Reprenant le slogan phare du président américain Donald Trump, le premier ministre Mark Carney a déclaré jeudi devant un parterre d’hommes d’affaires new-yorkais que «la force du Canada contribuera à rendre à l’Amérique sa grandeur», une remarque que l’ambassadeur américain au Canada a qualifiée de «digne d’être répétée».
S’exprimant devant l’Economic Club of New York, le premier ministre a détaillé sa stratégie de diversification économique, ainsi que ses projets visant à redéfinir les relations et la réputation du Canada.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Nous nous concentrons sur ce que nous pouvons contrôler, ce qui signifie tisser un réseau dense de partenariats internationaux à l’étranger. Cela fait de nous un pays beaucoup plus fort, plus résilient et plus indépendant», a-t-il dit.
Mettant en avant certains domaines clés où les libéraux fédéraux ont réalisé des progrès, M. Carney a cherché à expliquer pourquoi le Canada et les États-Unis devraient continuer à coopérer dans des secteurs clés.
«Avant tout, comme vous pouvez vous y attendre, nous nous concentrons sur ce qui est bon pour le Canada. C’est bon pour tous les Canadiens, mais c’est aussi bon pour les États-Unis», a expliqué le premier ministre. «Parce qu’un Canada plus fort est un meilleur allié.»
Qualifiant les efforts du Canada pour devenir plus autonome d’objectif « central » de son gouvernement, M. Carney a également souligné à quel point les marchés canadien et américain sont continuellement intégrés malgré la guerre commerciale et les droits de douane sectoriels de Trump.
«Bien que le Canada et les États-Unis aient eu des différends au fil des siècles, nous avons toujours travaillé ensemble et avons fini par les surmonter parce que nous partageons des valeurs et que nos intérêts communs sont profondément enracinés», a-t-il lancé.
«Ils imprègnent nos économies. Le Canada est le plus gros client des États-Unis. Nous achetons plus de biens aux États-Unis que la Chine, le Japon et l’Allemagne réunis», a poursuivi le premier ministre.
«Ces intérêts communs imprègnent nos chaînes d’approvisionnement, où 70% des exportations canadiennes servent de composants pour les voitures, les maisons, les avions, les machines et les produits finis américains, créant des centaines et des centaines de milliards de dollars de valeur ajoutée aux États-Unis.»
Soulignant ensuite à quel point les États-Unis dépendent des importations canadiennes de gaz naturel, d’électricité et de pétrole brut, M. Carney a affirmé que c’était «une force mutuelle».
Les commentaires de M. Carney présentant le Canada comme une destination d’investissement – et son bref voyage au sud de la frontière de manière plus générale – interviennent alors que les relations entre le Canada et les États-Unis restent tendues à l’approche d’une révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).
Sans donner de détails, le premier ministre a souligné devant un parterre de poids lourds de la finance et de l’industrie que son gouvernement avait présenté «des propositions concrètes et spécifiques à l’administration américaine» pour dépasser la période de tension actuelle.
Et dans un premier signe d’un possible dégel, il semble que sa référence à MAGA ait été très bien accueillie par l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra.
«Le premier ministre Carney a dit quelque chose qui mérite d’être répété aujourd’hui: “Un Canada fort contribuera à rendre l’Amérique grande à nouveau.” Je pense que beaucoup d’Américains peuvent adhérer à ce genre de message positif», a-t-il déclaré sur X, en republiant une vidéo du discours du premier ministre.
«Nous trouverons une issue»
Au cours d’une discussion informelle après son discours, on a demandé à Mark Carney ce qui le rendait optimiste quant à l’avenir des relations économiques entre le Canada et les États-Unis.
Commençant par l’économie, le premier ministre a évoqué la crise énergétique mondiale et la façon dont le Canada «peut faire partie de la solution» aux pénuries américaines.
Il a également fait valoir que permettre aux secteurs nord-américains de l’automobile, de l’acier et de l’aluminium de devenir une véritable «forteresse» serait «dans l’intérêt de tous».
Après avoir souligné les mesures prises par le Canada pour assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité arctique et continentale, M. Carney a ensuite abordé la question des valeurs, et la façon dont les deux pays partagent des «valeurs fondamentales» en matière de liberté.
«C’est finalement là où nous en sommes, et cela se réaffirme au fil du temps, alors nous allons trouver une solution», a mentionné le premier ministre.
M. Carney a également dû répondre à des questions sur les relations entre le Canada et la Chine, qu’il a qualifiées de «nécessitant un redémarrage», après que les relations diplomatiques se soient «rompues» et que les relations commerciales soient devenues «tendues».
Quant à la façon dont la guerre en cours menée par la Russie en Ukraine l’amène à réfléchir à la stratégie de défense du Canada, le premier ministre a admis que le pays avait «pris du retard en matière de dépenses globales, mais que ce n’était plus le cas.
Réactions mitigées
De l’autre côté de la frontière, les réactions à son discours aux États-Unis ont été mitigées.
Se levant à la Chambre des communes pour répondre aux propos du premier ministre, le chef conservateur Pierre Poilievre a plaisanté en disant que Mark Carney était à New York pour «développer son produit d’exportation préféré: les discours».
«Et une fois de plus, son discours était truffé de ces mots à la mode qui semblent sophistiqués, mais qui sont en réalité très contradictoires», a-t-il dénoncé. «D’un côté, il affirme que nous sommes en pleine rupture avec les États-Unis, tandis que de l’autre, il dit vouloir rendre l’Amérique – selon ses propres termes – grande à nouveau.»
«Ses coudes s’agitaient encore de haut en bas, dans une sorte de danse du poulet rhétorique, car il ne semble pas pouvoir décider si l’intégration avec les États-Unis est une force ou une faiblesse ; il a défendu avec passion les deux positions au cours des trois derniers mois seulement», a-t-il ajouté.
Selon M. Poilievre, malgré les commentaires de M. Carney, le Canada est «exactement sur la même voie».
Goldy Hyder, PDG du Conseil des affaires du Canada, avait un point de vue différent. Dans une entrevue accordée jeudi à CTV News Channel, il a déclaré qu’il trouvait que Carney avait «parfaitement saisi» les domaines dans lesquels le Canada doit s’améliorer.
«Ce qui se passe ici au Canada est une belle histoire, et c’est formidable d’entendre le premier ministre la raconter à New York», a-t-il dit. «Je pense que le ton adopté par le premier ministre, selon lequel ce qui est bon pour le Canada l’est aussi pour les États-Unis, est important.»
Avec des informations de Spencer Van Dyk pour CTV News

