Devant une salle comble réunissant des dirigeants d’entreprises canadiennes du secteur de la défense et de la sécurité, le premier ministre Mark Carney a annoncé que le Canada avait entamé des négociations en vue de l’acquisition du GlobalEye, un système de surveillance aérienne de pointe développé en Suède et utilisant des avions de fabrication canadienne.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le GlobalEye est un système aéroporté d’alerte et de contrôle (AEW&C) créé par la société suédoise de défense et de sécurité Saab. Le système radar est intégré au Global 6500 de Bombardier, transformant cet avion d’affaires en un appareil de surveillance de pointe.

Le gouvernement fédéral négocie actuellement un accord qui permettrait de fabriquer au moins un tiers de la flotte prévue d’appareils GlobalEye au Canada au cours des 15 prochaines années.
Acheter au Canada, créer des emplois
Une fois les contrats signés, scellés et exécutés, Bombardier pourrait fabriquer au moins 40 appareils dans ses usines de Montréal et de Toronto. Ce nombre prévu inclut également les commandes des alliés du Canada.
M. Carney en a présenté les grandes lignes à Ottawa, lors d’un discours liminaire à CANSEC, le plus grand salon professionnel de la défense et de la sécurité au Canada.
Dans un communiqué de presse, le gouvernement a déclaré que cet accord pourrait soutenir plus de 3000 emplois dans le secteur aérospatial et de la défense canadien, allant des métiers spécialisés à l’ingénierie en passant par l’informatique.
La CBC a rapporté que le ministère de la Défense nationale serait intéressé par l’achat de six systèmes GlobalEye pour un coût de plus de 5 milliards de dollars. Une fois construit, le GlobalEye jouera un rôle clé dans le renforcement de la sécurité nord-américaine, en détectant et en dissuadant les menaces dans l’Arctique.
Par ailleurs, les médias européens ont rapporté que l’Agence de soutien et d’approvisionnement de l’OTAN (NSPA) a sélectionné le GlobalEye, fruit d’une collaboration entre Saab et Bombardier, pour remplacer sa flotte vieillissante de 14 Boeing E-3A Sentry. D’autres pays, tels que la France, l’Allemagne, le Danemark et la Finlande, sont également intéressés par l’achat de ces avions équipés de radars spécialisés.
Moins de dépendance vis-à-vis des États-Unis
L’annonce de ces négociations s’inscrit également dans la stratégie industrielle de défense du gouvernement Carney, qui vise à réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis tout en renforçant la base industrielle militaire nationale.
La stratégie industrielle de défense (DIS) vise à doubler les exportations non américaines au cours des dix prochaines années et à attribuer aux entreprises canadiennes une part de 70% des contrats de défense.
En choisissant de négocier avec Saab, le Canada ferme la porte à l’option américaine consistant à acheter l’avion de surveillance Boeing E-7A Wedgetail, que l’armée envisageait également.
Lors du congrès libéral d’avril, Mark Carney a été récompensé par des applaudissements enthousiastes lorsqu’il a déclaré que «l’époque où notre armée envoyait 70 cents de chaque dollar aux États-Unis est révolue».
Autres mesures annoncées
Lors de son discours d’ouverture mercredi matin, M. Carney a également annoncé que le gouvernement mettait en place une nouvelle norme d’approbation de 90 jours afin de garantir des «décisions plus prévisibles».
Il a également annoncé :
- des mesures incitatives pour encourager les entrepreneurs étrangers à sous-traiter à des entreprises canadiennes et à investir dans la chaîne d’approvisionnement nationale;
- un nouveau partenariat stratégique pour permettre aux entreprises de travailler plus étroitement avec le gouvernement afin de renforcer la capacité souveraine;
- un service de conciergerie de la Défense pour mettre les petites et moyennes entreprises en contact avec les programmes appropriés, les partenaires provinciaux et les occasions d’exportation;
- la création d’un forum consultatif sur la défense pour s’assurer que les objectifs du gouvernement et de l’industrie restent alignés. Ce forum sera coprésidé par les ministres de la Défense nationale, de l’Industrie et le secrétaire d’État aux Achats de défense.
Liens européens, contrecoup américain
Au cours des derniers mois, le Canada a réussi à se voir désigner comme nouveau siège mondial de la Banque de défense, de sécurité et de résilience, ce qui devrait créer 3500 emplois.
Le Canada participe également au programme SAFE (Security Action for Europe), un programme de prêts de l’Union européenne visant à renforcer les capacités de l’industrie de la défense.
La participation au programme SAFE offre aux entreprises canadiennes un accès préférentiel aux projets d’approvisionnement européens.
Mais alors que des liens plus étroits se sont tissés avec l’Europe, les relations avec les États-Unis se détériorent.
Au début du mois, Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la Défense, a annoncé la suspension du Comité mixte permanent sur la défense.
Ce comité consultatif chargé de la coopération bilatérale en matière de défense entre les États-Unis et le Canada a été créé en 1940.
Les tensions se sont également accrues suite à la décision du Canada de revoir l’acquisition de F-35 auprès de la société américaine Lockheed Martin, tout en réévaluant les mérites du chasseur Gripen, un avion également fabriqué par Saab.
Avec des informations d’Annie Bergeron-Oliver pour CTV News
