Politique

Le Canada dit collaborer étroitement avec l'UE en matière d'aide internationale

«Si nous unissons nos forces, les possibilités sont infinies.»

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Le secrétaire d'État canadien au Développement international, Randeep Sarai, lors d'une interview avec AP à Beyrouth, au Liban, le 18 août 2026. AP/Bilal Hussein Le secrétaire d'État canadien au Développement international, Randeep Sarai, lors d'une interview avec AP à Beyrouth, au Liban, le 18 août 2026. AP (Bilal Hussein)

Le renforcement des liens entre le Canada et l’Europe pourrait contribuer à combler certaines lacunes créées par le retrait des États-Unis en matière d’aide internationale, estime le secrétaire d’État au Développement international.

«Si nous unissons nos forces, les possibilités sont infinies», lance Randeep Sarai en entrevue à la Presse canadienne.

M. Sarai précise que le Canada est en pourparlers avec l’Union européenne afin de mobiliser des fonds privés et philanthropiques pour l’aide internationale.

Il supervise une réorientation de l’aide étrangère alors que le gouvernement fédéral entend réduire les dépenses en matière de santé mondiale tout en encourageant les investissements privés.

Les dépenses américaines en matière d’aide internationale ont chuté de 57% en 2025 après le démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international par Washington, une mesure qui, selon des chercheurs de l’université de Harvard, a entraîné des centaines de milliers de décès qui auraient pu être évités.

La plupart des grands pays donateurs, dont le Canada, ont réduit les financements de l’aide internationale. Ottawa consacre environ 1,6 % de son budget à l’aide étrangère.

«L’argent des contribuables est très précieux. Donc, si nous parvenons à associer le secteur privé à ces efforts, l’objectif est qu’à terme, ce soit le secteur privé qui investit de son propre chef. Mais dans un premier temps, nous utiliserons l’argent des contribuables pour l’attirer», explique M. Sarai.

Le secrétaire d’État précise que les responsables européens se sont tournés vers le Canada pour obtenir des conseils sur ce dossier.

Il mentionne qu’une grande partie des récentes discussions à ce sujet a porté sur la manière de mobiliser les capitaux privés sans pour autant renoncer à soutenir les populations les plus vulnérables de la planète.

«Membre associé» de l’UE: ce que cela pourrait signifier pour le Canada Voyez le compte-rendu de Lila Mouch.

M. Sarai ajoute que le Canada et les pays européens collaborent également avec d’autres pays réputés pour la solidité de leur aide internationale, notamment le Japon, la Corée du Sud et les pays du Golfe.

Il note que les responsables américains «sont revenus, dans une certaine mesure» sur leur position concernant les dépenses d’aide en finançant la vaccination des enfants dans les pays pauvres.

«Leur aide doit profiter à l’économie américaine et au peuple américain», dit M. Sarai. Ils ont des lignes directrices très claires à ce sujet et sur le caractère transactionnel de cette aide, mais c’est leur orientation. Je dirais donc que cela diffère considérablement de l’approche des autres partenaires du G7, mais au moins, nous savons à quoi nous en tenir.»

Coopération Canada, une coalition d’organisations humanitaires, affirme soutenir les modes de financement innovants, mais souhaite que les fonds publics soient d’abord consacrés à la lutte contre la pauvreté.

«Si nous devons utiliser des fonds publics pour inciter les capitaux privés à s’engager, il faut alors mettre en place des garde-fous afin de garantir que nous utilisons les fonds publics de la manière la plus efficace possible», souligne son directeur des politiques et du plaidoyer du groupe, Paul Farran.

Il avance que l’argent de l’aide ne devrait pas servir à subventionner des projets que le secteur privé n’aurait pas financés autrement. «Notre aide internationale devrait avant tout servir à réduire la pauvreté et les inégalités.»

M. Sarai se veut rassurant en affirmant que le Canada n’abandonnerait pas son soutien aux plus pauvres de la planète au profit des forces du marché.

Il précise que cela s’applique aux programmes canadiens menés dans les 32 pays que l’ONU qualifie de pays les moins avancés, ainsi qu’aux projets axés sur la santé sexuelle et les droits reproductifs.

Le comité des finances de la Chambre des communes a exhorté M. Carney à prévoir un financement prévisible et transparent de l’aide dans le budget du 5 novembre.

Les organisations humanitaires ont indiqué au comité que le gouvernement fédéral affirme que son aide aux réfugiés au Canada représente plus de 17 % de son aide au développement totale. Bien qu’il s’agisse d’une pratique courante de déclaration dans les pays occidentaux, ces organisations ont fait valoir qu’il est ainsi difficile de déterminer le montant réel des fonds canadiens versés à l’étranger.

Les députés du comité ont fait valoir que les dépenses d’aide devaient être guidées par la pauvreté et la fragilité et qu’il fallait accroître la transparence dans l’enveloppe de l’aide internationale.

Ils ont également exhorté le gouvernement fédéral à «réaffirmer l’égalité des sexes et l’autonomisation économique des femmes comme levier de réduction de la pauvreté et donc, comme priorités centrales de l’aide publique au développement». Il y a un an, M. Carney avait semé la confusion en laissant entendre que le Canada n’avait plus de politique étrangère féministe.

Coopération Canada soutient ces appels et exhorte M. Carney à revenir sur les coupes budgétaires dans les programmes de santé mondiale.

M. Farran soutient que le Canada doit allouer 5,5 milliards $ par an à l’aide au développement «de base» à l’étranger, ce qui permettrait d’augmenter le financement destiné, par exemple, à la construction d’écoles ou à l’aide apportée aux femmes pour qu’elles défendent leurs droits politiques.

Il dit qu’Ottawa devait fournir au public davantage de précisions sur la manière dont il dépense l’aide internationale et sur les domaines dans lesquels il procède à des coupes budgétaires.

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste