudanais déplacés dans les pays voisins.
Le Canada promet également 25 millions $ d'aide au développement destinés aux écoles, au soutien aux victimes de traumatismes, par l'intermédiaire de Save the Children Canada, ainsi qu'un financement pour la prévention des violences sexuelles par le biais de l'ONU.
Randeep Sarai, secrétaire d'État au Développement international, a annoncé ce financement lors d'une conférence à Berlin, où le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a indiqué que l'équivalent de plus de 2 milliards $ CAN d'aide humanitaire avait été promis par divers pays.
Cette somme comprend 343 millions $ CAN offerts par l'Allemagne, ainsi que la contribution du Canada.
M. Wadephul a déclaré aux médias allemands que cette aide était proposée pour combler le déficit de financement laissé par les coupes dans l'aide étrangère américaine sous la présidence de Donald Trump.
Le gouvernement soudanais à Khartoum a quant à lui qualifié la conférence d’ingérence «inacceptable», soulignant que l’Allemagne ne l’avait pas consulté avant de l’organiser.
Mme Anand a précisé que le financement canadien venait s’ajouter aux 220 millions $ que le Canada s’était déjà engagé à verser pour les personnes vivant au Soudan et celles qui ont fui le conflit.
«Il y a des preuves crédibles que la famine y est utilisée comme arme de guerre, a affirmé la ministre Anand en mêlée de presse, mercredi. Les hôpitaux et l'infrastructure civile sont ciblés, des femmes et des filles ont décrit la violence sexuelle non pas comme une exception, mais une réalité inévitable.»
«La population soudanaise a besoin d'eau. Elle a besoin de services de santé. Elle a besoin de nourriture, d'abris sûrs et de sécurité. C'est ce que défend le droit international humanitaire.»
Mme Anand a noté que cette aide s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par le Canada pour venir en aide aux civils pris dans des guerres et des conflits politiques dans des régions allant de Cuba au Liban.
«L'une des priorités que cette aide met en avant est notre capacité à réagir dans ce monde très instable où les civils et les infrastructures civiles sont constamment attaqués», a-t-elle déclaré.
Washington a accusé les Forces de soutien rapide de commettre un génocide. Mme Anand a soutenu que, s'il est clair que de graves violations des droits de l'homme sont commises, il appartient aux tribunaux internationaux de se prononcer sur la question du génocide.
«Il appartient aux tribunaux internationaux de déterminer juridiquement si une situation constitue un génocide, mais nous n’hésitons pas à reconnaître qu’il peut exister des preuves crédibles — comme c’est le cas ici — de violations graves et horribles des droits de l’homme», a-t-elle indiqué.
Elle a évoqué l'attaque menée par les Forces de soutien rapide contre un hôpital de la ville soudanaise d'El-Fasher en octobre dernier, qui a causé la mort de centaines de patients et donné lieu à la capture de nombreux professionnels de la santé.
Des vidéos publiées en ligne ont montré des chambres d’hôpital criblées d’impacts de balles, et une analyse des images satellites réalisée par l’université de Yale a mis en évidence des flaques de sang suggérant des massacres sur plusieurs sites.
De nombreuses organisations humanitaires appellent à accorder davantage d’attention et de financement à la crise au Soudan.
Le Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne, installé à Montréal, a proposé un plan visant à renforcer la société civile au Soudan, à mettre fin à la violence et à demander des comptes à l'aide d'institutions multilatérales.
Ce plan, publié mercredi, a reçu le soutien de plusieurs défenseurs des droits de l'homme, dont l'ancien ambassadeur auprès des Nations unies Bob Rae et l'ancien sénateur Roméo Dallaire.
— Avec des informations de l'Associated Press
Dylan Robertson, La Presse Canadienne

