La personne choisie par le gouvernement fédéral pour occuper le poste de directeur parlementaire du budget (DPB) doit se présenter lundi devant la commission permanente des finances de la Chambre des communes afin de répondre aux questions de ses membres.
Annette Ryan, fonctionnaire de longue date et actuelle directrice adjointe du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières, mieux connu sous le nom de CANAFE, est la candidate proposée par le gouvernement fédéral.
La nomination de Mme Ryan doit être approuvée par la Chambre des communes et le Sénat.
Par respect pour le processus, Mme Ryan ne donne pas d’interview avant sa comparution devant le comité, lundi. Dans un bref message, elle se dit honorée d’avoir été nommée par le gouvernement.
«Il n’y a rien de plus fondamental pour la démocratie parlementaire que le contrôle des choix en matière de fiscalité et de dépenses publiques au nom de la population», souligne-t-elle.
Elle éprouve «un immense respect» pour le directeur parlementaire du budget par intérim, Jason Jacques et pour tous ceux qui ont occupé ce poste avant elle.
Le mandat de M. Jacques, a expiré au début de mars et le poste est vacant depuis lors. Cela signifie que le bureau du DPB ne peut pas publier de rapports ni accepter de nouvelles demandes de travail de la part des parlementaires.
Un appui de Kevin Page
Le premier directeur parlementaire du budget du Canada, Kevin Page, donne son appui à la candidature de Mme Ryan.
«J’ai appris à la connaître et elle est extrêmement brillante», dit M. Page, se remémorant le temps où il a travaillé avec Mme Ryan au Bureau du Conseil privé au début des années 2000. Il a indiqué avoir collaboré avec Mme Ryan à la rédaction de notes d’information destinées à l’ancien premier ministre libéral Paul Martin et à l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper.
M. Page mentionne qu’il a donné des conseils informels à des fonctionnaires lors du dernier processus de recrutement du DPB.
Mme Ryan est titulaire d’un diplôme en mathématiques de l’Université Acadia et d’un diplôme en économie de l’Université d’Oxford, où elle a étudié en tant que boursière Rhodes. Au cours de sa carrière au sein de la fonction publique canadienne, elle a également occupé des fonctions au sein du ministère des Finances, du ministère de l’Industrie et du ministère de l’Emploi et du Développement social.
M. Page croit que cette expérience devrait lui être très utile.
«Avoir quelqu’un qui a réellement travaillé sur ces questions signifie que l’on ne part pas d’une feuille blanche et que l’on ne manque pas de connaissances. Elle apporte vraiment une expérience considérable», souligne-t-il.
La Presse Canadienne a demandé au cabinet du premier ministre Mark Carney si ce dernier et Mme Ryan avaient déjà travaillé ensemble, que ce soit dans la fonction publique ou lors de leur passage simultané à Oxford au début des années 1990. Un porte-parole a décrit le duo comme de simples connaissances, sans donner plus de détails.
Le porte-parole du Bureau du Conseil privé, Pierre Cuguen, fait valoir que la nomination de Mme Ryan «résulte d’un processus de sélection ouvert et fondé sur les compétences».
«Toutes les procédures et règles applicables ont été respectées, y compris celles énoncées dans la Loi sur les conflits d’intérêts», souligne-t-il.
M. Page peut comprendre l’inquiétude de certains de voir Mme Ryan jouer un rôle de surveillance au Parlement si elle connaissait déjà M. Carney. Il dit ne pas partager ces inquiétudes en faisant remarquer que le milieu financier canadien est si petit qu’il aurait été difficile pour M. Carney et Mme Ryan d’éviter d’interagir à un moment ou à un autre de leur carrière.
Il rappelle qu’il a été secrétaire adjoint du premier ministre Harper quelques mois seulement avant de devenir le premier directeur parlementaire du budget en 2008.
«Et je dirais que, moins d’un an plus tard, les conservateurs essayaient de me congédier parce qu’ils estimaient que j’étais presque trop dur avec le gouvernement.»
Des réserves
Le chef conservateur Pierre Poilievre a déclaré le 9 mars que son parti examinerait le parcours de Mme Ryan et voterait en conséquence.
Dans une lettre adressée à M. Carney le 5 mars, M. Poilievre avait exprimé de sérieuses réserves quant à la nomination de Mme Ryan. Il avait plutôt exhorté le premier ministre à nommer M. Jacques pour un mandat complet de sept ans. Il l’avait accusé de tenter de museler le DPB en laissant le mandat intérimaire de M. Jacques arriver à expiration.
Certains députés conservateurs et du Bloc québécois ont appuyé cette démarche. Le Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires de la Chambre des communes a adopté une résolution recommandant que M. Jacques occupe le poste de façon permanente, malgré l’opposition des libéraux.
Au début de son mandat de DFP par intérim, M. Jacques avait qualifié les finances du gouvernement libéral de stupéfiantes et de non viables. Il a plus tard déclaré qu’il regrettait d’avoir utilisé ces termes. Il a même affirmé après le dépôt du budget d’automne par Ottawa en novembre que le plan de dépenses fédéral était viable à long terme.
M. Jacques n’a pas souhaité faire de commentaires.
M. Page dit respecter M. Jacques, ayant beaucoup travaillé avec lui pendant et avant son passage au Bureau du directeur parlementaire du budget. Il croit que ses premiers commentaires ont anéanti ses chances d’obtenir le poste permanent.
«Il est très expérimenté, il a de solides compétences techniques et c’est quelqu’un de bien, mais on ne peut pas tenir ce genre de propos. Pour moi, c’était rédhibitoire.»
Le premier directeur parlementaire du budget comprend que les accusations de partialité fassent partie intégrante de la vie au Parlement. La personne qui dirigera le bureau à l’avenir devra être prête à gérer cet environnement politique.
M. Page a fait appel au sport pour illustrer son propos.
«Si on joue au hockey à un niveau compétitif, on prend prendre des coups. On doit les encaisser et se relever.»

