Mark Carney a indiqué que, bien qu’il ait discuté avec le président américain Donald Trump de la possibilité de frappes en Iran au cours des «dernières semaines», il ne s’attendait pas à ce que le Canada joue un rôle militaire dans une escalade continue, après que les États-Unis et Israël aient lancé des frappes contre l’Iran samedi.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le premier ministre a fait ces commentaires à Mumbai lors d’une séance de questions-réponses au coin du feu avec la journaliste indienne Shereen Bahn, devant un public d’une centaine d’Indiens et de Canadiens.
«Nous n’avons pas participé au renforcement militaire qui a mené à cette situation, ni à la planification militaire. Il n’est donc pas envisagé que nous y participions à l’avenir», a-t-il dit en réponse à une question sur l’implication future du Canada.
«Il s’agit d’un conflit grave. Dans un conflit grave, il faut faire des choix», a-t-il affirmé.
M. Carney a ensuite détaillé certains des points soulevés dans une déclaration publiée plus tôt, rédigée par lui-même et la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand.
Il a soutenu que le Canada avait maintenu sa «position cohérente », en essayant d’empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires, en mettant fin au « terrorisme d’État qui sévit au Moyen-Orient sous de multiples formes » et en soutenant le peuple iranien.
Le premier ministre a également réitéré son appel à toutes les parties concernées pour qu’elles protègent «autant que possible» la vie des civils «dans cette situation très grave».
La déclaration publiée samedi matin exhortait tous les Canadiens se trouvant en Iran à rester chez eux et à suivre les conseils des autorités locales.
Ma déclaration sur les hostilités liées à l’Iran au Moyen-Orient : pic.twitter.com/5QtXG5yah9
— Mark Carney (@MarkJCarney) February 28, 2026
M. Carney a également réaffirmé le droit d’Israël à se défendre.
«Le Canada appuie les mesures prises par les États-Unis pour empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire et pour empêcher son régime de continuer à menacer la paix et la sécurité internationales», indique la déclaration.
Le Canada demande à tout le personnel non essentiel de quitter Tel-Aviv
Plus tôt samedi, avant que la nouvelle des frappes ne soit annoncée, M. Anand a déclaré que le gouvernement fédéral avait demandé à tout le personnel non essentiel de quitter Tel-Aviv en raison de la «situation sécuritaire tendue».
À ce moment-là, Mme Anand a indiqué qu’aucune recommandation n’avait été émise pour les diplomates en poste ailleurs au Moyen-Orient, mais que cela pourrait changer.
Quelques heures avant que les premières frappes ne soient signalées dans la capitale iranienne, Téhéran, Anita Anand a publié un message sur les réseaux sociaux suggérant aux Canadiens se trouvant au Moyen-Orient de «rester vigilants, de suivre les médias locaux et internationaux et de se conformer aux instructions des autorités locales, y compris toute consigne de rester à l’abri».
«Les Canadiens en Israël, en Palestine et au Libam devraient envisager de quitter le pays tant que des options commerciales demeurent disponibles», a écrit Mme Anand, ajoutant que la capacité du gouvernement fédéral à « fournir des services consulaires aux Canadiens pendant un conflit actif sera probablement limitée» et que les Canadiens devraient élaborer des plans d’urgence qui ne dépendent pas de l’aide du gouvernement.
Le Canada n’a plus de présence diplomatique dans le pays, ce qui rend l’assistance consulaire encore plus difficile pour ceux qui en ont besoin.
Le gouvernement américain aurait conseillé à tous ses diplomates en Israël qui souhaitent partir de le faire dès maintenant.
Mme Anand a affirmé samedi aux journalistes qu’elle s’était entretenue pour la dernière fois avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio au sujet de l’Iran en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich au début du mois, mais elle n’a pas donné plus de détails sur cette conversation.
Pas une surprise
Hanieh Ziaei, politologue et spécialiste du monde iranien contemporain, estime qu’il n’est pas étonnant que M. Carney appuie les actions des États-Unis.
«Il n’a rien, absolument rien à gagner à ne pas défendre les États-Unis. Au contraire, s’il venait à ne pas défendre la posture américaine, là, il y aurait des conséquences terribles, ou des conséquences qu’on pourrait qualifier de négatives, pour le Canada», a expliqué la Pre Ziaei, qui est aussi chercheuse associée à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal.
