Politique

La députée européenne Rima Hassan empêchée d'entrer au Canada

Selon le parti d’extrême gauche, La France Insoumise, la demande d’autorisation de voyage électronique (AVE), avait été pourtant acceptée dans un premier temps par les autorités, avant d’être révoquée vendredi.

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ARCHIVES - La députée européenne Rima Hassan prononce un discours lors d'une manifestation en faveur de la Palestine organisée par plusieurs syndicats à Paris, en France, le samedi 14 juin 2025. (Photo AP/Aurélie Morissard, archives) ARCHIVES - La députée européenne Rima Hassan prononce un discours lors d'une manifestation en faveur de la Palestine organisée par plusieurs syndicats à Paris, en France, le samedi 14 juin 2025. (Aurelien Morissard/Associated Press)

La députée européenne franco-palestinienne, Rima Hassan, s’est vu refuser l’entrée sur le territoire canadien, quelques jours avant la tenue de conférences auxquelles elle devait participer à Montréal, aux côtés du Nouveau Parti démocratique (NPD) et de Québec Solidaire (QS). Elle dénonce une «entrave préoccupante à l’action parlementaire et à la liberté d’expression». 

«J’ai été empêchée de me rendre au Canada, a écrit samedi soir Mme Hassan, sur son compte X. J’assurerai malgré tout mes deux conférences à distance lundi et mardi soir, ce qui sera pour moi l’occasion de m’exprimer sur cette tentative de censure.»

Selon un communiqué du parti français d’extrême gauche, La France Insoumise, la demande d’autorisation de voyage électronique (AVE), de Rima Hassan, avait été pourtant acceptée dans un premier temps par les autorités canadiennes, avant d’être révoquée vendredi, soit la veille de son départ pour Montréal. 

Le communiqué explique que, selon les autorités canadiennes, elle aurait omis de mentionner un refus de visa ou d’entrée sur le territoire d’un pays et de mentionner une prétendue infraction pénale, arrestation, mise en examen, ou condamnation, ce qui aurait provoqué l’ouverture d’un examen de sa demande.

Pour La France Insoumise, il ne fait aucun doute que les deux éléments évoqués par les autorités canadiennes font référence à l’interdiction d’entrée sur le territoire israélien, qu’elle a reçue à son arrivée à Tel-Aviv en février 2025, ainsi qu’à des plaintes déposées contre elle qui n’auraient donné lieu à aucune condamnation, précise le communiqué.

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) n’avait pas encore répondu aux questions de La Presse Canadienne, concernant la révocation de l’autorisation de voyage de Mme Hassan.

Mme Hassan est députée européenne et membre de la Commission des affaires étrangères et des droits de la personne du Parlement européen. Elle est également membre de la délégation pour les relations avec la Palestine. Elle devait se rendre à Montréal pour participer à une conférence sur les tentatives de censure et de criminalisation des voix solidaires du peuple palestinien et à une autre sur les résistances contre la montée de l’extrême droite et du fascisme.  

Une «punition politique»

Le député néo-démocrate de la circonscription de Rosemont—La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, a expliqué en entrevue à La Presse Canadienne, qu’il trouvait «suspect» ce revirement de situation, qui  pourrait cacher une décision émanant tout droit du gouvernement Carney. 

«On semble vouloir accorder une punition politique à Rima Hassan pour des positions qui sont très fortes très fermes très claires, sur les enjeux palestiniens et la question du génocide à Gaza, puis la question du nettoyage ethnique en Cisjordanie, a expliqué M. Boulerice. C’est extrêmement louche et on craint que ce soit une décision politique de la part du gouvernement libéral de Mark Carney de vouloir éviter la visite de quelqu’un qui pourrait “semer la controverse”.»

Il souligne les prises de position hostiles à la venue de Mme Hassan, comme c’est le cas du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), qui s’est vivement opposé à sa venue sur les réseaux sociaux et dans les médias.

«Ça m’a tout l’air, avec l’expérience que j’ai, d’être d’une décision politique prise à la dernière minute pour empêcher la venue de Mme Hassan, a ajouté le député néo-démocrate. Je ne suis pas convaincu qu’il y ait un problème d’accepter une députée du parlement européen, quand même, qui n’a pas été reconnue coupable de quoi que ce soit.»

Le député solidaire responsable des relations internationales, Andrés Fontecilla, a appelé Ottawa à faire toute la lumière sur cette situation et sur les motifs qui ont mené à cette décision.

«Si Mme Hassan a bel et bien été empêchée d’entrer au Canada en raison de ses positions politiques, cela poserait un sérieux problème de censure et soulèverait de réelles inquiétudes pour le débat démocratique et la libre circulation des idées», a-t-il expliqué par courriel. 

Le groupe de défense des intérêts juifs B’nai Brith, a salué la décision des autorités canadiennes et s’est félicité d’avoir averti l’ASFC au sujet de Rima Hassan.

«À la suite de renseignements fournis par B’nai Brith Canada à l’ASFC, Rima Hassan s’est vu refuser l’entrée au Canada aujourd’hui. Merci à @CanBorder d’avoir agi avec une telle rapidité et détermination, a écrit samedi soir sur X, B’nai Brith. Le Canada n’est pas une tribune pour ceux qui justifient le terrorisme, glorifient la violence et nient l’histoire juive.»

Le CIJA a également réagi dans la foulée de l’annonce de la révocation de l’AVE de Mme Hassan.

«Mme Hassan ne sera pas présente physiquement à Montréal pour répandre sa haine. C’est bien, a écrit sur X, le directeur des relations publiques du CIJA au Québec, Julien Corona. Cependant, les conférences avec les représentants d’une gauche radicale québécoise toujours plus déconnectée du réel auront toujours lieu. Honteux!»

Le CIJA décrit l’eurodéputée comme étant «réputée pour ses prises de position connues et sourcées glorifiant la violence, le terrorisme et l’antisémitisme». 

Quentin Dufranne

Quentin Dufranne

Journaliste