La décision de Ruba Ghazal de brandir un keffieh -un symbole de résistance du peuple palestinien- lors de l’assermentation des députés de Québec solidaire (QS) à l’Assemblée nationale mardi a fait vivement réagir.
Une pétition lancée peu après le geste de la cheffe parlementaire de QS réclamant sa démission avait récolté près de 70 000 signatures au moment d’écrire ces lignes, jeudi.
L’instigateur de la pétition dit être «profondément préoccupé» par le geste de Mme Ghazal. Selon lui, il était «inapproprié et hors de propos pour une cérémonie officielle».
«Ruba Ghazal, en brandissant ce symbole lors d’une telle occasion, a suscité des tensions inutiles et a détourné l’attention des véritables priorités du peuple québécois. Nous respectons les droits individuels et la diversité des opinions, mais il y a un temps et un lieu pour chaque expression politique», écrit Éric Béland sur la page de la pétition.
Estimant que cette démonstration est susceptible d’«affecter la perception du public envers nos institutions», M. Béland demande que la solidaire «réfléchisse aux conséquences de ses actions et considère sérieusement de démissionner de son poste».
Une contre-pétition
Une autre pétition, cette fois en soutien à Ruba Ghazal, a aussi été lancée. «Tous demeurons libres de critiquer son geste, ses positions ou son parti, ce qui est également légitime. Nous exerçons donc cette même liberté pour contester cette demande de démission. Cette pétition est là pour défendre son mandat», expliquent les organisateurs.
Au moment d’écrire ces lignes, cette deuxième pétition avait récolté un peu plus de 4000 signatures.
«Un message d’amour au Québec»
Au lendemain de l’événement, Ruba Ghazal s’est expliquée sur les réseaux sociaux. Elle a notamment rappelé son héritage -elle est la fille de réfugiés palestiniens- et le symbolisme du keffieh.
«Ce bout de tissu que portaient comme couvre-chef mes arrières-pères quand ils vivaient avant 1948 en Palestine, est devenu depuis des décennies un symbole de résistance du peuple palestinien. Il fait partie du patrimoine traditionnel de mon peuple d’origine, un peu comme la ceinture fléchée pour le Québec», a-t-elle exprimé.
Mme Ghazal poursuit en disant voir son geste comme un «message d’amour au Québec».
«J’ai été accueillie à bras et à cœur grand ouverts. Des années plus tard, cette petite fille est devenue députée et cheffe parlementaire d’un parti politique. C’est la démonstration de ce qu’est le Québec : une terre d’accueil, d’inclusion et de solidarité.»
— Ruba Ghazal, co-porte-parole de QS
La position de Québec solidaire sur la question palestinienne est claire: le parti souhaite que la Palestine soit reconnue comme un État à l’international. QS milite notamment pour que le Canada «arrête l’armement d’Israël» et que le gouvernement québécois ferme son bureau à Tel-Aviv.
Par l’entremise d’une motion, QS avait d’ailleurs appelé en novembre 2024 l’Assemblée nationale à reconnaitre le déroulement d’un «premier génocide colonial diffusé en direct à Gaza». La motion avait été rejetée par le gouvernement.
«L’Histoire vous jugera», avait réagi Haroun Bouazzi, qui était alors le député solidaire de Maurice-Richard hors micro - puisqu’il n’avait pas la parole à ce moment précis - mais assez fort pour que des micros le captent.
Le souvenir de Bouazzi
Élu en 2022, M. Bouazzi a quitté la vie politique après la fin de son mandat en octobre 2026, mandat marqué par ses positions quant à celle du Québec dans le conflit au Moyen-Orient.
À la fin de 2024, le député de Maurice-Richard avait provoqué une controverse en affirmant qu’il voyait «tous les jours» à l’Assemblée nationale «la construction de cet Autre» dont la culture «serait dangereuse ou inférieure».
Il avait aussi accusé la Société des alcools du Québec (SAQ) d’être soutenue par la «fachosphère raciste et progénocide» sur l’enjeu du conflit israélo-palestinien.
M. Bouazzi a déposé de nombreuses pétitions à l’Assemblée demandant de cesser la vente de vins israéliens produits en territoire occupé, c’est-à-dire la Cisjordanie, un territoire administré par l’Autorité palestinienne.
Avec de l’information de La Presse canadienne
