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Le basculement du Congrès américain ne changera pas les priorités d'Ottawa

Les droits de douane ont joué un rôle dans les élections pour des États clés comme le Maine et le Michigan.

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Élections de mi-mandat: vague bleue... même au Texas Les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des représentants aux États-Unis à l’occasion des élections de mi-mandat, ce qui aura un impact considérable sur le reste du deuxième mandat du président Donald Trump. Compte-rendu d'Étienne Fortin-Gauthier sur le terrain, au Texas.

Les efforts déployés par le gouvernement libéral pour diversifier le commerce ne changeront pas maintenant que les démocrates s’apprêtent à prendre le contrôle du Congrès américain, a déclaré mercredi le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc.

M. LeBlanc a indiqué que les récentes discussions avec l’administration du président américain, Donald Trump, avaient été fructueuses et qu’il se réjouissait de s’entretenir davantage avec ses homologues américains dans les jours à venir.

Sur la colline du Parlement, M. LeBlanc a refusé d’interpréter les résultats des élections de mi-mandat de mardi et a affirmé que la nouvelle majorité dans les deux chambres du Congrès ne modifierait pas le programme commercial du gouvernement canadien.

«D’une certaine façon, les résultats d’hier soir sont intéressants, mais ça ne change pas du tout d’une façon importante le focus et le travail de notre gouvernement», a soutenu M. LeBlanc.

«Je pense que ce qui est important à noter, c’est que notre focus, hier matin, comme gouvernement, a été sur des questions d’abordabilité, des questions de construire une économie canadienne plus résiliente, de diversifier nos échanges commerciaux, de renforcer ses liens économiques avec d’autres partenaires, a-t-il ajouté. Ça, c’était les priorités du gouvernement hier, et ça demeure les priorités pour le gouvernement canadien aujourd’hui et demain.»

Drew Fagan, professeur à l’école Munk de politique internationale et politique publique de l’Université de Toronto, a déclaré que, même si les résultats des élections montrent que les Américains en ont assez des répercussions des politiques de Donald Trump sur le coût de la vie, tous les problèmes commerciaux du Canada trouvent toujours leur origine au sein du pouvoir exécutif.

«C’est enfin, après une décennie de Trump, une forte riposte contre son abus de la démocratie américaine. C’est forcément une bonne chose, et c’est positif pour le Canada, qui se trouve à sa frontière. Mais cela ne signifie pas que les problèmes commerciaux vont se résoudre du jour au lendemain», a-t-il analysé. 

M. Fagan a toutefois averti que certains démocrates resteraient protectionnistes et que les préoccupations des électeurs concernant le coût de la vie étaient principalement liées à l’impact de la guerre en Iran.

Les droits de douane, facteurs du résultat

Donald Trump, à qui il reste plus de deux ans à exercer son mandat, devrait faire face à une situation bien plus difficile sur le plan intérieur lorsque les démocrates prendront le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat en janvier. Ce que cela signifie pour sa politique étrangère reste encore à débattre.

Les droits de douane du président américain ont joué un rôle dans les élections dans des États clés, tels que le Maine et le Michigan, où des candidats républicains battus se sont élevés contre les attaques du président républicain à l’encontre du Canada.

L’ambassadeur américain Pete Hoekstra, qui a toujours affirmé que le Canada et les États-Unis n’étaient pas en guerre commerciale, a récemment mis en garde le Canada contre toute tentative d’influencer les élections américaines.

L’ambassade des États-Unis a cité des propos tenus par la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, pour affirmer le mois dernier qu’Ottawa cherchait à influencer le résultat des élections de mi-mandat.

Lors d’une conférence de presse le 25 août, Mme Joly a déclaré que le Canada utiliserait des droits de douane de rétorsion pour exercer une «pression politique» sur des États américains clés.

«Nous ciblons également des produits qui toucheront certains États américains; nous faisons donc preuve de sagesse et de stratégie pour exercer une pression politique», avait-elle déclaré.

Mais M. LeBlanc a insisté mercredi sur le fait que les droits de douane de rétorsions d’Ottawa n’étaient pas destinés à faire pression sur les républicains dans les États clés, mais à protéger les industries canadiennes et à éviter de créer des conditions de concurrence inéquitables.

Il a ajouté que la façon dont les droits de rétorsion ont été interprétés par les électeurs américains doit être débattue par les Américains.

Lori Turnbull, professeure de sciences politiques à l’université Dalhousie, a estimé que M. LeBlanc avait probablement une motivation stratégique pour réfuter l’idée selon laquelle les droits de douane de rétorsion du Canada auraient été ciblés à des fins politiques.

«Il semble désormais que le ministre LeBlanc soit sur le point de retourner à la table des négociations, et c’est lui qui y siège, n’est-ce pas? Ce n’est pas le cas de la ministre Joly; elle pourrait donc répondre différemment aux questions à ce sujet», a indiqué Mme Turnbull.

«Ainsi, lorsqu’il se rendra à la réunion avec [le secrétaire américain au Commerce, Howard] Lutnick et à celle avec [le représentant américain au Commerce, Jamieson] Greer, il pourra affirmer: “Écoutez, ces mesures n’ont pas de motivation politique”, ce qui leur laissera une certaine marge de manœuvre pour travailler autour de cette table et, éventuellement, trouver plus facilement un terrain d’entente.»

Un «levier» dans les négociations?

Les négociations commerciales officielles étaient au point mort lorsque le Canada s’est retiré des pourparlers à Washington en août. Le premier ministre Mark Carney a déclaré mardi que des discussions commerciales officielles avec les États-Unis avaient eu lieu ces derniers jours.

M. Carney est rentré à Ottawa tôt mercredi matin après s’être rendu à Antigua-et-Barbuda pour une réunion des dirigeants du Commonwealth.

Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a déclaré mercredi que le résultat des élections de mi-mandat démontre clairement que «les Américains détestent les tarifs».

«Les tarifs sur le Canada, c’est les taxes sur les Américains, a déclaré M. Poilievre aux journalistes devant les bâtiments du Parlement. Nous devrions utiliser ce levier, la bonne foi des Américains, pour enlever tous les tarifs.»

«En ce qui concerne M. Carney, c’est le temps des résultats, a ajouté M. Poilievre. S’il veut être le capitaine Canada, il doit conclure une entente qui élimine les tarifs. Pas une mauvaise entente, une bonne entente qui élimine les tarifs sur les Canadiens. Mais on ne sait pas c’est quoi la position de M. Carney.»

Le chef conservateur a indiqué qu’il comptait se rendre à nouveau aux États-Unis dans les mois à venir pour plaider en faveur d’un commerce sans droits de douane, mais n’a pas précisé de dates.

Aaron Ettinger, professeur de sciences politiques à l’université Carleton, a déclaré que le résultat des élections de mi-mandat ne conférait pas au Canada un levier d’influence classique, car Donald Trump n’a pas besoin du Congrès pour ses droits de douane sur l’acier, l’automobile et l’aluminium. 

Il a également déclaré percevoir des signes de dynamique dans le dossier commercial entre le Canada et les États-Unis.

«Il semble que cette stratégie, qui consistait à quitter la table des négociations en août, aussi audacieuse et courageuse qu’elle ait pu être, fonctionne finalement, a-t-il expliqué. Ce n’est pas très courant dans les relations entre le Canada et les États-Unis, mais cela a semblé fonctionner dans ce cas précis, et nous devons donc tirer parti de cette dynamique autant que possible.»

David Baxter

David Baxter

Journaliste