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La pénurie de main-d'oeuvre s'aggrave à la GRC, selon la vérificatrice générale

En 2025, alors que la GRC avait besoin de 2700 nouveaux agents, elle n’a pas atteint son objectif de 1280 et n’en a embauché que 892.

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Des membres de la GRC défilent lors du Stampede de Calgary, le vendredi 5 juillet 2024. Des membres de la GRC défilent lors du Stampede de Calgary, le vendredi 5 juillet 2024. LA PRESSE CANADIENNE (Jeff McIntosh)

La pénurie d’effectifs de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) s’est aggravée après que les responsables ont mal évalué leurs besoins en recrutement et ont laissé les recrues choisir leurs lieux d’affectation initiaux, selon la vérificatrice générale.

Dans un nouveau rapport déposé au Parlement lundi, la vérificatrice générale Karen Hogan a indiqué que la GRC s’était fixé des objectifs bien en deçà de ses propres besoins, puis n’avait pas réussi à recruter autant d’agents que prévu malgré un afflux de candidatures.

L’examen a révélé que la police fédérale avait un manque d’environ 3400 agents à l’automne 2025.

Mme Hogan a également indiqué qu’une politique d’affectation flexible, mise en place pour stimuler le recrutement, a entraîné des niveaux d’effectifs inégaux à travers le pays et aggravé les pénuries dans le Nord, les Prairies et certaines provinces de l’Atlantique.

«À moins de changements fondamentaux, la GRC ne pourra pas recruter assez de nouvelles policières et nouveaux policiers pour répondre aux exigences opérationnelles», indique le rapport de Mme Hogan, ajoutant que ces pénuries chroniques signifient que la GRC fait face «à un risque élevé d’absences de policières et de policiers et d’épuisement professionnel».

En 2023, la GRC a cessé d’inclure des données essentielles dans sa planification des effectifs, comme les chiffres à jour, le nombre de postes vacants et les besoins globaux en policiers hors services de police de proximité. Elle n’a jamais expliqué cette décision au Bureau du vérificateur général, selon le rapport de Mme Hogan.

En raison de ce changement, indique le rapport, la GRC n’a pas pu déterminer le nombre réel de nouveaux policiers dont elle avait besoin.

Au lieu d’utiliser des données sur les ressources humaines pour fixer ses objectifs de recrutement, la GRC a fondé son objectif sur le budget dont elle disposait pour former 1280 nouveaux policiers par année, révèle l’audit.

Cet objectif, précise le rapport, représentait «moins de la moitié du nombre de nouveaux policiers de première ligne nécessaires», et le recrutement n’a même pas permis d’atteindre ce nombre.

En 2025, alors que la GRC avait besoin de 2700 nouveaux agents, elle n’a pas atteint son objectif de 1280 et n’en a embauché que 892.

«(Le rapport souligne) l’importance d’une planification rigoureuse et de mesures prises en temps opportun pour gérer les risques, a-t-elle dit. Sans ces éléments il peut y avoir des retards et des conséquences imprévus qui nuisent à l’atteinte de résultats positifs pour le Canada.»

La GRC a instauré une nouvelle politique d’affectation flexible en 2023, permettant aux nouveaux agents de choisir les provinces ou territoires où ils effectueraient leur première affectation. L’objectif était d’attirer davantage de candidats, et cela a fonctionné.

La GRC a reçu des milliers de candidatures de plus que prévu: 46 000 au cours de la période d’audit de 30 mois, d’avril 2023 à septembre 2025. Son objectif de recrutement était alors de 12 000 par année.

Cependant, les lenteurs administratives ont incité de nombreux candidats à se retirer, selon le rapport de Mme Hogan. Un peu plus des trois quarts des candidats dont le dossier a été traité ont abandonné ou ont été rejetés par la GRC.

L’audit a révélé que la GRC n’avait pas respecté ses propres délais de traitement et que «de nombreux dossiers ont été retardés parce qu’ils attendaient d’être attribués à un analyste en recrutement» ou à un autre type d’examinateur.

Une politique d’affectation flexible qui pose problème

Selon le rapport de Mme Hogan, la GRC n’accueillait pas suffisamment de cadets. Elle ne pouvait pas remplir la plupart de ses classes de formation et a même dû en annuler certaines faute de participants.

Par ailleurs, la politique d’affectation flexible a engendré des problèmes que les responsables n’avaient pas pleinement anticipés, indique le rapport de l’auditeur.

Après seulement quatre mois d’application de cette politique, la GRC a commencé à constater qu’elle entraînait des niveaux d’effectifs inégaux à travers le pays, sans toutefois y apporter de modifications à ce moment-là.

«Le plan s’était soldé par un déséquilibre entre les divisions : certaines divisions avaient un manque chronique d’effectif, et d’autres se voyaient affecter plus de policières et policiers que ce qu’elles devaient proportionnellement recevoir en fonction de leurs besoins», précise le rapport.

Mme Hogan a constaté que neuf provinces et territoires affichaient des taux de postes vacants supérieurs à 7 % dans les services de police contractuels et les services de police autochtones. Sur les 11 divisions, seules 2 étaient en mesure de fournir un nombre suffisant d’agents de première ligne, a-t-elle dit.

Par exemple, a précisé Mme Hogan, la Colombie-Britannique s’est retrouvée avec 110 agents de plus, tandis que l’Alberta avait un manque à gagner de 63 et la Saskatchewan de 39.

Les taux de postes vacants les plus élevés ont été enregistrés dans les Territoires du Nord-Ouest (22,9 %), au Nunavut (21,5 %) et au Manitoba (17,5 %). L’Île-du-Prince-Édouard, quant à elle, comptait un excédent d’agents.

La GRC a entamé la suppression progressive de sa politique d’affectation flexible en juillet dernier, sans toutefois préciser de date pour son abolition complète dans toutes ses divisions.

Mme Hogan a indiqué que les premiers résultats suggèrent que la fin de cette politique a commencé à faire baisser les taux de postes vacants, mais que la GRC doit néanmoins accélérer le processus de recrutement de nouveaux policiers.

La GRC accepte les recommandations

La ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a réagi par voie de communiqué sur la publication du rapport.

«Il y a beaucoup de travail à accomplir, mais j’ai confiance dans la stratégie mise en place par la GRC pour accélérer cette transformation, a déclaré le ministre Anandasangaree. Je m’engage à soutenir ce travail, qui permettra de renforcer la GRC et de la moderniser afin qu’elle reflète la diversité des nombreuses communautés qu’elle sert.»

«Notre gouvernement s’engage à recruter 1000 agents supplémentaires de la GRC et à fournir à nos partenaires de l’application de la loi de meilleures ressources», a-t-il ajouté.

Le commissaire de la GRC, Mike Duheme, a indiqué que la police fédérale acceptait «toutes les constatations et les recommandations formulées dans le rapport».

«Afin d’orienter le travail à venir, nous mettons au point un plan d’action de la direction qui définira les mesures concrètes, les échéanciers et les responsabilités nécessaires pour donner suite à chacune des recommandations de la vérificatrice générale. Ce travail est considérable, mais la voie à suivre est claire, et l’organisation est pleinement engagée à réaliser la transformation qui s’impose», a fait valoir M. Duheme dans une déclaration écrite.

Kyle Duggan

Kyle Duggan

Journaliste