La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a de nouveau ouvert la porte à ce que le Canada devienne membre associé de l’Union européenne (UE), jeudi.
«Bien sûr que le Canada ne peut pas devenir membre à part entière de l’Union européenne en raison de la géographie. Mais nous voulons tous deux amener notre relation au plus haut niveau possible», a évoqué Mme von der Leyen à l’occasion du lancement du Sommet Canada-Union européenne, à Montréal.
«C’est pourquoi nous discutons l’idée que le Canada devienne le premier membre associé de l’Union européenne.»
Le 21e sommet Canada-Union européenne, qui se déroule de jeudi à vendredi, doit ouvrir la porte à un partenariat renforcé entre les deux parties, qui doivent lancer «une alliance pour l’avenir».
La présidente de la Commission européenne a mentionné que la collaboration entre le Canada et l’Union européenne pourrait prendre la forme d’une association «sans adhésion», et que son intention est de «bâtir une relation qui se rapproche le plus possible d’un statut de membre».
«Comment nous rendre là? Premièrement, nous avons besoin d’être alignés sur nos politiques. Nous pouvons travailler sur tout, de l’intelligence artificielle et le climat, à la sécurité», a précisé Mme von der Leyen, avant de souligner qu’il faudrait aussi que les deux parties soient alignées sur le plan de la gouvernance.
L’ancien ordre mondial dans le rétroviseur
La «dégradation» de l’ordre mondial rend le rapprochement entre le Canada et l’Union européenne d’autant plus pertinent, d’après Ursula von der Leyen.
«Des alliances et des présomptions qui ont rendu possibles notre prospérité et notre sécurité changent rapidement. Chaque nation et chaque région cherche à sécuriser ses propres intérêts et son indépendance. Nous ne pouvons plus nous laisser entraver par les limites de l’ancien ordre mondial», a-t-elle poursuivi.
Le Canada est un «partenaire de confiance» pour l’Union européenne au moment où «le commerce devient un outil de pression économique», a-t-elle justement affirmé.
«Nous assistons en temps réel à une atteinte à notre souveraineté» qui oblige à «adopter une approche plus stratégique avec des partenaires de confiance qui sont confrontés aux mêmes défis», a-t-elle ajouté.
Cette situation, selon elle, pousserait à présent les pays à faire un choix: agir seuls, avec l’impression d’être isolés, ou adopter une approche stratégique «avec des partenaires faisant face aux mêmes défis».
Les bénéfices d’une alliance avec l’Europe
Mark Carney a emboîté le pas à Ursula von der Leyen en mettant en lumière les bénéfices d’une association avec l’Union européenne pour le Canada.
«Quand nos forces sont complémentaires, nous gagnons à collaborer avec des alliés fiables. Et quand nos forces se rejoignent, cette collaboration nous permet de voir plus grand. C’est cet avantage mutuel qui justifie un partenariat plus étroit entre le Canada et l’Europe», a affirmé le premier ministre.
M. Carney a rappelé que l’Union européenne est déjà le deuxième plus grand partenaire commercial du Canada. Les échanges commerciaux entre les deux parties ont atteint près de 180 milliards $ l’an dernier.
«Avec notre nouvelle alliance, nous ouvrons de nouveaux marchés aux entreprises canadiennes, nous créons des nouvelles collaborations pour nos chercheurs, et nous offrons aux jeunes de nouvelles possibilités de vivre, de travailler et d’étudier des deux côtés de l’Atlantique», a-t-il fait valoir.
M. Carney a poursuivi en soulignant que le Canada pouvait tirer avantage de la puissance du marché européen ainsi que de «l’excellence de sa recherche et sa force industrielle». En échange, les Canadiens peuvent mettre à contribution «ses talents et capacités de recherche de calibre mondial et [...] ses abondantes ressources énergétiques et minérales critiques».
Le sommet
Bien que l’adhésion du Canada à l’UE n’était pas censée être à l’ordre du jour, les responsables des deux parties ont affirmé en amont qu’ils étudient les moyens de renforcer leurs liens dans les domaines des affaires, des technologies, des énergies propres et des minéraux critiques.
Mme von der Leyen avait déjà laissé entendre que le Canada pourrait devenir le premier «membre associé» de l’UE, mais certains dirigeants européens ont rejeté ce qualificatif.