Elle a indiqué que tous les pays qui dénoncent aujourd’hui un régime de terreur sont à saluer. «On ne peut plus, aujourd’hui en 2026, continuer à laisser des peuples, des civils, des hommes, des femmes, des enfants, vivre dans un état où la mort est devenue un projet de société, où la répression est devenue un mode de gouvernance», a-t-elle soutenu.
La chercheuse indique que tous les pays démocrates devraient soutenir la population iranienne, envoyer de l’aide humanitaire en Iran pour protéger les civils et dénoncer le groupe du Corps des gardiens de la révolution islamique.
Pour Miloud Chennoufi, professeur de relations internationales au Collège militaire royal du Canada, la décision du premier ministre Carney est toutefois «empreinte de beaucoup de paradoxes et de contradictions».
Le Pr Chennoufi a affirmé que si les démocraties libérales soutiennent les actions de changement de régime dans les pays autoritaires, M. Carney a «au nom du pragmatisme, lié des relations commerciales avec la Chine, qui n’est pas connue pour son respect des droits humains». Il a ajouté que M. Carney a aussi par le fait même apporté son soutien à une action menée par Israël, qui a des dossiers devant la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice.
«De mon point de vue, j’insisterai beaucoup sur le fait qu’il s’agit d’abord d’une agression et cette agression-là est contre le droit international, a dit M. Chennoufi. Le droit international est plutôt du côté iranien, puisqu’il garantit la possibilité de se défendre quand on est agressé militairement.»
Cela contrevient à l’idée selon laquelle le Canada est un champion du droit international, a fait valoir le professeur.
«C’est en totale contradiction avec le discours de Davos qui disait que les puissants de ce monde ne devraient pas intimider et agir impunément contre les moins puissants et ça va représenter à mes yeux la première tache du parcours de M. Carney en tant que premier ministre», a déclaré M. Chennoufi.
Réactions politiques au Canada
Le chef de l’Opposition officielle à Ottawa, Pierre Poilievre a eu des propos similaires, soulignant que «le régime de Téhéran est la principale source de terreur au Moyen-Orient et dans le monde entier».
«Il a tenté de fabriquer des armes nucléaires pour anéantir nos alliés. Il a massacré des dizaines de milliers de ses propres citoyens», indique la déclaration du chef conservateur.
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux avant l’aube samedi, le président américain a appelé le peuple iranien à saisir l’occasion pour reprendre son destin en main et chasser le régime iranien actuel du pouvoir. Des propos qui ont fait écho chez le chef conservateur à Ottawa.
«Les conservateurs soutiennent le courageux peuple iranien dans ses efforts pour renverser ce régime terroriste et reprendre son destin en main après 47 ans d’occupation par le régime», a déclaré Pierre Poilievre.
Tout en reconnaissant la «menace persistante que pose le régime d’Iran à la sécurité de la région et la liberté des Iraniens, tout comme le droit d’Israël d’assurer la sécurité de son peuple», le Bloc québécois dit s’inquiéter d’un recours à la force militaire sans l’appui préalable du Congrès américain, des alliés de l’Europe, d’Asie, et du Canada.
«Une caution des attaques semble ainsi prématurée: tant Donald Trump que le régime iranien manquent de considération pour la vie des civils, le droit international doit prévaloir et la négociation ainsi que les sanctions demeurent les voies à privilégier», a déclaré son chef, Yves-François Blanchet sur X.
De son côté, le NPD a fermement condamné les bombardements. «Il s’agit d’une dangereuse escalade qui risque d’emporter toute la région dans un conflit majeur, a déclaré le porte-parole du parti aux Affaires étrangères, Alexandre Boulerice. Le régime oppressif et sanglant des ayatollahs est condamnable, mais la gestion de son programme nucléaire doit se faire via les Nations unies et l’Agence internationale de l’énergie atomique.»
Wesley Wark, du Centre for International Governance Innovation, déplore l’appui de Mark Carney à l’attaque américaine. Il lui reproche de simplement répéter les arguments de l’administration Trump.
Selon lui, ce soutien est la première erreur importante du premier ministre fédéral en politique étrangère.
«Il semble qu’il soit difficile de nous décrocher de notre dépendance politique et idéologique envers les États-Unis, malgré le brave discours de M. Carney à Davos.»
- Avec des informations de La Presse canadienne
