Le gouvernement fédéral lance un nouveau rabais à la consommation pour les véhicules électriques et remplace l’obligation controversée d’utiliser des véhicules électriques par de nouvelles normes d’émissions, dans le cadre d’une nouvelle stratégie pour le secteur automobile canadien.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Afin de rendre l’achat de véhicules à faibles émissions plus abordable pour les Canadiens, le gouvernement lance un nouveau programme quinquennal de 2,3 milliards de dollars visant à rendre les véhicules électriques plus abordables.
«Pour rester compétitifs et réaliser notre potentiel, nous devons développer l’ensemble de la chaîne de valeur des véhicules de nouvelle génération.»
— Mark Carney, premier ministre du Canada
Ce programme offrira aux particuliers et aux entreprises des incitations à l’achat ou à la location pouvant atteindre 5000 $ pour les véhicules électriques à batterie et à carburant, et 2500 $ pour les modèles hybrides rechargeables (PHEV).
«L’avenir de l’industrie automobile est de plus en plus électrique et connecté », a expliqué le premier ministre Mark Carney, en dévoilant les plans de transformation de son gouvernement dans une usine de fabrication de pièces détachées à Woodbridge, en Ontario.
Ces rabais pour les consommateurs ne s’appliqueront qu’aux véhicules coûtants moins de 50 000$ et importés d’un pays ayant déjà conclu un accord de libre-échange avec le Canada, ce qui signifie que le petit nombre de véhicules électriques chinois qui ont causé une dispute entre M. Carney et le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ne pourront pas bénéficier de cet avantage. Le gouvernement estime que ces rabais pourraient permettre à 840 000 nouveaux véhicules électriques supplémentaires de circuler sur les routes.
Les raisons qui ont motivé la série de mesures annoncées jeudi sont de rendre l’industrie automobile canadienne moins dépendante des véhicules à essence, mais aussi moins dépendante des États-Unis.
Remplacement du mandat sur les véhicules électriques
Parallèlement, les libéraux ont répondu aux appels de l’industrie automobile et des critiques politiques en supprimant l’obligation de vente de véhicules électriques de l’ère Trudeau, qui visait à ce que les véhicules électriques représentent 100 % des ventes canadiennes d’ici 2035.
Le gouvernement libéral abroge la norme de disponibilité des véhicules électriques, qui était en suspens depuis septembre, et la remplace par une nouvelle norme d’émission de gaz à effet de serre pour les modèles de véhicules des années 2027 à 2032. L’objectif est que 75% des ventes de véhicules soient des véhicules électriques d’ici 2035, et 90% d’ici 2040.
Ce changement vise à «rationaliser les politiques de réduction des émissions afin de se concentrer sur les résultats qui importent aux Canadiens», selon les responsables des ministères fédéraux des Transports, de l’Environnement et du Développement économique qui ont informé les journalistes à titre officieux jeudi matin.
Cependant, lorsqu’on leur a posé la question à plusieurs reprises, ces mêmes responsables n’ont pas pu dire exactement quel serait l’impact de ces mesures sur les émissions globales du Canada.
Nouvelle aide aux travailleurs de l’automobile
Le gouvernement met également en place de nouvelles aides pour les travailleurs de l’automobile pendant la période de transition de l’industrie, dans le but de protéger les emplois alors que le secteur national tente de se développer et de se diversifier vers de nouveaux marchés.
Il s’agit notamment d’une nouvelle «subvention pour le partage du travail» visant à prévenir les licenciements, et de la création d’une «alliance pour la main-d’œuvre» regroupant des partenaires de l’industrie, du monde du travail et de la formation. Elle fournira également une aide à l’emploi et un financement pour la reconversion des travailleurs de l’automobile.
Le secteur emploie actuellement plus de 500 000 travailleurs et contribue à hauteur de 16 milliards de dollars par an au PIB du Canada. Cependant, la guerre commerciale qui oppose actuellement le Canada et les États-Unis menace l’une des plus grandes industries d’exportation du pays et les emplois qui y sont liés.
À l’heure actuelle, plus de 90% des véhicules fabriqués au Canada et 60% des pièces fabriquées au Canada sont exportés vers les États-Unis, et les droits de douane américains menacent 125 000 emplois directs.
Ainsi, tout en soulignant que l’automobile est peut-être le meilleur symbole de l’étroite interdépendance des économies canadienne et américaine, M. Carney a affirmé qu’il maintiendrait ses contre-droits de douane de 25% sur les importations automobiles en provenance des États-Unis afin de «garantir des conditions de concurrence équitables».
Récompenser la fabrication canadienne
Derrière cette stratégie se cache l’engagement d’allouer 3 milliards de dollars provenant du Fonds d’intervention stratégique et 100 millions de dollars provenant de l’Initiative régionale de réponse tarifaire afin d’accélérer les investissements dans le secteur canadien de la fabrication automobile.
Grâce à ce financement, le gouvernement entend identifier les fournisseurs canadiens et les produits fabriqués au Canada, tels que l’acier et l’aluminium, qui peuvent être mis à profit dans les efforts de réoutillage du secteur.
Le plan fédéral prévoit également de renforcer le cadre national de remise pour l’industrie automobile afin de mieux récompenser les entreprises qui produisent des voitures au Canada, tout en exigeant des autres qu’elles paient pour accéder au marché canadien.
Ce changement permettrait aux entreprises d’obtenir des crédits pour investir dans la production de pièces détachées canadiennes ou dans les technologies émergentes, par exemple, tandis que les constructeurs automobiles étrangers qui souhaitent vendre sur le marché canadien devraient acheter des crédits.
La stratégie comprend également quelques crédits d’impôt et incitations fiscales destinés au secteur, notamment une nouvelle «super-déduction pour la productivité» qui, selon M. Carney, «réduira le taux d’imposition effectif marginal du Canada sur les investissements à 13%. C’est plus de quatre points de pourcentage de moins qu’aux États-Unis».
1,5 G$ pour le réseau de recharge des véhicules électriques
Notant qu’au-delà de l’accessibilité financière, l’incertitude quant à l’autonomie et le manque de bornes de recharge en bordure de route restent les principaux obstacles à l’adoption des véhicules électriques par les consommateurs, la stratégie de M. Carney prévoit également 1,5 milliard de dollars pour améliorer le réseau de recharge des véhicules électriques du pays.
Versés par l’intermédiaire de la Banque de l’infrastructure du Canada, ces fonds seront consacrés à des «projets d’importance nationale» qui permettront de développer plus rapidement l’infrastructure de recharge à travers le pays.
Le premier ministre a précisé que la décision d’investir davantage dans les bornes de recharge visait à rendre la recharge d’un véhicule aussi simple que de faire le plein d’essence.
Ce financement s’accompagne d’un engagement à annoncer une nouvelle stratégie en matière d’électricité «dans les semaines à venir».