Lors d’une conférence de presse tenue mardi, les responsables européens ont utilisé à plusieurs reprises l’expression «alliance pour l’avenir» pour décrire le partenariat renforcé avec le Canada — une formulation précédemment utilisée par M. Carney.
Lors d’un point presse mercredi, des responsables canadiens ont précisé que le gouvernement ne serait tenu à un engagement financier dans le cadre de l’alliance que s’il adhérait à un programme tel qu’Erasmus+, le programme d’échange étudiant de l’UE.
Les responsables n’ont pas précisé à quels programmes de l’UE le Canada pourrait adhérer. M. Carney a publiquement fait part de son souhait de voir le Canada rejoindre Erasmus+.
Ce programme dispose d’un budget d’environ 41 milliards de dollars pour son cycle de financement 2021-2027.
Le programme de jeudi prévoit un discours de Mme von der Leyen en avant-midi, une table ronde avec des chefs d’entreprise en après-midi et un dîner de bienvenue en soirée.
De son côté, le premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a choisi de ne pas participer au sommet. Il souhaitait obtenir un moment pour faire une prise de parole officielle, mais M. Carney a refusé.
C’est plutôt le nouveau diplomate en chef du Québec, Pascal Paradis, qui représentera la province.
1,6 G$ dans l’intelligence artificielle d’ici
En marge du sommet, Mark Carney a annoncé un investissement dans l’entreprise d’intelligence artificielle de Toronto Cohere. En vertu de l’entente, Cohere, son siège social et son siège d’exploitation, demeureront au pays, ce qui devrait permettre de créer des emplois et d’investir au moins 1,7 milliard de dollars dans de nouvelles infrastructures informatiques au Canada d’ici 2030.
Le premier ministre a justifié l’investissement par trois piliers: l’opportunité, l’abordabilité et la souveraineté.
«Cohere est un choix solide pour les entreprises et les pays qui tiennent à leur souveraineté. C’est pourquoi les plus grandes banques, les entreprises de télécommunications du Canada et les géants mondiaux de la technologie lui font confiance», a affirmé Mark Carney.
Selon lui, l’investissement permettra également de protéger les données des Canadiens, qu’ils se refusent à «envoyer à l’étranger». «Avec Cohere, nous allons les garder ici, au Canada, où elles vont être régies par nos lois et nos valeurs», a-t-il fait valoir.
En faisant allusion à l’association entre Cohere et l’entreprise allemande Aleph Alpha, M. Carney a souligné que ce partenariat «ouvre la porte d’un tout nouveau marché en Europe et renforce la coopération transatlantique en intelligence artificielle».
Quand l’accord sera-t-il signé?
Les responsables européens indiquent que les détails précis d’un accord ne seront pas finalisés cette semaine, mais qu’ils espèrent mettre au point les modalités de cette nouvelle relation entre le Canada et l’Union européenne, composée de 27 États membres, en vue d’une annonce officielle l’année prochaine.
Ces responsables ont fait ces déclarations lors d’une réunion d’information à l’intention des journalistes avant le sommet, le qualifiant par ailleurs de l’un des sommets les plus importants jamais organisés par l’UE.
Ils ont précisé que l’objectif était que le projet soit prêt à être approuvé lors du prochain sommet Canada-UE, l’année prochaine.
Du «théâtre», selon Poilievre
Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a qualifié ce sommet de deux jours de «diversion» et de «théâtre».
«Au cours des deux prochains jours, il va encore détourner l’attention de la crise du coût de la vie grâce à une couverture médiatique mur-à-mur d’une autre réunion supposément grandiose pour signer une série de déclarations sans importance remplies de grands mots comme “catalyser” et de promesses de se revoir pour discuter encore et encore. Cela ne fera pas baisser les hypothèques ni les factures d’épicerie de personne», a-t-il écrit sur X.
Il a ajouté que M. Carney devrait plutôt s’attacher à convaincre tous les États membres de l’UE de ratifier l’Accord économique et commercial global (AECG), l’accord existant entre le Canada et l’Union européenne.
À ce jour, 10 des 27 États membres de l’UE n’ont pas encore ratifié l’AECG.
Avec de l’information de CTV News, de La Presse canadienne et de l’Agence France-Presse
