Beaucoup de gens pensent comme le député de Québec solidaire (QS), Haroun Bouazzi, que l’Assemblée nationale est un espace «toxique» où «mentir, manipuler, intimider» font partie du quotidien.
C’est ce qu’a soutenu vendredi le co-porte-parole de QS, Sol Zanetti, à la défense de son collègue empêtré dans une autre controverse.
Depuis jeudi soir, M. Bouazzi est vivement critiqué par ses adversaires pour avoir formulé cette déclaration dans un journal local de sa circonscription de Maurice-Richard, à Montréal: «L’Assemblée nationale est un espace toxique, où tout ce que je dis à mon fils de six ans de ne pas faire - mentir, manipuler, intimider - fait partie du quotidien.»
Le gouvernement caquiste demande pour sa part depuis jeudi soir l’expulsion de M. Bouazzi du groupe parlementaire de QS parce qu’il «méprise les élus de l’Assemblée et par conséquent le peuple québécois». Le Parti québécois (PQ) a aussi demandé son expulsion.
Vendredi, M. Bouazzi a publié un message sur le réseau Bluesky pour dire que ses propos ne «visaient ni l’assemblée comme institution ni mes collègues personnellement, mais faisaient référence au climat politique ambiant».
La direction de QS estime qu’il n’y a pas lieu de présenter des excuses.
«Les propos de Haroun sur le climat politique sont partagés par beaucoup de monde dans la population», a argué M. Zanetti en point de presse à l’Assemblée nationale.
«Le problème, ce n’est pas l’Assemblée nationale, le problème, ce sont certaines façons de faire de la politique», a-t-il ajouté.
«Haroun a exprimé avec franchise son ressenti personnel sur la dureté du travail parlementaire», a commenté la cheffe parlementaire de QS, Ruba Ghazal, dans un message publié dans un réseau social.
Selon elle, les propos du député de Maurice-Richard «ne visaient ni l’Assemblée nationale comme institution ni ses membres», mais ils portaient «plutôt un regard critique sur le climat politique».
En entrevue télévisée à LCN, le leader parlementaire du gouvernement et ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a qualifié M. Bouazzi de «récidiviste» qui tient des propos «radicaux», puisqu’en 2024, il avait déjà provoqué une controverse en laissant entendre qu’il observait des manifestations de racisme tous les jours au Parlement.
«À un moment donné, il faut respecter les gens qui ne pensent pas comme nous et ça semble être un problème pour M. Bouazzi», a plaidé M. Jolin-Barrette.
«Il méprise les élus de l’Assemblée nationale et par conséquent, le peuple québécois. Être un membre de l’Assemblée nationale vient avec des obligations de dignité et M. Bouazzi échoue à tout cela.»
Au dire du ministre, la seule chose honorable à faire pour QS est d’expulser le député du caucus.
«C’est un test de leadership pour Ruba Ghazal et Sol Zanetti», a-t-il conclu.
Dans un message sur la plateforme X, le député péquiste Joël Arseneau a soutenu que les propos de M. Bouazzi sont «injurieux et portent atteinte à la dignité de notre Assemblée nationale».
Il a rappelé que l’Assemblée est une des plus vieilles institutions parlementaires en Amérique et soutient que la sortie de M. Bouazzi vise à «déconsidérer l’institution, le personnel qui y oeuvre ainsi que le travail des 124 autres députés».
Jeudi soir, une attachée de presse de QS qui a requis l’anonymat avait laissé entendre que le propos de M. Bouazzi était «sorti de son contexte», que c’était «une entrevue intime dans un petit journal».
Elle a rappelé que M. Bouazzi avait été mêlé à une controverse en 2024 et qu’il avait alors reçu des menaces.
En effet, le député avait alors traversé une autre tempête qui lui avait attiré bien des ennuis.
Dans un discours à un gala pour la Fondation Club Avenir, un organisme à but non lucratif qui œuvre pour l’intégration des communautés maghrébines au Canada, il avait affirmé: «Dieu sait que je vois ça à l’Assemblée nationale tous les jours: la construction de cet Autre, de cet Autre qui est maghrébin, qui est musulman, qui est Noir ou Autochtone, et de sa culture qui, par définition, serait dangereuse ou inférieure.»
L’Assemblée nationale avait adopté deux motions pour condamner cette sortie, mais M. Bouazzi avait refusé de présenter des excuses.

