Le gouvernement canadien a choisi une entreprise allemande pour construire la nouvelle flotte de sous-marins du Canada.
Deux sources haut placées de l’industrie, bien informées du processus, ont confirmé à CTV News que l’entreprise allemande TKMS se verrait attribuer le contrat juteux portant sur 12 nouveaux sous-marins.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le premier ministre Mark Carney a annoncé officiellement cette décision, qui a d’abord été révélée par le Globe and Mail, lundi à Halifax, avant de se rendre au sommet des dirigeants de l’OTAN en Turquie.
Le premier ministre a indiqué que la compétition était serrée et que la décision avait été difficile à prendre entre TKMS et son concurrent Hanwha, un conglomérat de défense sud-coréen.
Il a précisé que cet achat serait «le plus important de l’histoire du Canada» et aurait «de loin le plus grand impact économique sur l’ensemble du pays».
TKMS est le plus grand constructeur mondial de sous-marins non nucléaires et fournit environ 70 % de la flotte de l’OTAN. Également connue sous le nom de ThyssenKrupp Marine System, la société TKMS a présenté son offre en partenariat avec la Norvège.
Outre l’acquisition des sous-marins, le projet canadien prévoit le financement de 30 à 50 ans d’entretien. Sur toute sa durée de vie, le contrat a une valeur estimée à plus de 100 milliards de dollars. Selon des sources de l’industrie citées par Reuters, la commande de sous-marins elle-même serait évaluée à plus de 12 milliards de dollars américains.
Le premier sous-marin devrait être livré d’ici 2035, voire plus tôt, afin que la flotte actuelle puisse être retirée du service.
L’Allemagne a affirmé qu’elle pourrait livrer quatre sous-marins d’ici 2036. TKMS n’a pas fourni à CTV News d’estimation des coûts pour ses navires, mais a indiqué qu’elle était disposée à accélérer la livraison des sous-marins en faisant passer les commandes canadiennes en priorité dans sa file d’attente de production.
Il s’agit de l’un des plus importants marchés militaires jamais conclus par le Canada; ces navires sont destinés à remplacer la flotte actuelle de quatre sous-marins de classe Victoria de fabrication britannique, qui ont connu de nombreux problèmes depuis leur acquisition en 1998. Le Canada possède quatre de ces sous-marins, mais un seul est considéré comme pleinement opérationnel.
Au cours des dernières semaines, certains indices ont laissé entrevoir l’orientation que prenait le gouvernement concernant le contrat de sous-marins.
À la fin de juin, le ministère canadien de la Défense nationale a annoncé l’attribution d’un contrat préliminaire à une firme de consultation possédant de l’expérience dans le domaine des sous-marins et des relations avec les pays de l’OTAN.
L’un des atouts que les Allemands n’ont cessé de mettre en avant dans leur soumission était la compatibilité avec l’OTAN. La Corée du Sud n’est pas membre de l’OTAN, et les Allemands ont fait valoir que Hanwha ne disposait pas de la même connectivité avec les pays de l’OTAN que TKMS, le consortium germano-norvégien.
L’ambassadrice allemande au Canada, Tjorven Bellmann, a déclaré en juin à l’émission «Question Period» de CTV que cette entente permettrait d’établir un partenariat stratégique de plus haut niveau en cette période d’incertitude géopolitique.
Mme Bellmann a ajouté que ce partenariat entre alliés proches et de confiance permettrait l’interchangeabilité des équipages.
«Nous ne sommes pas vraiment intéressés par une relation client-fabricant classique», a-t-elle dit. «Nous souhaitons vraiment intégrer le Canada à cette relation et à ce partenariat éprouvés que nous entretenons avec la Norvège, avec des droits de décision égaux pour tout ce qui se présentera à l’avenir, et nous voulons construire la plus grande flotte de sous-marins conventionnels au monde selon ce même modèle.»
Le Globe and Mail rapporte que les négociations se poursuivront pour finaliser une entente après que TKMS aura été désignée comme soumissionnaire privilégié, ce qui ne garantit pas nécessairement la signature d’un contrat.
Le gouvernement de Carney s’est engagé à respecter le nouvel objectif de dépenses de défense de l’OTAN, fixé à cinq pour cent du PIB des pays membres. Le Canada a atteint l’ancien seuil de deux pour cent de l’alliance plus tôt cette année.
Que proposent les Allemands?
TKMS s’engage à générer 160 milliards de dollars d’activité économique au Canada, 86 milliards de dollars de PIB et plus de 650 000 emplois sur l’ensemble du projet. Le consortium germano-norvégien n’a pas précisé de période de référence pour ses calculs, mais la durée de vie d’un sous-marin peut varier entre 30 et 50 ans.
TKMS indique également avoir signé 19 protocoles d’entente au cours des derniers mois, notamment des ententes avec des entreprises telles que Seaspan Shipyards, EllisDon et Marmen.
Les Allemands proposent également de fabriquer des torpilles au Canada et d’acheter pour des milliards de gaz naturel liquéfié (GNL). Selon CBC News, le gouvernement allemand appuie d’importants investissements dans le port de Churchill, au Manitoba, afin de faciliter l’acheminement vers les marchés de minéraux essentiels et de GNL. Il souhaite également investir dans une installation de capture du carbone en Alberta.
Mais contrairement à la proposition de Hanwha d’utiliser de l’acier canadien dans la construction de ses sous-marins, des sources ont indiqué à CTV News que le sous-marin allemand 212CD ne contiendra pas d’acier canadien.
Le navire nécessite un type d’acier magnétique qui n’est pas produit au Canada, mais le responsable qui s’est entretenu avec CTV News a déclaré que TKMS investira dans l’industrie sidérurgique canadienne d’une autre manière, bien qu’aucun détail n’ait été fourni.
Toutefois, les alliés de l’OTAN ont proposé de construire certains de leurs navires, ou des pièces pour ceux-ci, au Canada. Les Allemands et les Norvégiens ont également proposé de «naviguer ensemble» à bord de leurs navires en tant qu’unité alliée de l’OTAN et d’accorder au Canada l’accès aux installations de TKMS en Europe, en Inde et à Singapour.
«Si le Canada décide de […] vouloir produire lui-même, sur son propre territoire, à partir du moment de son choix, alors cela est également possible», a avancé le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, lors d’une visite au Canada en octobre 2025.
Avec des informations de l’Associated Press, de Graham Richardson, chef du bureau d’Ottawa de CTV News, et de Judy Trinh, correspondante principale de CTV News.

