À quelques mois des prochaines élections, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) met la pression sur le gouvernement Fréchette et les autres partis politiques. Les villes dénoncent un désengagement du provincial dans les infrastructures et promettent d’avoir les politiciens à l’œil lors du prochain scrutin.
«Je vous le dis d’avance: on n’hésitera pas à critiquer des propositions qui nous sembleraient déraisonnables ou qui ressembleraient à de l’aveuglement volontaire», a lancé jeudi le président de l’UMQ, Guillaume Tremblay, devant plusieurs centaines de maires réunis au Centre des congrès de Québec.
La première ministre Christine Fréchette était également dans la salle ainsi que son ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin.
«En d’autres mots, ce n’est pas le temps des feux d’artifice et surtout pas des baisses d’impôt», a poursuivi Guillaume Tremblay, qui s’est fait chaudement applaudir.
«Que vous soyez rouge ou bleu, à droite ou à gauche, ça prend des toits et des tuyaux pour tout le monde», a-t-il renchéri.
Guillaume Tremblay a fait la ventilation de l’augmentation des investissements dans les infrastructures des dernières années par le gouvernement: 185 % en éducation; 106 % pour le réseau routier; 77 % pour la santé et les services sociaux; 66 % en enseignement supérieur. «Et pour les municipalités, une augmentation de 5 % sur dix ans», a-t-il laissé tomber.
«Je suis d’abord en train de dire que le gros effort qu’on fait ne suffit pas. Et que dans l’arbitrage des priorités, c’est comme si le gouvernement nous dit: “les municipalités, débrouillez-vous, on en a déjà plein les bras”», a-t-il affirmé.
Le président de l’UMQ a rappelé que 60 % des infrastructures publiques au Québec sont sous la responsabilité des municipalités.
Vers une hausse de taxes municipales?
L’UMQ a d’ailleurs annoncé une «demande prioritaire» en vue des prochaines élections: soit la création d’un fonds «financé par le gouvernement du Québec, dédié exclusivement à l’entretien et au maintien des infrastructures municipales».
«Ce fonds viendra appuyer les initiatives de municipalités qui fourniront, elles aussi, un effort fiscal additionnel pour financer l’entretien des infrastructures», a expliqué Guillaume Tremblay.
On vise un ratio de 3 $ du gouvernement pour 1 $ du milieu municipal.
Les propos de Guillaume Tremblay s’inscrivent dans la foulée de la publication d’un rapport commandé par l’UMQ qui recommande d’ailleurs la création d’un tel fonds.
«Les sommes de cette enveloppe seraient accessibles aux municipalités ayant minimalement augmenté leurs taxes au taux de croissance du PIB nominal et affectant les montants supplémentaires ainsi récoltées à une réserve financière destinée à l’entretien et au maintien de leurs infrastructures», recommande le document produit par les anciens ministres des Finances Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau.
Le rapport indique également qu’en 2025, «le déficit de maintien d’actifs pour les infrastructures d’eau et de voirie atteignait environ 50 milliards de dollars, et il pourrait presque doubler d’ici 2036 si la tendance des dernières années se prolonge».
«Superpouvoirs pour des superhéros»
La première ministre Christine Fréchette a pris la parole après le discours de Guillaume Tremblay. Elle a dit avoir mandaté le ministre des Affaires municipales pour lancer une réflexion sur les coûts et le financement des infrastructures avec les municipalités.
«Ce qu’on veut, c’est clarifier les responsabilités, mieux documenter les besoins réels et proposer des solutions concrètes et durables pour assurer la pérennité de nos infrastructures locales», a-t-elle expliqué. Les détails doivent être présentés vendredi.
Christine Fréchette s’est aussi engagée à aller chercher rapidement davantage d’argent à Ottawa «dans le respect de nos champs de compétences».
«On va être au rendez-vous pour contribuer à l’entretien des infrastructures», a assuré la première ministre.
Mme Fréchette a également annoncé qu’elle allait rendre permanent un pouvoir exceptionnel que son gouvernement a accordé aux municipalités en 2024.
Ce pouvoir permet aux municipalités de déroger au règlement d’urbanisme afin de leur permettre de construire des logements plus rapidement.
«C’est ce qu’on appelle les superpouvoirs pour des superhéros. D’ailleurs, ces superpouvoirs-là, ils ont déjà fait leurs preuves. C’est un outil qui fonctionne très bien et qui est très prometteur», a-t-elle affirmé.
L’UMQ tient ses assises à Québec jusqu’à vendredi.

