Pamela Wallin sait que sa décision de démissionner du Sénat lundi a surpris certains — mais, pour elle, «ça semblait être le bon moment» pour passer à autre chose après 17 ans.
«Je sais que les gens sont toujours surpris quand quelqu’un s’en va, mais nous savons tous quand il est temps de partir», a expliqué Mme Wallin lors d’une entrevue.
La nouvelle a été annoncée lundi matin après l’envoi d’une note aux sénateurs par le greffier du Sénat et la modification de la biographie de Mme Wallin sur le site internet du Sénat, où elle figure désormais comme ancienne sénatrice.
Elle a expliqué avoir choisi de ne pas annoncer à l’avance cette décision qu’elle a qualifiée de très personnelle, ajoutant qu’un récent changement dans la politique du gouvernement en matière d’aide médicale à mourir lui avait apporté la sérénité dont elle avait besoin.
Le ministre de la Justice, Sean Fraser, a annoncé la semaine dernière que le gouvernement allait modifier le Code pénal afin de permettre aux personnes de formuler à l’avance une demande d’aide médicale à mourir.
Mme Wallin milite depuis longtemps en faveur d’un tel changement, après avoir été témoin du long combat de sa mère contre la maladie d’Alzheimer.
Elle a toujours été une fervente partisane de l’aide médicale à mourir et a siégé au sein de plusieurs commissions parlementaires qui se sont penchées sur la question ces dernières années.
«Je pense simplement qu’il y a tellement de personnes dans cette situation qui souhaitent garder un certain contrôle et avoir le sentiment de pouvoir choisir la manière dont elles quitteront ce monde, afin d’apporter un peu de dignité à leur départ», a-t-elle raconté.
Mme Wallin a déclaré qu’elle quittait le Sénat, convaincue que cette institution est un «élément central de notre démocratie», même si elle estime que les provinces devraient avoir beaucoup plus leur mot à dire sur le choix des personnes nommées pour les représenter.
Les Albertains se sont exprimés lundi lors d’un référendum comportant notamment une question visant à savoir si le gouvernement devait collaborer avec d’autres provinces pour modifier la Constitution afin d’abolir le Sénat fédéral non élu.
Mme Wallin a affirmé que, «jusqu’à ce que quelqu’un propose une autre idée de génie», le Sénat constituait un moyen essentiel d’assurer un contre-pouvoir face à la Chambre des communes, marquée par les clivages partisans.
«Le Sénat est la seule instance qui examine d’un œil critique les textes de loi cruciaux, et notre processus est bien plus réfléchi et approfondi que celui dont dispose la Chambre des communes», a-t-elle soutenu.
Un parcours de pionnière
Avant d’entrer au Sénat, Mme Wallin a mené une carrière pionnière dans le journalisme.
Mme Wallin s’est fait connaître du grand public après avoir été nommée coanimatrice de l’émission «Canada AM» en 1981. Elle a été choisie pour diriger le bureau d’Ottawa de CTV en 1985 — devenant ainsi la première femme à diriger un bureau d’information télévisée national au Canada — et a été productrice et animatrice de l’émission politique phare de la chaîne, «Question Period».
Elle a fait une nouvelle avancée en 1992 en devenant la première femme à coprésenter un journal télévisé du soir au Canada — le «Prime Time News» de la CBC.
Mme Wallin a subi une intervention chirurgicale pour un cancer colorectal en 2001, mais a tout de même poursuivi à l’époque sa tournée de promotion de son livre.
En 2002, elle a été nommée consule générale à New York, quelques mois seulement après les attentats du 11 septembre. Elle a occupé ce poste pendant plus de quatre ans.
Elle est devenue officière de l’Ordre du Canada en 2007 et a été nommée au Sénat en 2009 par le premier ministre Stephen Harper.
Mme Wallin était une figure clé du scandale des dépenses du Sénat de 2013, après qu’un audit a révélé qu’environ 140 000 $ sur les 500 000 $ de frais de déplacement qu’elle avait facturés au Sénat étaient irréguliers, car liés à ses fonctions au sein de conseils d’administration d’entreprises.
En mai 2013, le chef de cabinet de Stephen Harper lui a demandé de quitter le groupe parlementaire conservateur au Sénat.
Lors d’une entrevue accordée à l’émission «The National» cette année-là, Mme Wallin a présenté ses excuses et a assuré qu’elle n’avait pas «délibérément cherché à exploiter ou à abuser du système».
Elle a attribué ces erreurs à un manque de rigueur dans le traitement d’une montagne de paperasse et a admis qu’elle n’avait pas accordé suffisamment d’attention à ses déclarations de frais.
En septembre, lorsqu’elle a remboursé quelque 150 000 $ — intérêts compris — Mme Wallin, sur un ton de défi, a dénoncé la mentalité de «foule en colère» du Sénat.
Elle a été suspendue sans salaire du Sénat en novembre 2013 pour des dépenses non autorisées, tout comme Mike Duffy et Patrick Brazeau.
Sa suspension du Sénat a été levée lorsque le Parlement a été dissous en vue des élections de 2015.
Lundi, Mme Wallin a déclaré qu’elle n’avait aucune envie de revivre cette période, mais a ajouté que les réformes qui ont suivi le scandale des frais étaient nécessaires.
Elle fait depuis peu partie du Groupe des sénateurs canadiens.
S’exprimant au nom du groupe, la sénatrice Flordeliz Osler a déclaré dans un communiqué que Mme Wallin avait «passé sa carrière à poser des questions difficiles, à remettre en question la pensée conventionnelle et à défendre ses convictions».
«Alors qu’elle a fait tomber des obstacles dans le journalisme canadien, a représenté le Canada sur la scène internationale et a défendu avec passion les droits et la dignité des Canadiens au Sénat, elle n’a jamais évité les conversations difficiles», a souligné Mme Osler.
«Son indépendance, sa détermination et sa voix unique ont laissé une empreinte durable sur la vie publique au pays.»
Mme Wallin, originaire de Wadena en Saskatchewan, représentait sa province natale au Sénat. Il lui manque deux ans pour atteindre l’âge obligatoire de la retraite, fixé à 75 ans.
